Féminicide au Tessin
Après avoir tué son ex-femme, il aurait tenté de piéger la police

Un homme a abattu son ex-femme et fait exploser sa maison le lendemain, avant de mourir dans l'explosion. Le féminicide de Leontica bouleverse le Tessin et la Suisse. Blick s'est rendu sur place pour mener l'enquête.
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Laura a été abattue à Faido (TI) par son ex-mari, Antonio.
Photo: DR

En bref

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  • Un féminicide a eu lieu vendredi à Leontica, dans la vallée de Blenio (TI), où un homme a tué son ex-femme avant de se retrancher dans une maison et de la faire exploser, causant sa propre mort.
  • La police soupçonne l'homme d'avoir tendu un piège aux forces de l'ordre en les attirant dans la maison. Un policier a été enseveli sous les décombres mais a survécu.
  • Ce féminicide a profondément marqué les habitants d'Acquarossa. La présidente de la commune, Michela Gardenghi, a exprimé sa consternation, et des hommages à la victime affluent sur les réseaux sociaux.
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Nicolas Lurati

Des policiers entourent la bâtisse détruite ce lundi après-midi. La police militaire va et vient, un chien renifleur est à l'œuvre et une pelleteuse déblaye les décombres sous le bourdonnement d'un drone. Un véhicule de la police scientifique est stationné près de la maison.

C’est ici, à Leontica, dans la vallée de Blenio (TI), qu'un féminicide s'est produit vendredi dernier, faisant deux morts. Une escalade tragique qui avait débuté la veille à Faido (TI).

D'après l'enquête de Blick, les victimes sont Laura et son ex-mari Antonio. Jeudi, le quinquagénaire lui a tiré une balle dans la tête avec un pistolet, juste devant la clinique de rééducation où elle séjournait.

«Une femme retrouvée dans une mare de sang»

Lors d'une conférence de presse tenue lundi, Alberto Marietta, capitaine de la police judiciaire tessinoise, a décrit les faits comme suit: «Notre centrale a été informée qu’une femme avait été retrouvée dans une mare de sang près de la clinique de Faido. Le personnel de l’hôpital nous a indiqué qu'elle avait reçu la visite d’un homme dans l’après-midi. Nous n'en savons pas beaucoup plus.»

Grâce aux images de vidéosurveillance, les enquêteurs ont identifié l’ex-mari de la quinquagénaire. La traque d’Antonio commence pour s'arrêter subitement lorsque, 24 heures après son crime à Faido, l’homme se retranche dans la maison de son frère, la fait exploser et meurt.

Blick s’est rendu sur les traces du suspect. Le village de Leontica, rattaché à la commune d’Acquarossa (TI), semble désert par endroits. La voiture de fonction d’Antonio est garée devant un bâtiment industriel vétuste, et les scellés de la police barrent la porte du bâtiment.

Dans la commune, ce féminicide a secoué les esprits, même si les voisins ne dépeignent pas un portrait négatif d'Antonio. «Avec moi, il n’était pas désagréable», confie Giovanni, son voisin. «Nous n’avons jamais eu de problèmes», déclare le quinquagénaire.

Mais Giovanni connaissait à peine Antonio. Ils n'étaient que deux voisins qui échangeaient quelques mots en passant lorsqu’ils se croisaient. D'ailleurs, Giovanni apercevait rarement Antonio dans le quartier. «Il fréquentait souvent les bars de Leontica et d’Acquarossa», se souvient-il. 

«Narcissique psychopathe»

La réalité semblait bien différente entre Antonio et sa future victime, dont il était divorcé depuis 20 ans. En avril, Laura avait partagé une publication Facebook très explicite: «Affronter une procédure familiale face à un pervers narcissique est un véritable enfer.» Laura ne précisait pas la nature de cette procédure dans sa publication, mais elle visait vraisemblablement son ex-mari. 

En septembre 2025, elle avait publié un autre message: «Quand un pervers narcissique vous quitte, vous ne perdez pas l'amour de votre vie, vous perdez quelqu'un qui vous vidait de votre énergie.» Ces deux publications ne sont que deux exemples parmi tant d’autres.

Un policier sous les décombres

Entre son passage à l'acte sur son ex-femme et l'explosion de la maison vendredi, Antonio s'est rendu dans un bar du quartier, selon son voisin Giovanni. «Il était au bar, il a bu un verre et discuté avec la serveuse. C’est ce que m’a raconté une femme qui se trouvait elle aussi au bar ce jour-là», raconte-t-il.

Quelques heures plus tard, des coups de feu ont retenti près du domicile d’Antonio et la police s’est rendue sur place. «Notre équipe a tenté d’identifier la maison dans laquelle il se trouvait», explique Andrea Cucchiaro, chef des opérations spéciales de la police tessinoise. «Peu après que nos agents sont entrés dans la maison, tout a explosé. Un agent a été enseveli sous les décombres.» Le corps sans vie d'Antonio a été retrouvé sous les débris.

La police envisage désormais une hypothèse glaçante: celle d'un guet-apens. «En tirant ces coups de feu en l'air, cet homme cherchait probablement à attirer quelqu'un dans la maison. Peut-être la police», avance Andrea Cucchiaro.

De son côté, Giovanni n’a pas entendu l’explosion de vendredi soir. «Je suis rentré chez moi un peu plus tard. J’ai vu les agents de police en civil. Ils sont passés devant chez moi et se sont arrêtés devant sa maison.»

Le deuil de la victime

Plusieurs jours plus tard, ce féminicide hante encore le voisinage. «Ça me rend profondément triste», souffle Giovanni. Il reconnnaît que l'on parle beaucoup d’Antonio mais qu'il est «important de parler aussi de Laura.» «Ce n’est pas seulement mon voisin qui est mort, mais aussi son ex-femme. Il ne faut pas l’oublier», souligne Giovanni, avant d'ajouter: «Je crains qu’elle ait souffert, car elle n’est pas morte sur le coup.»

De nombreux messages de condoléances adressés à Laura circulent sur les réseaux sociaux. «Repose en paix. C’était un plaisir de t’avoir connue», écrit une femme sur Facebook. «Tu es sûrement déjà une étoile», ajoute une autre.

Michela Gardenghi, présidente de la commune d’Acquarossa, est aussi en deuil. «Ce sont des jours tristes et difficiles, y compris dans mon rôle de présidente de commune», écrit-elle à Blick. «Toute notre commune est profondément bouleversée et consternée par ce qui s’est passé.»

Violences contre les femmes: besoin d'aide?

Vous, ou l'une de vos proches, êtes victime de violences de la part d'un partenaire ou d'un proche? Voici les ressources auxquelles vous pouvez faire appel.

En cas de situation urgente ou dangereuse, ne jamais hésiter à contacter la police au 117 et/ou l'ambulance au 144.

Pour l'aide aux victimes, plusieurs structures sont à votre disposition en Suisse romande, et au niveau national.

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