Elle remplace Jean-Marc Richard
Commentatrice pour la RTS, Victoria Turrian «piaffe d’impatience» pour l’Eurovision

Commentatrice de l’Eurovision, Victoria Turrian n’a rien perdu de sa «folie douce» en 25 ans de carrière à la RTS. Entre ses souvenirs d’enfance, son empathie pour les aînés dans son émission «Home Sweet Home» et sa vie en famille, l’animatrice fait de la vie une fête.
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Clin d’œil à Nicolas Tanner, le spécialiste qui commentera le concours à ses côtés, le 45 tours du titre que Patrick Juvet.
Photo: François Wavre | lundi13
Isabelle Rovero
Isabelle Rovero
L'Illustré

Le concours de l’Eurovision approche à grands pas, puisqu’il se déroulera à Vienne du 12 au 16 mai, et pour Victoria Turrian l’attente est presque physique. «Je me réjouis énormément. Mais vraiment, je piaffe d’impatience.» L’animatrice radio connue pour sa sensibilité et son rire communicatif s’apprête à se retrouver «aux commandes».

Ce n’est pas rien, mais avec vingt-cinq ans de maison au sein de la RTS, ça ne lui fait pas peur: les directs, elle maîtrise. Pour cette édition viennoise, elle va donc succéder au monument Jean-Marc Richard, une transition qu’elle aborde avec autant d’humilité que d’enthousiasme.

Un exercice compliqué

L’année dernière, elle avait déjà goûté à l’aventure en collaborant avec Jean-Marc Richard et le spécialiste du concours, Nicolas Tanner. Elle en garde un souvenir lumineux, ravie d’avoir pu «amener un petit peu de [sa] personnalité» dans ce barnum international.

Pour cette édition, elle assume pleinement son style, mélange de rigueur et de fantaisie. Lorsqu’on évoque son brin de folie, elle tempère avec un sourire dans la voix: «Je ne sais pas si c’est de la folie, mais j’aime bien ce qui est un peu décalé. Une sorte de folie douce, on va dire…»

Ce regard ne manque pas pour autant de sérieux. Bien au contraire, la future commentatrice insiste sur le profond respect qu’elle porte à l’événement et à ceux qui le font. «Ces jeunes artistes donnent tout sur scène dans un exercice compliqué, face à des millions de gens qui regardent. J’ai beaucoup d’admiration et de tendresse pour eux, il est donc exclu de se moquer des prestations.» Pour elle, l’équilibre se trouve dans une alchimie subtile: «On peut trouver un truc entre les deux, en étant dans l’amour et dans l’humour, qui sont pour moi un peu des frères jumeaux.»

Une affaire de famille

Si Victoria Turrian a vu le concours évoluer au fil des ans pour passer de ringard à plutôt cool dans l’esprit du public, elle n’a, de son côté, jamais renié son attachement à cet événement, même lorsqu’il n’était plus vraiment «à la mode». Et pour cause, née en 1974 – l’année où ABBA remportait la victoire avec Waterloo –, elle a été bercée par cette musique populaire.

«On regardait l’Eurovision en famille et j’écoutais en boucle les 45 tours de Nicole ou de Patrick Juvet. J’adorais ça! C’est toute mon enfance. D’ailleurs, Après toi de Vicky Leandros, on la chante encore avec ma maman.»

Si l’adolescence l’a ensuite plutôt poussée vers le jazz et des sons plus complexes avec une oreille plus critique, la naissance de ses enfants l’a ramenée vers ce plaisir pur: «Par envie de leur transmettre cette tradition familiale, de débattre et d’ouvrir les paris sur qui va gagner…» Cette année, ses préférences vont à la Grèce qui présente «un mélange entre Mario Bros, Zelda et du sirtaki», au côté punk des Britanniques et à la Suissesse Veronica Fusaro. «Pour dénoncer les violences faites aux femmes, son rock est simple, intense et sa voix déchire.»

Le dictionnaire et l’instinct

Pour commenter cette édition, Victoria formera un tandem complice avec Nicolas Tanner, le spécialiste qui œuvre au micro de la RTS depuis 2007. Entre eux, la dynamique est déjà aussi fluide que complémentaire à l’aune de leurs premières préparations pour cette édition. Elle ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur son partenaire, qu’elle décrit comme «un véritable dictionnaire».

Les femmes étant rares dans la famille – Victoria Turrian a4 frères –, l’animatrice est proche d’Anita, sa maman, et de Scarlett, sa fille de 18 ans.
Photo: François Wavre | lundi13

«Il sait tout, il connaît les dates de tout! Ça me fascine parce que j’ai une petite mémoire de poisson rouge en vieillissant. Ça montre aussi à quel point il est fan. C’est impressionnant!»

Deux personnalités aussi différentes que complémentaires, chose que leurs méthodes de travail illustrent bien d’ailleurs. Alors que Nicolas scrute les vidéos et les prestations scéniques, Victoria, elle, privilégie l’immersion sonore. «Je n’ai pas trop regardé les clips, je les écoute plutôt; ça doit être mon côté radio. Et j’aime bien l’idée de me garder des surprises pour la diffusion.»

«Ils adorent chanter avec nous»

A Vienne, une fois installés dans leur petite cabine de commentateurs surchauffée où ils ne manqueront pas de chanter en chœur – l’une un peu plus juste que l’autre –, il est certain que l’esprit bienveillant de Jean-Marc Richard, qu’elle remplace après 34 participations, sera avec eux. La relation entre les deux animateurs étant empreinte d’une estime mutuelle depuis longtemps.

«Je l’aime beaucoup depuis que j’ai travaillé avec lui durant trois ans sur Les coups de cœur d’Alain Morisod. On se ressemble: on adore la radio, mais peut-être encore plus les gens et ce qu’ils apportent de profondément humain dans nos émissions.» Pour cette nouvelle aventure, Jean-Marc Richard ne lui a pas donné de conseils formels, mais quelque chose de bien plus précieux: sa confiance. «Il sait que je suis une bosseuse, que j’aime la musique et les artistes.»

Même si elle en rêvait depuis gamine, même si elle a prédit à Nemo sa victoire dans «Le grand soir», via une de ses chroniques où elle s’imaginait déjà la commenter, ce n’est pas par hasard que Victoria a été choisie pour ce nouveau rôle. La musique a toujours été le fil rouge de sa vie, un héritage précieux reçu de ses parents à Château-d’Œx (VD), où elle a grandi. «Cet amour me vient de mes parents, et des musiques champêtres et populaires qu’ils écoutaient. Ils adoraient aussi beaucoup chanter avec nous.»

Chez les Turrian, la chanson, jusqu’à la youtze, est comme une langue seconde. Issue d’une famille de cinq enfants, elle se souvient d’un foyer où «la fête et le sens de la fête» étaient essentiels «même dans les galères». «Par ce biais, on a reçu énormément d’amour et d’humour justement. Pour moi, c’est vraiment lié. Et surtout ne pas avoir peur de ce que les gens peuvent penser quand on est tenté de faire un pas de côté.» Des qualités qu’elle distille à son tour autour d’elle en permanence.

Un sens profond de l’écoute

Cette éducation heureuse l’a dotée d’une empathie qu’elle porte comme une seconde peau. C’est ainsi que, avant de devenir une voix familière des ondes, Victoria a connu la réalité du terrain en travaillant dans une clinique comme aide-infirmière. «J’ai vécu des années formidables qui ont nourri tout un tas de chroniques que j’ai faites par la suite sur Couleur 3.» Une époque qui a forgé sa patience et son écoute attentive.

Cette fibre sociale et humaine s’exprime aujourd’hui dans son émission Home Sweet Home, sur Option Musique. Une émission qui, pour elle, a redonné tout son sens à son métier. C’est ainsi que, depuis la fin de la pandémie, elle se rend dans les établissements médicosociaux (EMS) de toute la Suisse romande pour donner la parole à ceux que l’on oublie trop souvent.

«Des personnes extraordinaires qu’on n’entend pas assez. C’est un cadeau pour eux, mais c’est aussi un cadeau pour moi, pour nous», juge-t-elle. Victoria se passionne pour ces rencontres. «Tout le monde a une vie intéressante et je récolte souvent des confessions extraordinaires car, quand je leur tends mon micro, ils donnent tout.» Au final, ces échanges sont bien plus que du journalisme, c’est du «social».

Baba de Leysin

Régulièrement sur les ondes, car elle est «la remplaçante idéale», l’animatrice a un emploi du temps de «pile électrique» qui convient bien à son tempérament. «Mais je sais aussi être une grosse feignasse», avoue-t-elle en riant. Son équilibre, elle le trouve à Leysin (VD), un village de montagne qu’elle chérit pour son authenticité et ses mélanges. «Là-bas, j’ai l’impression que je respire à nouveau.» C’est là qu’elle cultive des plaisirs simples comme promener Samba, la chienne de la famille, ou aller aux champignons, encore une habitude précieuse héritée de son enfance.

En cuisine, c’est plutôt Baptiste Feltin qui gère. Amoureux du Maroc, ils ont rapporté une collection de djellabas, leur tenue préférée à la maison.
Photo: François Wavre | lundi13

Reste que le plus beau projet de Victoria Turrian n’est pas radiophonique. En août prochain, elle dira oui à son compagnon, le journaliste Baptiste Feltin, qu’elle surnomme tendrement Baba. Un homme d’une grande intelligence et d’une infinie patience. «Un vrai poète. Mes enfants l’adorent.»

A 52 ans, ce mariage à l’église de Leysin est un choix de vie assumé et joyeux. «En 2008, j’ai fait un faux mariage à l’esprit déjanté avec le père de mes enfants, dont je suis séparée. Mais j’ai toujours dit que je me marierais à la cinquantaine pour de vrai, à l’église. A un moment où on le fait ni pour les enfants ni pour des questions administratives. Mais juste parce qu’on s’aime et qu’il nous est arrivé un truc fou…»

Concours Eurovision de la chanson: Demi-finales les mardi 12 et jeudi 14 mai (avec la Suissesse Veronica Fusaro) à 21 h sur RTS 2 et France 4. Finale le samedi 16 mai à 21 h sur RTS 2 et France 2.

Un article de «L'illustré» n°19

Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 7 mai 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 7 mai 2026.

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