Président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud est auditionné, pour la première fois, lundi, dans le cadre de l'incendie du 1er janvier qui a touché la station du Haut-Plateau. Il s'agit du huitième des neuf prévenus interrogés dans cette affaire.
«Cette audition signifie qu’il a fallu trois mois et 10 jours pour que le président de la commune soit entendu en qualité d’accusé, alors qu’il a reconnu, le 6 janvier, des manquements graves», estime l'avocat valaisan Sébastien Fanti, interrogé par Keystone-ATS. «Pour les familles, le mot qui vient à l’esprit est: enfin.»
Lundi, Nicolas Féraud est arrivé vers 08h30, en compagnie de son avocat Me Christian Delaloye. L'élu PLR était attendu par une foule de journalistes, photographes et de caméramans. Il a choisi d'entrer par une des nombreuses portes latérales menant à l'aula du campus Energypolis à Sion, lieu de l'audition.
Dernière audition mercredi
Accusé d'homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence depuis le 5 mars, Nicolas Féraud est entendu dans le cadre de la troisième série d'auditions menées par le pool de procureures en charge de l'affaire. L'ancien conseiller communal de Crans-Montana en charge de la sécurité publique (2021-2024) doit, lui, être entendu mercredi par le Ministère public (MP), lors de la seconde audition de la semaine.
Cinq jours après le drame, la commune de Crans-Montana, via son président, avait admis, lors d'une conférence de presse, que le bar «Le Constellation» n'avait pas été contrôlé depuis 2019. «On ne s'explique pas pourquoi ces contrôles n'ont pas été effectués», avait alors déclaré Nicolas Féraud.
Prêt à assumer
«Mes clients ont besoin de réponses, d’avoir quelqu’un qui répond à leurs questions et assume» déclare, pour sa part, l'avocat genevois de plusieurs familles de victimes, Me Romain Jordan. «Pourquoi aucun contrôle? Pourquoi aucun suivi sur les déviations constatées en 2019? Pourquoi n’a-t-on pas écouté les appels au secours de certains employés sur le manque de moyens?»
Dans une interview accordée à Keystone-ATS, fin janvier, Nicolas Féraud avait fait pour la première fois son mea culpa. «J'assumerai ce que je devrai assumer, si je devais être inculpé», avait-il déclaré.
Eclaircir la situation
«Il ne s’agit désormais plus seulement de communication, mais d’éclaircir de manière précise les décisions prises et dans quelles conditions, ainsi que les responsabilités exercées à l’échelle communale et dans les sphères concernées, y compris dans les arbitrages entre les exigences de sécurité, le développement de l’activité touristique et les ressources et moyens mobilisés par la commune», résume, de son côté, Me Gilles-Antoine Hofstetter, avocat vaudois de plusieurs familles.
La semaine dernière, le Ministère public avait au programme quatre auditions, celles du gérant du bar, Jacques Moretti – finalement excusé pour raisons médicales –, de l'ex-responsable de la sécurité en protection incendie de la commune de Chermignon – qui n'a pas répondu aux questions n'ayant eu accès au dossier pénal selon son avocat –, ainsi que celles de l’adjoint de l'ex-chef du service de sécurité de la commune (2020-2024) et d'un membre actuel de l'équipe de sécurité publique de la commune de Crans-Montana.
Visé par une plainte pénale
Les neuf prévenus doivent répondre d'homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence dans le cadre de l'incendie qui a fait 41 morts et 115 blessés, dont 38 sont toujours hospitalisés.
Nicolas Féraud est de plus visé par une plainte pénale du 26 janvier émanant d'une famille d'une victime. Le quinquagénaire y est accusé de lésions corporelles par négligence, de mise en danger de la vie d'autrui par dol direct, d'incendie par négligence ainsi que d'une série de violations de la responsabilité et des devoirs imposés par la loi sur les communes, notamment de la loi sur la protection contre l'incendie et les éléments naturels.