Bien qu'il s'agisse d'un débat qu'on préférerait ne jamais devoir mener, les discussions semblent avancer, malgré tout. Après l'effroyable enchaînement de drames survenus début 2026, d'abord à Crans-Montana (VS), puis à Chiètres (FR), des voix politiques se sont élevées pour exiger un traitement plus équitable des personnes concernées par de telles catastrophes.
En effet, si les victimes de l'incendie du bar «Le Constellation» ont reçu plusieurs marques de soutien fédérales, dont les fameux 50'000 francs de solidarité libérés par le Parlement, celles de Chiètres ont dû se contenter de l'aide «classique», soit les prestations de la loi fédérale sur l'aide aux victimes d'infractions (LAVI). Frappés par cette distinction entre les victimes, plusieurs élus s'étaient empressés de déposer des postulats, dans une volonté de rectifier ce qu'ils percevaient comme une véritable injustice.
Parmi eux, le conseiller aux Etats Baptiste Hurni (PS/NE) insistait notamment sur le renforcement de la LAVI et l'amélioration de l'indemnisation des victimes. Isabelle Chassot (Le Centre/FR) demandait par ailleurs à préciser les conditions selon lesquelles les victimes de catastrophes imputables à une faute humaine peuvent obtenir une aide d'urgence de la Confédération, afin d'éliminer le risque de «deux poids, deux mesures». Ces deux postulats ont été acceptés, le mardi 2 juin, par le Conseil des Etats. Ce dernier les a transmis au Conseil fédéral, qui devra donc se pencher sur les points soulevés et rédiger un rapport.
«Ce postulat mènera à plus d'égalité»
Précisant que sa démarche concerne à la fois les personnes touchées par des drames comme celui de Chiètres et les victimes de violences conjugales, Baptiste Hurni estime que tous ces cas de figure partagent, actuellement, un point commun: un manque de soutien que le socialiste trouve «difficilement justifiable», dans la mesure où d'autres victimes en reçoivent davantage.
«A l’heure actuelle, une injustice demeure entre différentes catégories de victimes, entre victimes d’infractions routières, et les autres, pointe-t-il. Mais ce postulat mènera à plus d’égalité. Ce processus va permettre d’améliorer le statut des victimes, indépendamment de la médiatisation de leur cas, et quelle que soit la cause de leur dommage: violences conjugales, incendie volontaire, acte de terrorisme et tant d’autres.»
De son côté, Isabelle Chassot expliquait, auprès de «24 Heures», que ces récentes tragédies ont mis en lumière les failles du dispositif LAVI. «Lors de tels drames, les victimes et leurs familles sont confrontées à des questions matérielles très concrètes et elles ont besoin de savoir à quoi elles ont droit et vers qui se tourner, affirmait-elle à nos confrères. Nous devons clarifier les modalités, les rôles de la Confédération et des cantons et être au clair sur qui fait quoi et comment. La question, en fin de compte, est d’être prêt pour la prochaine catastrophe à laquelle nous devrons malheureusement faire face.»
«Un pas décisif dans la bonne direction»
Et maintenant, que fait-on? Dès le moment où un postulat est validé, le chemin jusqu'au changement concret peut s'avérer encore long. Or, pour Baptiste Hurni, la décision constitue déjà un pas décisif dans la bonne direction: «Nos institutions doivent assurer un soutien équitable et empathique aux victimes, souligne le socialiste. On pourrait imaginer la création d’un fond d’indemnisation à l’image de ce qui existe pour les accidents routiers, ou une revalorisation des indemnités issues de la LAVI, qui ne permet pas à ce jour, et je le regrette, d’assurer une protection minimale.»
La possible réalisation de cette idée se trouve désormais entre les mains du Conseil fédéral. Le rapport sera prochainement présenté au Parlement.