Le timing est effroyablement frappant. Dans la matinée du 10 mars, le Parlement venait tout juste de s'accorder sur un soutien de solidarité s'élevant à 50'000 francs pour les victimes de l'incendie survenu au bar Le Constellation, à Crans-Montana. Quelques heures plus tard, le même jour, un bus embrasé à Chiètres (FR) faisait six morts et cinq blessés. Un enchaînement de drames qui obscurcit terriblement l'aube de l'année 2026, en Suisse.
Il s'avère toutefois que les victimes de l'incident du 10 mars ne bénéficieront pas d'aide fédérale, comme cela a été le cas pour celles de Crans-Montana, rapporte la RTS. Pour rappel, celles-ci ont également reçu, en plus du soutien «classique» prévu par la loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions (LAVI), une aide urgente du canton du Valais s'élevant à 10'000 francs par victime. Un fonds de 10 millions de francs leur a également été alloué par les députés valaisans, qui ont approuvé l'idée à l'unanimité le 12 mars.
Les victimes de Chiètres ont droit à la LAVI
Or, les personnes impactées par l'incendie de Chiètres devront donc se satisfaire des soutiens pourvus par la LAVI, appliquée au niveau cantonal, dont bénéficie «toute personne qui a subi, du fait d’une infraction, une atteinte directe à son intégrité physique, psychique ou sexuelle». Elle est donc activée dans ce cas précis, puisque la piste d'«un acte volontaire sans motivation idéologique», perpétré par un sexagénaire souffrant de troubles psychologiques, est pour l'heure privilégiée. À noter que la LAVI existe même lorsque l'auteur de l'infraction n'a pas été découvert ou a agi par négligence.
Pour résumer, ce soutien se déploie sous plusieurs formes, dont des conseils et une aide psychologique immédiate, une aide «à plus long terme fournie par les centres de consultation LAVI», la contribution aux frais si une aide à long terme est fournie par un tiers, l'exemption des frais de procédures, une indemnité proportionnelle aux revenus, si les atteintes subies ne sont pas payées par l'assurance de l'auteur. Une indemnité pouvant aller jusqu'à 76'000 francs, selon la gravité des dommages, peut aussi être touchée.
Les contributions de solidarité ne seront pas élargies
La veille de l'incendie de Chiètres, le Conseil national refusait la proposition de la conseillère nationale bâloise Sibel Arslan, qui demandait d'étendre les contributions de solidarité allant jusqu'à 50'000 francs aux victimes de tous les «événements extraordinaires», et cela indépendamment de leurs revenus.
Cette modification de la loi, demandée par la Verte, a été rejetée par 134 voix contre 24, et 34 abstentions. Plusieurs élus ont toutefois souligné l'importance de la question, souligne la RTS. Certains estiment en effet qu'il s'agit d'une véritable injustice, dans le traitement des victimes. L'Argovienne Maya Bally (Centre) a cependant promis que la proposition de Sibel Arslan sera rediscutée «lors d'une prochaine réunion de la commission». Une proposition a directement été déposée par les Vert-e-s, auprès de la Commission des affaires juridiques du Conseil national. L'idée sera donc réévaluée ce printemps.