Président de l'Ordre des avocats valaisans, Gonzague Vouilloz suit de près l'affaire du drame de Crans-Montana, bien qu'il ne soit pas partie à la procédure. L'ancien vice-président du Conseil de la magistrature fait le point sur le dossier.
Au début de l'affaire, le Ministère public et la Police cantonale avaient proposé une courte liste d'avocats afin d'éviter que leur nombre ne prolifère (99 actuellement). «Je pense qu'il est très compliqué pour un avocat de représenter un nombre important de victimes, celles-ci ayant des intérêts différents», souligne Gonzague Vouilloz, interrogé par Keystone-ATS. «En limitant le nombre d'avocats, on aboutirait à une restriction du droit des victimes.»
Depuis le 1er janvier, les fuites se sont multipliées. Une situation qui ne laisse pas de marbre le bâtonnier valaisan: «avec mes collègues de l'Ordre genevois et vaudois, nous sommes intervenus d'une manière sobre et sommaire, en rappelant aux avocats leur devoir de réserve.»
Jusqu'à la radiation
«Au niveau de l'autorité de surveillance, un avocat qui multiplie les fuites, encourt une sanction pouvant prendre la forme dans les cas extrêmes d'une suspension, voire la radiation», rappelle Gonzague Vouilloz. «Au niveau de l'association de l'Ordre des avocats, il risque un blâme, une amende voire une exclusion de l'association.»
Pour certains avocats, cette affaire, c'est le procès du siècle. «Ceci rend nécessaire un respect plus strict encore des règles de déontologie et notamment du devoir de réserve de l'avocat pour éviter la tendance inévitable au jugement populaire», constate le Valaisan. «Cela est d'autant plus vrai pour les contacts que peut avoir un avocat avec la presse.»
«Des coûts exceptionnels»
Les tensions entre le gouvernement italien et la Suisse risquent également d'avoir une influence sur la procédure actuelle. «J'espère qu'elles n'auront aucune conséquence», avoue Gonzague Vouilloz. «Il est important que l'instruction de cette affaire par la justice suisse s'exerce dans le respect le plus strict des règles de procédure avec la sérénité nécessaire. Le suivi actuel de la procédure nous confirme qu'elle en prend le chemin.»
La procédure va, elle, coûter plusieurs dizaines de millions de francs. Si certains prévenus devront payer une partie de ces coûts, ils n'arriveront pas à régler la totalité des montants en jeu.
«Cette affaire est exceptionnelle. Elle engendrera des coûts exceptionnels», confirme-t-il. «C'est le prix à payer pour une justice qui fonctionne, également dans les affaires hors normes. Si on ne devait pas donner les moyens de rendre justice dans ce genre de procès, on priverait de leurs droits une partie des personnes concernées. Mais oui, une partie des coûts sera à la charge de l'Etat du Valais et donc du contribuable.»
A la suite du recours d'un avocat genevois, Me Garen Ucari, le Tribunal fédéral (TF) va devoir se prononcer sur la nomination d'un procureur général extraordinaire. «Une telle nomination serait perçue comme une défaillance de la justice valaisanne par le grand public. Cela serait regrettable», affirme le bâtonnier. «Pour ma part, je considérerais une telle décision contraire au fédéralisme suisse», ajoute-t-il.