La maman de Dalia, 15 ans, s'exprime
«Il faut que la gentillesse et la bienveillance de notre merveilleuse fille perdurent»

Dalia, disparue à Crans-Montana, aurait eu 16 ans le 4 mai 2026. Pour marquer cette date et honorer une enfant «lumineuse et généreuse», sa famille lance une Fondation, dont la première action sera de soutenir les jeunes impactés par le drame.
«C'est impensable que toute sa lumière s'arrête là, confie Sefkat, la Maman de Dalia. C'est pour cela que nous voulons faire perdurer son 'héritage' via la Fondation.»
Photo: DR
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Les deux émotions qui se lisent sur le visage de Sefkat Benkirane se contredisent avec une puissance déchirante: d’un côté, il y a la fierté d’une maman dont les traits s’illuminent lorsqu’elle parle de ses enfants. De l’autre, la douleur indescriptible d’une perte qui n’aurait jamais dû survenir.

Depuis le 1er janvier 2026, le temps s’est comme suspendu pour la famille de Dalia, 15 ans, dérobée à un radieux avenir par le drame qui a endeuillé la Suisse entière. Présente dans le bar «Le Constellation», aux côtés de son amie Alix, pour célébrer le Nouvel-An, la jeune fille fait malheureusement partie des 41 victimes de l’incendie. Elle aurait eu 16 ans le 4 mai 2026.

Si sa maman a courageusement accepté de nous parler, quelques jours avant cet anniversaire bouleversant, c’est pour honorer le «rayon de lumière» qu’était sa «fille adorée». Durant l'entretien, on n'évoque pas ses propres émotions qu’aucun mot ne suffit ni à décrire, ni à soulager: «Trop compliqué», admet Sefkat, qui a coupé tous les réseaux sociaux depuis le décès de sa fille, pour se protéger de l’intense déferlement médiatique. On ne parle pas non plus des vidéos auxquelles les proches des victimes ont pu avoir accès, ni du procès des Moretti. Ce n’est pas pour cela qu’elle est venue à la rédaction. 

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Une fondation en l'honneur de Dalia

Ce dont on a parlé, en revanche, c’est de la fondation qu’elle a bâtie aux côtés de son mari Karim, de Nora, la soeur aînée de Dalia, et de leurs proches. L'objectif: agir pour la santé physique et mentale, la dignité et les conditions de vie des êtres vivants, avec un accent particulier sur le soutien aux enfants et aux jeunes adultes. «Il nous paraissait impossible que la bienveillance, la générosité et la joie que répandait Dalia ne perdurent pas, explique Sefkat. Elle était également très sensible à la cause animale, avait un sens de la justice admirable qui guidait chacun de ses choix, et portait sur le monde un regard analytique, parfois critique. Elle voulait devenir juge et défendait les autres avec une énergie débordante. On s'est donc demandé comment elle aurait agi, si elle était encore là, afin de pouvoir le faire à sa place.» 

Grâce aux montants récoltés jusqu'ici via les plateformes Gofundme et Swissdonations, la toute première mission de la «Fondation Dalia» sera de financer la mise en place d’une aide psychologique, ainsi qu’un accompagnement scolaire et social «dans la durée», pour toutes les personnes touchées par le drame de Crans-Montana. «Je ne sais même pas s'il est possible de s'en remettre un jour, confie Sefkat. Sur le terrain, on constate l'immense impact sur les victimes, leurs familles, ainsi que sur les jeunes dont les camarades sont décédés ou ont été blessés. Nous avons eu des échos de certains d'entre eux qui en perdent le sommeil, peinent à retrouver une normalité ou à sortir. Souvent, les jeunes ne se sentent pas légitimes de demander de l'aide, alors qu'il est normal, hélas, que cette souffrance perdure dans le temps et soit reconnue. Leur entourage, dont leur cadre scolaire, doit donc aussi être soutenu et sensibilisé, afin d'être armé pour accueillir toute cette douleur.» 

«Les jeunes ne se sentent pas légitimes de demander de l'aide»

L’idée a rapidement suscité un immense élan de solidarité. Une jeune graphiste a notamment proposé de réaliser gratuitement le logo de la fondation, tandis qu'un orthodontiste renommé de la région a proposé d'offrir, chaque année, un traitement gratuit à un jeune dans le besoin, en l'honneur de Dalia, qu'il connaissait. «Je suis très touchée et reconnaissante de tout ce soutien et de toute cette bienveillance, souligne Sefkat. Mais c’est tellement cruel que Dalia ne soit pas là pour en témoigner».

La famille avance, pas à pas, dans l'organisation de cette fondation et le rassemblement des acteurs professionnels. Reconnue d'utilité publique et placée sous l'égide de l'Autorité fédérale de surveillance des fondations en Suisse, elle lancera ses opérations le 4 mai, jour de l'anniversaire de Dalia. «L'échéance symbolique de cette date nous a poussés en avant, explique la maman de Dalia. Impossible de vous dire comment se déroulera cette journée, mais cette perspective nous a permis de trouver la force d'avancer beaucoup plus vite. Et l'action permet d'apaiser un peu le sentiment d'impuissance.» 

Impossible de ne pas penser aux autres familles et à leurs actions, notamment à la fondation Alix Perroud, créée par la famille d'une autre jeune fille décédée le 1er janvier, et qui s'attache à offrir de la douceur dans le parcours des victimes et de leurs familles, en leur apportant du confort, du bien-être, des activités et la création de liens, «à l'image de ce qu'aurait aimé Alix». «Toutes ces organisations d'aide se complètent, vu les besoins immenses, souligne Sefkat. Et c'est beau, car Dalia et Alix étaient très proches, elles s'aimaient profondément. Au travers de ces actions, elles continuent à faire le bien autour d'elles, autrement.» 

«Je ne veux pas qu'on cesse de parler de Dalia»

De quoi ont besoin des familles endeuillées et comment peut-on les aider? À cette question, Sefkat réfléchit un instant. «Je pense qu'il n'existe pas de réponse qui s'applique à tout le monde, observe-t-elle. De mon côté, je suis très touchée par le contact humain, cela me va droit au coeur quand on me propose du soutien. Et je ne voudrais pas que nous cessions de parler de l'enfant magnifique qu'est Dalia, même si c'est difficile. D'autres familles, en revanche, n'arrivent pas encore à en parler, car c'est trop douloureux. Chacun fait comme il peut.» 

Pour la maman de Dalia, ce ne sont pas forcément les événements qui sont durs à évoquer. «Mais il est presque impossible de mettre quelques mots sur la vie de son enfant rayonnant qui, trente secondes avant, projetait de découvrir le monde, d’avancer dans son parcours de Maturité au sein du Gymnase du Bugnon et de faire une grande fête pour ses 16 ans, s'émeut-elle. C'est impensable que toute sa lumière s'arrête là. Et c'est aussi pour cela que nous voulons faire perdurer son "héritage" via la Fondation. Dalia aimait la vie, aider sa famille, ses amis, même les inconnus et les animaux qui croisaient son chemin. Elle était infiniment aimée. Et elle aurait voulu qu'on fasse notre maximum pour aider les autres, dans le sillage de ce drame.» 

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