Cauchemars, anxiété, incompréhension…
Comment rassurer un enfant choqué par le drame de Crans-Montana?

Dans le sillage de l'incendie du 1er janvier 2026, il se peut que de très jeunes enfants aient été confrontés à des vidéos ou récits douloureux. Une experte aide les parents à ouvrir le dialogue, afin d'apaiser l'angoisse et la peur des plus petits.
Véronique Granges, responsable romande du Conseils 147, propose 4 conseils pour aider les parents à rassurer leurs enfants.
Photo: KEYSTONE
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Un membre de la rédaction a récemment été témoin d'une discussion désolante, à bord d'un train reliant Montreux à Lausanne. Une maman, installée dans le wagon, racontait que son plus jeune enfant ne parvenait plus à trouver le sommeil, après avoir découvert, dans la cour de son école, des images du drame de Crans-Montana. Saisi d'effroi, le bambin enchaînerait les cauchemars, incapable d'imaginer qu'une telle horreur ait pu se dérouler aussi près de chez lui. 

Hélas, il ne doit pas être le seul, alors que les vidéos et récits du drame continuent de tourner sur les réseaux sociaux. Et qu'il est presque impossible de cacher totalement cette sombre actualité, omniprésente dans les médias, aux yeux et aux oreilles des plus jeunes. 

«Il est difficile de protéger les enfants des échanges autours des écrans, tant ceux-ci font partie de notre quotidien, acquiesce Véronique Granges, responsable romande du Conseils 147 et Conseils aux parents de Pro Juventute. L’attirance et l’intérêt personnels pour les écrans, la curiosité et l’invitation à une interaction sociale complètent la dynamique qui va amener les jeunes enfants à écouter et regarder ce que les plus grands proposent de partager avec eux et elles.» Voici comment réagir si votre enfant se sent profondément marqué et choqué par ce qu'il a vu ou entendu, afin de le rassurer sans lui cacher la vérité. 

1

Ouvrir le dialogue dès que possible

D'emblée, notre intervenante conseille simplement de parler avec l'enfant, en l'invitant à prendre la parole dès qu'il le souhaite ou en lui demandant, de temps en temps, ce qu'il pense d'un récit d'actualité ou d'une image forte découverts ensemble. «Cela permet à l’enfant d’exprimer ses ressentis et pensées face à des images ou à des paroles potentiellement inquiétantes, souligne-t-elle. Soutenir, de cette manière, le développement des compétences sociales de son enfant l'aidera également à gérer davantage l’interaction avec les plus 'grands' de son école.» 

Pour mieux le préparer à faire face à des images ou récits perturbants, Véronique Granges suggère en outre de rappeler aux plus jeunes que certains contenus véhiculés par les écrans peuvent s'avérer faux, afin d'encourager une certaine distance critique, dès que possible. 

Quand faut-il demander de l'aide professionnelle, face à un enfant bouleversé?

Selon Véronique Granges, responsable romande du Conseils 147 et Conseils aux parents de Pro Juventute, plusieurs signes doivent alerter les parents, lorsque leurs enfants ne parviennent pas à digérer certaines images ou récits choquants qu'ils auraient découverts, notamment dans la cour de leur école. 

«Il faudrait demander de l'aide professionnelle si les préoccupations de votre enfant lui génèrent un état de stress continu, que vous observez qu’il ou elle n’arrive pas à s’apaiser de manière concrète, qu’il est toujours dans une sorte d’agitation malgré la structure et le rythme de son quotidien ou que son sommeil et son appétit sont perturbés sur une durée qui se prolonge» liste-t-elle. Ces points justifient une consultation auprès de son pédiatre ou autre professionnel de référence. 

Pour rappel, le service du Conseils aux parents de Pro Juventute est à l’écoute des parents pour toutes leurs questions du quotidien et peut les orienter vers d’autres services spécialisés, disponible 24/24 et 7j/7 par téléphone (058 261 61 61), WhatsApp (de 7h30 à 22h) et par mail à l'adresse conseilsauxparents@ projuventute.ch. 

Les enfants et adolescents peuvent également trouver une aide immédiate à tout moment, en composant le 147. 

Selon Véronique Granges, responsable romande du Conseils 147 et Conseils aux parents de Pro Juventute, plusieurs signes doivent alerter les parents, lorsque leurs enfants ne parviennent pas à digérer certaines images ou récits choquants qu'ils auraient découverts, notamment dans la cour de leur école. 

«Il faudrait demander de l'aide professionnelle si les préoccupations de votre enfant lui génèrent un état de stress continu, que vous observez qu’il ou elle n’arrive pas à s’apaiser de manière concrète, qu’il est toujours dans une sorte d’agitation malgré la structure et le rythme de son quotidien ou que son sommeil et son appétit sont perturbés sur une durée qui se prolonge» liste-t-elle. Ces points justifient une consultation auprès de son pédiatre ou autre professionnel de référence. 

Pour rappel, le service du Conseils aux parents de Pro Juventute est à l’écoute des parents pour toutes leurs questions du quotidien et peut les orienter vers d’autres services spécialisés, disponible 24/24 et 7j/7 par téléphone (058 261 61 61), WhatsApp (de 7h30 à 22h) et par mail à l'adresse conseilsauxparents@ projuventute.ch. 

Les enfants et adolescents peuvent également trouver une aide immédiate à tout moment, en composant le 147. 

2

Valider les émotions de l'enfant

Face à des inquiétudes liées au drame («Le feu peut se déclencher partout») ou des questionnements affolés («Comment peut-on se protéger si cela nous arrive?»), notre intervenante recommande aux parents d'écouter, en premier lieu, avant de valider les émotions de l'enfant et de lui apporter quelques précisions claires, factuelles et rassurantes, sans nier sa peur ou suggérer qu'il exagère. 

Il s'agit en effet de confirmer qu'il est normal de se sentir triste, inquiet ou incertain en découvrant de telles images: «Expliquez-lui qu’un drame est une situation très exceptionnelle, démontrez-lui comment la source de sa peur se présente au quotidien et ce qu’il ou elle peut faire au cas où ce type de situation devait se concrétiser», propose Véronique Ganges. Cela tend effectivement à donner l'impression de maîtriser la situation et d'être mieux préparé, ce qui peut calmer l'angoisse. 

3

Adaptez vos propos à son âge

A noter que contenu et le détail de vos propos dépendra évidemment de l'âge de l'enfant: «Veillez à adapter vos réponses, par exemple en utilisant des mots simples ou en lui proposant de faire des dessins, poursuit notre experte. Restez disponible pour de nouvelles discussions et demandez-lui de vous expliquer ses cauchemars ou ses sentiments.» Tant qu'on l'aide à exprimer ses ressentis ou ses difficultés, à sa manière, c'est déjà un pas essentiel dans la bonne direction. 

4

Osez lui parler de la mort

Notre experte rappelle par ailleurs que la mort préoccupe naturellement les êtres humains, mais que certains se sentent plus à l’aise d’en discuter que d’autres. «Les enfants, dans leur développement, ont besoin d'apprendre et le font à tout moment, à divers niveaux et à partir de différentes sources, pointe-t-elle. Accueillez les questions ou inquiétudes de vos enfants, parlez-leur, honnêtement, avec vos mots de la mort, mais n'hésitez pas à préciser qu’il est difficile pour vous d’en parler, que la mort vous rend triste ou que vous avez appris à vivre sans un être aimé.» 

De cette manière, l’enfant pourra apprivoiser l'idée de la perte et du deuil, en posant des mots sur un vécu ou des sentiments difficiles. «Il pourra ainsi accepter que la vie peut continuer après le départ d’une personne proche ou connue», conclut Véronique Granges. 

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