«C'est des expériences comme ça qui font fuir les clients!»
Il achète son billet 17 secondes trop tard, il reçoit une amende de 130 francs

Marco Wyss a été amendé pour avoir acheté son billet 17 secondes après le départ du train. Des situations similaires suscitent régulièrement la colère des voyageurs, mais les transports publics continuent pourtant d'appliquer leurs règles, sans exception.
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Marco Wyss a acheté son billet 17 secondes après le départ du train.
Photo: DR
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Lucien Fluri

Marco Wyss et son amie ont réussi de justesse à monter dans un train régional à Soleure en direction de Berne. Ils ont acheté leur billet sur leur téléphone juste après le départ du train, 17 secondes plus tard pour lui et 32 secondes plus tard pour elle.

Tout était payé, donc tout va bien! Monumentale erreur: les CFF, et d'autres autres compagnies de transport, sanctionnent strictement les billets achetés après le départ du train ou du bus. Sept minutes plus tard, lors d'un contrôle, Marco Wyss écope d'une amende de 130 francs et sa compagne de 90 francs, malgré l'achat de leurs billets. Elle a obtenu une réduction de 60 francs, contrairement à lui, déjà sanctionné auparavant avec Easy Ride.

Marco Wyss ne conteste pas le fait qu'il ait payé trop tard, mais ces amendes l'agacent. Pourquoi reçoit-il une amende alors qu'il est évident qu'il n'y a pas eu de tentative de resquillage? Ses recours par courriel auprès des autorités compétentes sont restés vains. «Nous comprenons votre frustration, d'autant plus que les billets ont été achetés quelques secondes seulement après le départ.» Mais cela n'a rien changé. 

Dégoûter les usagers

Le problème est connu depuis de longues années et de nombreux articles de presse ont relaté des cas similaires. Marco Wyss, chef de projet chez Swiss eMobility et élu écologiste, estime que cette politique «peu conviviale» des transports publics risque de dégoûter les usagers. «Si nous voulons que les gens utilisent les transports publics, ils doivent être attractifs, compréhensifs, déclare-t-il à Blick. C'est des expériences comme celle-là qui font fuir les clients!»

L'autorité régionale des transports Berne-Soleure a confirmé qu'une règle nationale s'applique aux billets achetés après le départ et qu'elle est obligatoire pour toutes les compagnies de transport. Elle précise aussi que les contrôleurs sont libres de refuser la discussion et n'ont pas les moyens de savoir si les voyageurs disent ou non la vérité. Ils ajoutent que cela relèverait de l'arbitraire.

Pour l'office de médiation des transports publics, les «conflits liés aux voyages sans titre de transport valable» font partie des motifs de plainte les plus fréquents. De nombreuses entreprises de transports publics se montrent néanmoins conciliantes, constate le service auprès du Blick. «Nous saluons cette tolérance.»

Le médiateur reconnaît lui aussi qu'il est souvent difficile pour le personnel de vérifier si un billet a réellement été acheté avant l'arrivée du contrôleur, notamment en centre-ville. Il a plusieurs fois proposé de réduire le délai de tolérance dans les trains longue distance, comme les Intercity et Interregio. De son côté, le secteur des transports publics estime les pertes liées à la fraude à 200 millions de francs par an.

Un train de mesures jeté aux oubliettes

Début 2024, l'Office fédéral des transports a demandé une réforme du système de «seconde contravention», appliqué aux billets achetés avec quelques secondes de retard. Dans le magazine Beobachter, il estimait qu'il n'était plus adapté de sanctionner systématiquement les voyageurs dans ce type de situation.

Aujourd'hui, il ne reste que peu de traces de ces efforts. Le gouvernement indique qu'un ensemble de mesures a été mis en place en mai 2024. Depuis, le nombre de plaintes reçues par l'Office fédéral des transports a diminué. Cet ensemble de mesures comprenait des améliorations techniques des applications et une campagne d'information. 

Mais impossible de savoir dans quelle mesure elles ont été efficaces. Dans le cas de Marco Wyss, il s'est avéré qu'il était toujours possible d'acheter un billet non valable après le départ du train. L'application lui a donc fait croire qu'il avait acheté un billet valable. Malgré sa frustration, le jeune homme de 32 ans veut continuer à prendre régulièrement le train. «Je reste un partisan absolu des transports publics», dit-il.

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