Le président américain Donald Trump accentue à nouveau la pression sur la Suisse en imposant de nouveaux droits de douane. La raison? Washington reproche à Berne de ne pas en faire assez contre les produits issus du travail forcé. La Suisse fait partie des 60 pays que Donald Trump veut désormais frapper de droits de douane de 10% ou 12,5%.
La Suisse risque d’être soumise au taux le plus élevé, soit 12,5%, car elle ne dispose pas d’une interdiction explicite d’importer des produits issus du travail forcé. Mais selon Richard Baldwin, cela ne change pas grand-chose. «Du point de vue américain, la Suisse serait de toute façon coupable. Peu importe les lois dont elle dispose», explique le professeur d’économie internationale à l’IMD de Lausanne. Car même pour les pays dotés de règles en la matière, Washington dénonce une application jugée insuffisante.
L'association faîtière Economiesuisse rejette fermement ces reproches. Plutôt qu'une interdiction d'importation, la Suisse mise notamment sur les principes directeurs de l'OCDE et sur des obligations de rapport complètes.
«Il devrait admettre sa défaite»
Donald Trump est sous pression. En février, la Cour suprême a annulé les droits de douane qu’il avait justifiés par une loi d’urgence. Pour les remplacer, il a introduit une surtaxe temporaire de 10%, qui expire le 24 juillet.
Pour l’économie suisse, Richard Baldwin estime que la situation actuelle ne changerait pas radicalement. «Le droit de douane est certes douloureux pour les entreprises concernées. Mais les pays sont traités de manière similaire.»
Aux Etats-Unis, les recettes douanières représentent près de 1% du produit intérieur brut. «C’est un montant qu’ils devraient compenser. Sinon, la dette publique augmentera plus rapidement», poursuit Richard Baldwin. «C’est pourquoi Donald Trump veut maintenir la pression. Sinon, il devrait aussi admettre sa défaite dans sa guerre douanière.»
Un nouveau droit de douane punitif?
Les pays concernés ont désormais jusqu’au 6 juillet pour faire valoir leurs objections. Pour l’heure, Richard Baldwin ne voit pas d’urgence particulière. «De nombreux juristes américains considèrent aussi ces nouveaux projets de droits de douane comme anticonstitutionnels», explique-t-il.
Jusqu’ici, le temps joue plutôt en faveur de la Suisse dans le bras de fer douanier avec les Etats-Unis. Mais cela pourrait changer. Washington envisage un droit de douane supplémentaire. La Suisse, l’Union européenne, la Chine et 13 autres pays sont accusés de favoriser des surcapacités de production, qui entraîneraient des excédents commerciaux déloyaux. Selon Richard Baldwin, le résultat est prévisible et devrait être défavorable envers les pays visés.
Si un droit de douane supplémentaire de 10% ou plus venait s’ajouter dans les prochaines semaines, la Suisse pourrait à nouveau se retrouver avec une surtaxe de plus de 20%. «Nous contestons l’idée selon laquelle la Suisse créerait des surcapacités au moyen d’une politique industrielle active», déclare Rahul Sahgal, directeur de la Chambre de commerce américano-suisse.
Le Conseil fédéral cherche le dialogue
Après la décision de la Cour suprême défavorable à Donald Trump sur le dossier des droits de douane, la Suisse a poursuivi ses négociations avec les Etats-Unis pour définir les contours d’un accord concret. Si l’urgence semblait jusque-là s’être atténuée, elle pourrait désormais de nouveau s’intensifier.
Selon les informations de Blick, un entretien direct serait prévu entre le conseiller fédéral Guy Parmelin et le représentant américain au commerce Jamieson Greer, en marge de la réunion ministérielle de l’OCDE à Paris.
Le gouvernement suisse va-t-il jouer la montre ou conclure rapidement un accord douanier afin d’offrir davantage de prévisibilité à l’économie? «Je m’attends à ce que la Suisse finisse par conclure un paquet global avec les Etats-Unis, afin d’éviter des droits de douane plus élevés que ceux actuellement en vigueur», déclare Rahul Sahgal. L’accord conclu l’année dernière prévoyait un droit de douane de 15%.