A six mois des élections de mi-mandat
Cette déclaration stupide risque de coûter très cher à Donald Trump

Peu avant son départ pour la Chine, le président américain Donald Trump a stupéfié l'opinion publique américaine avec une déclaration dont ses adversaires n'auraient même pas osé rêver. Pour trois raisons, cette déclaration devrait lui être fatale.
«Je ne pense pas à la situation financière des Américains. Je ne pense à personne», a déclaré Trump.
Photo: Anadolu via Getty Images
Samuel Schumacher

Hier encore, la moitié du monde craignait que Donald Trump ne tienne des propos déplacés sur Taïwan lors de sa visite en Chine. Une situation qui ne ferait qu'agraver l'instabilité mondiale. Au final, le président américain n'a même pas attendu son départ pour semer la consternation au sein de l'électorat américain avec une déclaration complètement folle.

«Je ne pense pas à la situation financière des Américains. Je ne pense à personne», a déclaré Trump dans le fracas des rotors d'hélicoptères devant la Maison Blanche. Un journaliste lui demandait alors quel rôle la crise américaine jouait dans sa politique de guerre menée en Iran. Cette citation, que la plateforme Axios a immédiatement renommé «Trump's Killer Quote (ndlr: la citation fatale de Trump), pourrait lui causer des sérieux ennuis. Et ce pour de multiples raisons.

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Un affront aux Américains qui souffrent.

La situation économique aux Etats-Unis est à un point de bascule. 75% des Américains affirment avoir subi des répercussions négatives de la guerre en Iran. Le prix de l'essence a grimpé à 4,55 dollars le gallon (3,8 litres). Faire le plein coûte 44% de plus que lors de l'entrée en fonction de Trump. Le coût de la vie a augmenté de près de 4% rien qu'en avril. Les billets d'avion coûtent 20% de plus qu'en février. 1,9 million d'Américains vivent désormais dans leur voiture parce qu'ils ne peuvent plus se permettre de payer un loyer ou ont perdu leur maison.

Et tout cela ne joue aucun rôle dans la planification politique de Trump? Il n'est guère surprenant que, selon une enquête de CNN, 77% des Américains rendent la politique de Trump responsable du fait que presque tout devient de plus en plus cher. Et plus inquiétant encore pour le président: une majorité de républicains affirme également que Trump est responsable du stress financier qu'ils subissent.

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Le contexte? Personne ne s'en soucie

La «Killer Quote» de Trump n'est que le début de sa réponse, puisqu'il a ensuite ajouté que la seule chose qui comptait pour lui était que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire. Une déclaration sensée, mais politiquement très maladroite.

Mauvaise nouvelle pour Trump: dans le contexte actuel, où les courts extraits vidéos cartonnent en ligne, le contexte importe peu. 20% des Américains consomment leurs informations principalement sur Tiktok (chez les moins de 30 ans, ce chiffre atteint même 43%). Tout tourne autour de clips viraux sans contexte ni classification.

Les stratèges politiques démocrates doivent probablement jubiler, car ils ne manqueront pas de transformer la déclaration «Je ne pense à personne» en outils de propagande sensationnalistes. David Axelrod, l'ancien stratège en chef de Barack Obama, estime que cette déclaration va «accélérer considérablement la désintégration politique» de Trump.

Un vœu pieux des démocrates? Peut-être. Ce qui est certain, c'est qu'avec cette déclaration maladroite, Trump offre une bouée de sauvetage inespérée à ses adversaires, en quête d'air politique pour survivre.

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Faire les sourds ne sauvera pas les Républicains

Les élections de mi-mandat du 3 novembre pourraient se transformer en calvaire politique pour les républicains. S'ils perdent leur majorité à la Chambre des représentants, Trump et ses compagnons de route devront s'attendre à de nombreuses enquêtes spéciales et auditions publiques autorisées par le Congrès. S'ils perdent également le Sénat, ils risquent même une nouvelle procédure d'impeachment qui, dans le cas extrême, pourrait entraîner la destitution de Trump.

Les Républicains feraient donc bien de se distancer clairement de leur président, coutumier des gaffes, et de condamner sa récente déclaration. Mais jusqu'à présent, rien de tel ne s'est produit. Tous les républicains qui ont été interrogés sur la déclaration de Trump ont feint l'ignorance ou ont fait référence au «contexte».

Les Américains, déjà durement éprouvés, n'apprécieront guère. A moins de six mois des élections de mi-mandat, le Parti républicain apparaît comme une bande de lâches courtisans, suivant aveuglément son chef de plus en plus imprévisible vers sa ruine politique.

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