Ses menaces ne prennent plus
Donald Trump perd le contrôle... et devient d'autant plus dangereux

Donald Trump fulmine. Mais son pouvoir d’intimidation semble s’éroder et de plus en plus d’alliés prennent leurs distances. Un affaiblissement qui ne rend pas la situation moins inquiétante. Au contraire.
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Donald Trump montre la voie à suivre. Mais tout le monde n'écoute plus ses paroles.
Photo: Imago
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Guido Felder

Donald Trump perd le contrôle. Depuis que son allié de longue date Benjamin Netanyahu a ignoré ses consignes en attaquant l’Iran de son propre chef, le mythe d’une domination américaine totale s’est fissuré. Partout dans le monde, partenaires et institutions se rebiffent. Les menaces du président américain ne font plus peur.

Pour le républicain, le constat est d’autant plus difficile à encaisser que la contestation vient aussi de son propre camps. A l'approche des élections de mi-mandat et avec son niveau historiquement bas dans les sondages, Trump entre dans une phase qu'un homme de pouvoir comme lui peut difficilement supporter. Car une question se pose désormais: jusqu’où peut aller un Donald Trump acculé?

Depuis plusieurs semaines, sa popularité est en chute libre. Selon un récent sondage du «New York Times» et du Siena College Research Institute, seuls 37% des Américains approuvent sa gestion du pays. Un niveau particulièrement bas pour un président américain.

Ces résultats traduisent aussi une perte de confiance. Donald Trump avait promis la paix pendant sa campagne. Pourant, il se retrouve aujourd’hui au cœur d’un climat international toujours plus instable. Selon CNN, il a déjà affirmé à 37 reprises qu’un accord avec l’Iran était imminent. Les promesses non tenues s’accumulent aussi sur le front commercial, notamment avec les droits de douane punitifs. La Suisse en sait quelque chose. Malgré un important acompte, une commande de matériel militaire américain ne sera pas livrée dans son intégralité, et arrivera avec beaucoup de retard.

Révolte contre Trump

De moins en moins d’acteurs semblent encore se laisser dicter leur conduite par Donald Trump. Les signes de défiance se multiplient.

  • Son allié Benjamin Netanyahu l'a ignoré: Alors que Donald Trump lui avait demandé de ne pas attaquer l’Iran, Israël a frappé le pays dans la nuit de dimanche à lundi. Le Premier ministre israélien a ainsi montré qu’il n’entendait plus forcément suivre les consignes venues de Washington.

  • L'Europe se réorganise: Les Etats membres de l’Union européenne (UE) avancent dans la mise en place d’une défense plus autonome et d’une production d’armement européenne, afin de réduire leur dépendance à l’égard des garanties de sécurité américaines, devenues trop imprévisibles.

  • Les partenaires commerciaux recherchent de nouvelles alliances: Des alliés traditionnels des Etats-Unis concluent de nouveaux accords et renforcent leurs liens économiques et stratégiques, notamment dans les matières premières. La Chine est la première à en profiter. 

  • Les droits de douane balayés: La Cour suprême a invalidé les droits de douane punitifs imposés par Donald Trump, en les jugeant illégaux. Une décision qui réduit le pouvoir du président dans un domaine central de sa politique.

  • Flop du conseil de la paix: Son Conseil de la paix peine à convaincre. Lancé en janvier par Donald Trump, le «Board of Peace» tourne à la farce. Selon le «Financial Times», plusieurs millions de dollars de dons ont bien été récoltés, mais aucun pays n’aurait accepté de payer le milliard de dollars réclamé comme ticket d’entrée.

  • Fiasco du 250e anniversaire: Les célébrations du 250e anniversaire des Etats-Unis risquent de perdre de leur éclat. Plusieurs artistes ont annulé leur participation. Donald Trump prévoit désormais un événement de sports de combat pour son 80e anniversaire, dimanche, avec lui-même en attraction centrale. En face, des stars comme Bruce Springsteen, les Foo Fighters et Joan Baez veulent organiser un festival de protestation.

  • Fracture au sein du parti: Même les républicains se distancent de Trump. Avec l’appui de 18 élus républicains, la Chambre des représentants a voté une nouvelle aide de plusieurs milliards de dollars à l’Ukraine. Un signal politique fort, sur un dossier où Donald Trump voulait imposer sa ligne.

Menace envers Netanyahu

Quand Donald Trump est contredit ou ignoré, sa première réaction passe souvent par l’invective. Sur NBC, il a interrompu une interview enregistrée vendredi en lâchant plusieurs jurons. Il y a quelques jours, il a aussi qualifié Benjamin Netanyahu de «fucking crazy».

Mais les insultes pourraient ne pas suffire. Si son autorité continue d’être contestée, le président américain pourrait chercher à se venger de ceux qui lui résistent. Sa menace lancée à Israël donne une idée de sa disposition à sanctionner même ses alliés historiques: «Tu ferais mieux d’être prudent, sinon tu te retrouveras très vite livré à toi-même.»

D’autres démonstrations de force ne sont pas à exclure. Donald Trump pourrait être tenté par une nouvelle opération militaire, par exemple contre Cuba, ou par un rapprochement encore plus visible avec des dirigeants autoritaires comme Vladimir Poutine ou Xi Jinping.

Trump est imprévisible

Le scénario le plus probable n’est toutefois pas forcément celui du coup d’éclat spectaculaire à l’étranger. Le durcissement pourrait d’abord se jouer sur le sol américain. C’est ce qu’estime Philipp Adorf, spécialiste des Etats-Unis à l’Université de Bonn. «Ses conseillers devraient insister pour ancrer durablement des projets centraux. Cela pourrait se traduire par un renforcement des services d’immigration, un contrôle accru de l’appareil administratif ou la nomination de fidèles au sein des institutions publiques», explique-t-il.

Donald Trump a déjà engagé ce mouvement. La semaine dernière, il a signé un décret présidentiel prévoyant de reclasser environ 8000 hauts fonctionnaires. Objectif: faciliter leur licenciement à l’avenir, quelle qu’en soit la raison.

Le recul de l’autorité de Donald Trump ne rend donc pas la situation moins inquiétante. Au contraire. Plus il se sent contesté, plus il pourrait être tenté de durcir le ton et ses actes. Un Donald Trump sur la défensive est peut-être un Donald Trump plus dangereux que jamais.

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