Trump, pannes de courant, santé
«C’est une crise humanitaire!» L'ambassadeur suisse à Cuba tire la sonnette d'alarme

Coupures de courant, pénuries d'eau et manifestations plongent l'île de Cuba dans le chaos. Combien de temps le gouvernement pourra-t-il résister à la pression? L'ambassadeur suisse à la Havane s'exprime.
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Le week-end dernier, des violentes manifestations ont eu lieu dans la ville cubaine de Morón.
Photo: Screenshots via "X"

Cuba est dans le noir, comme souvent ces jours-ci. Seules les flammes illuminent la nuit. Des émeutes frappent la ville de Moron, au centre de l'île. Les manifestants brûlent des meubles dans la rue et attaquent le siège de la Municipalité. C'est du moins ce qu'ont rapporté les médias officiels le week-end dernier.

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Les manifestations sont pourtant rares à Cuba. Mais, l'île, gouvernée de manière autoritaire par le Parti communiste depuis la révolution de 1959, traverse actuellement une crise profonde. Les black-outs sont devenus monnaie-courante. En début de semaine, tout le pays a été touché par une panne générale du réseau électrique.

Un blocus américain et «une crise humanitaire»

L’ambassadeur de Suisse à Cuba, Stefano Vescovi, le confirme. Dans la capitale, Lui et son équipe se portent bien, explique-t-il au téléphone. «Mais ce n’est pas facile.» Les transports en commun sont quasiment à l’arrêt, l’essence est rare et rationnée à 20 litres par mois et par voiture. 

Ceux qui n’ont pas accès à des panneaux solaires ou à des groupes électrogènes diesel doivent s’attendre à des coupures de courant pouvant atteindre 20 heures par jour. «Les nuits sont d’un noir absolu», déplore Stefano Vescovi.

Le réseau électrique de l'île caribéenne est principalement alimenté par des centrales électriques obsolètes fonctionnant au pétrole.. Or, depuis des mois, Cuba n'en reçoit plus en provenance du Venezuela, l'un de ses principaux fournisseurs et alliés, en raison d'un blocus imposé par Washington. 

A cela s'ajoute le fait que le président américain Donald Trump a imposé fin janvier, par décret, un embargo pétrolier. Le milliardaire républicain a menacé les pays de sanctions douanières s'ils continuaient à approvisionner Cuba en or noir. Le pays est privé de carburant depuis trois mois, a affirmé le président cubain, Miguel Díaz-Canel.

Situation dramatique

Cela se répercute sur le trafic routier. Les camions poubelles ne circulent pas et les déchets s’accumulent dans les rues. Les denrées alimentaires et les médicaments se font également rares. «Le système de santé est à bout», déclare Stefano Vescovi. 

Et ce n'est pas tout: sans électricité ni carburant, les systèmes de réfrigération, les cuisinières et les pompes à eau sont impactés. «L’approvisionnement en eau devient un problème de plus en plus grave», ajoute l’ambassadeur. La situation est dramatique. «C’est une crise humanitaire», résume-t-il.

Pour aider Cuba, la Suisse se montre active dans le domaine humanitaire, notamment avec un projet de purification de l'eau à Santiago de Cuba, ville du sud-est de l'île. Une région que connaît bien Mark Kuster, expert du pays et fondateur de l'organisation d'aide aux enfants Camaquito il y a 25 ans. Sa femme et son fils y vivent toujours. «Beaucoup de gens vont mal. Ils vivent dans une misère absolue, témoigne Mark Kuster. Ils souffrent de plus en plus, physiquement et psychologiquement.»

Son organisation est ainsi très sollicitée. «Travailler dans ces conditions est un défi énorme», explique Mark Kuster. Non seulement les ressources font défaut, mais la charge de travail des collaborateurs a également fortement augmenté. Son admiration pour les nombreuses personnes qui ne baissent, malgré tout, pas les bras n’en est que plus grande. «Des milliers de Cubains font de leur mieux pour leur pays dans ces circonstances difficiles», salue Mark Kuster.

Les menaces de Trump

Dans ces conditions, garder espoir est un défi quotidien. D'autant plus qu'une épée de Damoclès pèse sur La Havane. Donald Trump a récemment déclaré qu'il aurait bientôt «l'honneur de prendre le contrôle de Cuba» et qu'il pourrait faire de ce pays «ce qu'il voudrait». 

Mais ces menaces ne sont pas le seul problème qui guette l'île caribéenne. Le mal est plus profond. Selon l'ambassadeur suisse, les causes de cette crise sont multiples. Outre les sanctions américaines, la mauvaise gestion du gouvernement cubain est non négligeable. 

«C'est une sorte de cercle vicieux, explique Stefano Vescovi. Les gens veulent du changement.» Certes, le gouvernement a lancé des réformes après la pandémie de coronavirus et autorisé les petites entreprises ainsi que les entreprises familiales. Mais le désir d'une plus grande autonomie économique reste fort. 

«Je suis convaincu qu’une majorité de Cubains souhaite un autre Cuba», confirme Mark Kuster. Beaucoup auraient perdu espoir dans leurs dirigeants actuels et souhaiteraient être plus impliqués dans l'avenir de leur pays.

«Ce qu'il faut, c'est un changement interne»

Le fondateur de Camaquito estime qu'il faut davantage se concentrer sur les besoins de la population, au-delà de toute question géopolitique. «Ce qui importe, ce n’est pas ce que disent Donald Trump ou le gouvernement, mais ce que veut le peuple», explique-t-il. Et cela ne passe ni par une intervention militaire, ni par un dirigeant étranger. Ce qu'il faut, estime-t-il, c’est un changement interne. «Le gouvernement pourrait accorder davantage de participation et de prendre des mesures économiques plus pragmatiques.»

Malgré tout, selon l'ambassadeur suisse, les habitants de Cuba savent se débrouiller. «Les Cubains ont un talent exceptionnel pour l'improvisation et abordent même les situations difficiles avec une certaine dose d'humour», affirme le diplomate. Mais chaque fois que le pays est plongé dans le noir, la flamme de la haine s'attise.

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