Pas que pour Crans-Montana
Un conseiller d'Etat tessinois s'emporte et règle ses comptes avec l'Italie

Le président du gouvernement tessinois Claudio Zali s'en prend violemment à l'Italie et à son ambassadeur. Si Crans-Montana fait partie des éléments déclencheurs, l’agacement est en réalité bien plus profond.
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Le président du gouvernement tessinois Claudio Zali s'en prend à l'Italie dans une tribune.
Photo: keystone-sda.ch
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Patrick Gerber

Les relations entre la Suisse et l'Italie se sont tendues depuis l'incendie de Crans-Montana. Le président de la Confédération, Guy Parmelin, est venu calmer le jeu en rencontrant la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le président de la République, Sergio Mattarella. 

Mais l'histoire pourrait prendre une nouvelle ampleur après les propos de Claudio Zali. Dans une tribune publiée sur le portail «Mattino», le président du Conseil d'Etat tessinois a décidé de jeter de l'huile sur le feu, en réglant ses comptes avec l'Italie.

L'élu de la Lega reproche à nos voisins de mener une «campagne extrêmement négative contre la Suisse». Il s'attaque aussi aux médias italiens, les accusant d'exercer un «journalisme de mauvaise qualité», notamment sur leur couverture de Crans-Montana. Mais il s'en prend surtout à l'ambassadeur italien Gian Lorenzo Cornado, à qui il reproche d'avoir tenu des propos «totalement inacceptables» sur la Suisse. Un coup de gueule qui a résonné jusque dans les médias italiens. 

Pas vraiment Crans-Montana le problème

Mais pourquoi le conseiller d'Etat est-il autant en colère? En vérité, ce n'est pas tant Crans-Montana qui l'a fait monter au quart de tour, mais un conflit fiscal. En effet, l'Italie cherche de nouvelles recettes pour financer la hausse des salaires dans le secteur de la santé. Certains frontaliers pourraient ainsi payer une surtaxe de 2 à 3%. Un coût qui pourrait par ailleurs être répercuté sur les employeurs suisses. Au Tessin, on craint que cette charge supplémentaire fasse fuir une partie de la main-d’œuvre. 

Mais le Tessin dispose lui aussi d’un moyen de pression sur l'Italie. Un nouvel accord fiscal est certes entré en vigueur, mais les frontaliers plus âgés restent imposés à la source uniquement en Suisse. En contrepartie, la Suisse s'engage à verser chaque année à l’Italie une partie de cet impôt jusqu’en 2033. Cela représente environ 100 millions de francs par an. Mais avec ce conflit autour de l’impôt sur la santé, Claudio Zali menace désormais de suspendre immédiatement ces remboursements.

A noter que le Tessin est également en conflit avec la Berne fédérale. Il semble actuellement que la Suisse veuille se plier à la demande italienne concernant l'impôt sur la santé, écrit encore Zali. Il le voit comme un nouvel «acte de violence juridique». Et comme toujours, le Tessin devra en payer le prix, déplore le conseiller d'Etat.

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