L'Assemblée nationale du Sénégal examine mardi la «réintégration» au poste de député de l'ex-Premier ministre, Ousmane Sonko, qui serait alors bien placé pour être élu chef de l'institution mais l'opposition dénonce «un coup d'Etat institutionnel» en vue. Ousmane Sonko a été limogé vendredi par le président Bassirou Diomaye Faye, après des mois de tensions entre les deux chefs de l'exécutif du pays ouest-africain.
Elu député lors des législatives de novembre 2024, Ousmane Sonko avait renoncé à son mandat pour rester chef de gouvernement, après sa nomination en avril 2024 à cette fonction par le président Faye, élu quelques jours auparavant. Un membre du gouvernement peut redevenir député s'il quitte l'institution gouvernementale mais cette disposition est diversement interprétée.
Vote des députés
Dimanche, le président de l'Assemblée nationale El Malick Ndiaye, un fidèle d'Ousmane Sonko, a présenté sa démission, ouvrant la voie à l'élection au perchoir de l'ex-Premier ministre, leader incontestable du parti Pastef, fort de 130 députés sur 165. Les députés sont convoqués mardi à 9h (11h en Suisse) afin de voter la «réintégration du député Ousmane Sonko» et d'élire le prochain président de l'Assemblée nationale, selon un document officiel publié dimanche soir.
Un «coup d'Etat institutionnel» est en préparation avec ce «forcing que la majorité veut imposer», a dénoncé lundi la cheffe des députés de la principale coalition de l'opposition, Aïssata Tall Sall, lors d'une conférence de presse. Elle estime qu'Ousmane Sonko, pour redevenir député, aurait dû d'abord démissionner de ses fonctions de Premier ministre pour siéger ne serait que temporairement à l'Assemblée nationale avant de retourner au gouvernement.
Condamnation pour diffamation
Elle demande au président Faye de saisir le Conseil constitutionnel pour éviter «un diktat illégal de la majorité» et protéger les institutions. Empêché de se présenter à la présidentielle en raison d'une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait désigné son bras droit, Faye, pour le remplacer dans la course mais des divergences sont apparues entre eux.
Avec une rhétorique panafricaniste, Ousmane Sonko avait suscité un engouement passionné parmi la jeunesse désabusée du Sénégal, après des mois d'un bras de fer avec le pouvoir de Macky Sall, président de 2012 à 2024, qui avait violemment réprimé des manifestations contre lui et contre la possibilité qu'il brigue un troisième mandat.