La défense d'Ousman Sonko a plaidé mercredi l'acquittement de son client, ancien ministre gambien de l'Intérieur jugé en deuxième instance par le Tribunal pénal fédéral. La procureure fédérale a requis de son côté la perpétuité.
La salle d'audience est aussi un lieu de compassion, et c'est là un aspect essentiel de ce procès, a déclaré mercredi l'avocat de l'ancien ministre de l'Intérieur gambien Ousman Sonko dans le cadre de sa plaidoirie devant la chambre d'appel de la Cour pénale fédérale.
Les actes de torture qui auraient été commis par l’unité paramilitaire des Junglers dans le cadre de l’enquête sur une tentative de coup d’Etat en 2006 ne sauraient toutefois être imputés à son client. M. Sonko était à l’époque le plus haut responsable de la police gambienne. Il n’a toutefois eu aucune influence ni aucun pouvoir de commandement sur les tristement célèbres Junglers, selon son défenseur. Il ne saurait donc être considéré comme complice.
Accusé de mensonge
L'avocat de la défense a réfuté avec encore plus de véhémence l'accusation selon laquelle M. Sonko aurait commis d'innombrables viols sur la veuve d'un militaire tué en janvier 2000. Les faits se seraient déroulés entre 2000 et 2002, ainsi qu'en janvier 2005. A plusieurs reprises, l’avocat a affirmé que la plaignante mentait. Sa crédibilité serait «nulle». Et d'énuméré des dates et des détails sur lesquels la femme a fait des déclarations contradictoires.
Lors du procès en première instance, la femme avait raconté son histoire en larmes, visiblement marquée par ce qu’elle avait vécu. Elle vit aujourd’hui avec ses enfants aux Etats-Unis, où elle a obtenu l’asile.
L'avocat n'a pas seulement invoqué une médaille des Nations Unies décernée à M. Sonko pour ses services rendus lors d'une mission au sein de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) afin de mettre en avant ses qualités militaires. Selon lui, cette mission, qui s'est déroulée entre janvier 2001 et janvier 2002, démontre clairement que les viols qui lui sont reprochés n'ont pas pu avoir lieu pendant cette période.
Compétence suisse
D'une manière générale, l'avocat de la défense a insisté sur le fait que tous les faits reprochés antérieurs à 2011 ne relevaient pas de la compétence des tribunaux suisses, car les dispositions relatives aux crimes contre l'humanité ne sont entrées en vigueur en Suisse qu'à partir de cette date.
Il a également nié qu’une attaque systématique et généralisée contre la population civile ait eu lieu en Gambie pendant la période incriminée, de 2000 à 2016. L'avocat appuie ses dires sur le fait que la Suisse, à cette époque-là, n'avait pas interrompu les expulsions de requérants d'asile gambiens déboutés.
L'homme, aujourd'hui âgé de 57 ans, a été condamné en mai 2024 à une peine d'emprisonnement de 20 ans pour crimes contre l'humanité. La chambre pénale du Tribunal pénal fédéral, en tant que tribunal de première instance, a déclaré M. Sonko coupable de multiples homicides volontaires, de multiples séquestrations et de multiples actes de torture, qualifiés de crimes contre l'humanité. Elle a également ordonné une expulsion du territoire pour une durée de douze ans.
Dans son réquisitoire, le Ministère public de la Confédération a requis une peine d'emprisonnement à perpétuité. La procureure a notamment fait valoir que les innombrables viols subis par la veuve en question devaient également être qualifiés de crimes contre l'humanité. La violence sexuelle faisait partie du système d'oppression. Le faible nombre de victimes connues s'explique par le fait que de nombreuses femmes ont gardé le silence par crainte de ce qu'elles avaient vécu. (Affaire CA.2025.3)