Le maire emprisonné d'Istanbul et principale figure de l'opposition turque, Ekrem Imamoglu, a de nouveau été expulsé du tribunal mercredi à la reprise de son procès pour corruption. Il n'a pas pu se défendre pour avoir perturbé l'ordre et la discipline, ont constaté les médias turcs présents.
Son avocat, Tora Pekin, a dénoncé «une décision arbitraire» et «contraire au droit». Selon lui, Ekrem Imamoglu avait été expulsé une première fois le 2 juillet. Il avait été accusé de perturber l'audience parce qu'il contestait le calendrier fixé par les juges pour les plaidoiries de la défense, prévues pendant le sommet de l'Otan à Ankara qui s'est ouvert mercredi.
«Je ne suis pas venu pour être interrogé. Je suis venu exprimer mes demandes», a déclaré mercredi le maire en détention depuis près de 16 mois, avant que le président du tribunal ne réclame à nouveau son expulsion, a rapporté le journal proche de l'opposition Bir Gün.
«Ministère de l'effondrement»
Avant de quitter la salle, le maire a apostrophé ses juges: «Avec les dirigeants du monde entier présents en Turquie, à Ankara, comment et à qui expliquerez-vous qu'Ekrem Imamoglu soit réduit au silence?», a-t-il demandé, selon des propos rapporté par le journaliste indépendant Furkan Karabay, qui suit les audiences en continu.
«L'idée que 'la défense d'Ekrem Imamoglu doit absolument se terminer le 9 juillet' est inexplicable», a encore accusé l'édile, selon la même source. «Le ministère de la Justice est un ministère de l'Effondrement». Le président élu du CHP, Özgür Özel, qui assistait à l'audience, a dénoncé «une mise en scène factice qui n'essaie même pas de singer un tribunal».
«Le comble de l'injustice»
«Rien n'est acceptable dans cette affaire; même les pires tribunaux essaient au moins de faire semblant d'être des tribunaux mais ici, ils n'ont même pas cette préoccupation», a-t-il lancé aux chaînes de télévision présentes. Dans une déclaration publiée sur un compte X intitulé «Bureau du candidat à la présidence», Ekrem Imamoglu avait alerté avant l'audience sur «une violation très grave de (ses) droits et le comble de l'injustice».
«Le tribunal restreint et ignore les arguments présentés pour leur défense par les personnes les plus lourdement visées par l'acte d'accusation et ceux de leurs avocats», avait-il dit. «Ceci prouve que toute l'affaire de la municipalité métropolitaine d'Istanbul s'est effondrée et se transforme en une série de décisions extrajudiciaires.»
Le mieux placé pour vaincre Erdogan
Ekrem Imamoglu comparaît depuis le 9 mars avec 414 co-accusés, dont 59 également en détention provisoire, devant le tribunal installé dans l'enceinte de la vaste prison de Silivri, dans l'ouest d'Istanbul, où il est détenu depuis mars 2025. Le président du tribunal avait prévenu qu'il «pourrait être de nouveau écarté s'il perturbe le bon déroulement de l'audience».
Le maire d'Istanbulca été investi le jour de son incarcération comme candidat de son parti (CHP, social-démocrate), principale formation de l'opposition, à la présidentielle de 2028. Il apparaît à ce jour comme le mieux placé pour vaincre le chef de l'Etat Recep Tayyip Erdogan, si celui-ci se représente.
Visé par 142 chefs d'inculpation
Ekrem Imamoglu, largement réélu en mars 2024 à la tête de la plus grande ville de Turquie, est accusé d'avoir dirigé un vaste réseau criminel qualifié de «pieuvre», ce qu'il réfute. Visé par 142 chefs d'inculpation, il encourt 2430 années de prison.
A l'approche du sommet de l'Otan qui réunit 36 chefs d'Etat et de gouvernement à Ankara, la capitale, les autorités turques ont cherché à étouffer toute voix critique en multipliant les arrestations dans tous les milieux, sans susciter la moindre réprobation internationale.