Pas près de s'arrêter
A l'ombre de la guerre, Netanyahu opère une mutation radicale d'Israël

En marge de la guerre en Iran, le Premier ministre israélien et sa coalition opèrent une transformation radicale d’Israël. Et rien n’indique un arrêt prochain.
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Netanyahu a pris des mesures radicales.
Photo: Blick
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Samuel Schumacher

Aujourd'hui, le gallon d'essence coûte en moyenne quatre dollars aux Etats-Unis. Un niveau qui dépasse le seuil de tolérance des Américains en matière de carburant. Les critiques, parfois virulentes, à l’encontre du président américain se multiplient, tandis que sa popularité n'a jamais été aussi basse. 

Tandis que le républicain s'accroche pour survivre politiquement dans son propre pays, le gouvernement israélien, lui, navigue de succès en succès. A l'ombre de la guerre en Iran, Benjamin Netanyahu et sa coalition – soutenue par des partis d'extrême droite – ont approuvé en ce début de semaine une nouvelle loi polémique sur la peine de mort. Et ce n'est que la dernière d'une série de décisions par lesquelles Netanyahu et ses alliés ont mis en œuvre leur vision radicale en peu de temps.

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La peine de mort visant les Palestiniens

La Knesset, le Parlement israélien, a adopté lundi une loi hautement critiquée à l'international. Son objectif: une peine de mort quasi automatique pour les auteurs d'attentats palestiniens en Cisjordanie occupée. Il est probable que les condamnés seront pendus, les associations médicales israéliennes refusant de fournir les médicaments nécessaires à l'injection létale.

La peine de mort pour «homicide volontaire» n’est explicitement prévue que dans les tribunaux militaires, compétents pour juger les Palestiniens en Cisjordanie. Devant les juridictions civiles, où comparaissent les accusés israéliens, la peine capitale existe également, mais elle n’est applicable que si l’acte commis «met en péril l'existence d'Israël en tant qu'Etat».

L'exécution des condamnations à mort devrait avoir lieu au plus tard 90 jours après la déclaration de culpabilité. Les condamnés sont détenus dans des prisons spéciales, où ils ne sont pas autorisés à recevoir des visites. Ils ne peuvent communiquer avec leurs avocats que par vidéo. Blick a interrogé des Palestiniens en Cisjordanie: la crainte d'arrestations et d'exécutions arbitraires est énorme.

Pour préciser, la peine de mort n'a été utilisée que deux fois dans son histoire: contre Meir Tobianski en 1948 et contre le criminel nazi Adolf Eichmann en 1962. Des organisations de défense des droits humains s'inquiètent de cette loi, à l'instar d'Amnesty International qui estime que c'est «l'une des lois sur la peine de mort les plus extrêmes au monde». Et ce n'est pas les seules à être critiques: l'Europe, comme Berlin, Londres ou Paris, protestent contre cette décision. De son côté, l'ancien conseiller fédéral Alain Berset, aujourd'hui secrétaire général du Conseil de l'Europe, parle d'un «recul considérable de la civilisation».

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Nouvelle offensive au Liban

Depuis le début de la guerre du 28 février, Israël s'est discrètement emparé de grandes parties du Sud-Liban. Benjamin Netanyahu dit vouloir créer une «zone de sécurité» à proximité de la frontière israélienne dans cette région qui est contrôlée par le Hezbollah, l'un des plus grands ennemis du régime.

Tsahal a déplacé des dizaines de milliers de personnes et détruit de nombreuses infrastructures, lors de son avancée jusqu'à la rivière Litani, à une vingtaine de kilomètres au nord de la frontière. Beyrouth – qui a déjà été assiégée par Tsahal en 1982 – est elle aussi régulièrement la cible de tirs. Officiellement, Israël vise le Hezbollah, mais dans les faits, plusieurs bâtiments civils se sont effondrés à la suite d'attaques israéliennes.

Il semble peu probable que Netanyahu, visé par un mandat d'arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI) en raison de sa guerre à Gaza, se retire bientôt du Liban.

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L'accaparement des terres en Cisjordanie continue

Depuis 1967, l'armée israélienne occupe la Cisjordanie occupée, en violation du droit international. La construction illégale de colonies par les Israéliens n'a jamais progressé aussi vite qu'aujourd'hui. Au total, 750'000 colons israéliens s'y sont installés. Plus de 3400 nouveaux logements sont censés être construits dans la colonie de Ma'aleh Adumim, qui sépare de facto le territoire en deux parties.

Par ailleurs, Israël a instauré un nouveau système d'enregistrement des terres dans le territoire palestinien. Ce n'est plus l'armée mais le ministère de la Justice qui est responsable de tous les accords fonciers. Un fonctionnement favorable aux colons israéliens, qui peuvent plus facilement s'approprier des territoires occupés en les enregistrant à leur nom. De son côté, Israël le voit comme une mesure visant à limiter la discrimination des colons juifs. Les Palestiniens, eux, dénoncent ce qu’ils considèrent comme un blanc-seing donné à Israël pour s'approprier leurs terres.

Netanyahu peut se détendre. Il mène jusqu'à présent avec succès la guerre contre l'Iran avec l'aide des Etats-Unis. Et la Knesset vient d'approuver son budget. Le risque de nouvelles élections anticipées dans les trois mois est ainsi écarté. Cela lui laisse le temps de se préparer pour les élections qui devraient avoir lieu en automne. D'ici là, il peut agir à sa guise, tant que la Cour suprême ne le freine pas. Il ne faut donc pas s'attendre à une modération de sa part. 

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