Le président dos au mur
Les trois échappatoires possibles de Trump pour se sortir de l'impasse iranienne

Trump s’enlise dans la guerre contre l’Iran et cherche une sortie. Trois scénarios se dessinent pour tenter d’éviter l’impasse.
Donald Trump propose à l'Iran une «trêve» dans le conflit qui embrase le Moyen-Orient. Le président serait-il à court d'options?
Photo: AP
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Guido Felder

Quel retournement de situation! Dimanche encore, Donald Trump lançait un ultimatum de 48 heures à l’Iran et évoquait des frappes massives contre des infrastructures énergétiques. Lundi, le président américain a opéré un revirement total. Il affirme vouloir reporter ces attaques de cinq jours en raison de «discussions bonnes et productives» avec Téhéran. Il promet aussi une réouverture «très bientôt» du détroit d’Ormuz. Des échanges que les médias iraniens disent ne pas avoir eus.

Une chose apparaît toutefois clairement: Donald Trump semble moins à l’aise dans ce conflit. Le régime iranien oppose une résistance plus forte que prévu, dispose de capacités militaires inattendues et perturbe l’économie mondiale en bloquant le détroit d’Ormuz. Le président américain cherche une porte de sortie à l'impasse dans laquelle il s'est lui-même enfermé. Trois scénarios se dessinent.

Scénario 1: la désescalade

Le premier repose sur une désescalade négociée. Washington suspendrait ses frappes si l’Iran cesse ses tirs et rouvre le détroit d'Ormuz. En parallèle, les Etats-Unis pourraient alléger les sanctions et permettre à Téhéran de vendre du pétrole. Donald Trump pourrait présenter cet accord comme un «geste gracieux» pour préserver l’économie mondiale. Les marchés ont d’ailleurs réagi immédiatement à ses annonces, avec une hausse notable des valeurs boursières, ce qui devrait également faire rentrer des millions dans sa caisse personnelle. Une accalmie ferait aussi baisser les prix de l’essence et renforcerait son camp à l’approche des élections de mi-mandat.

Marcel Berni, expert en stratégie à l’Académie militaire de l’EPF, juge ce scénario crédible, tout en appelant à la prudence. «Trump s’est jusqu’à présent exprimé de manière très contradictoire sur la guerre en Iran. Dans ce cas également, il peut s’agir d’un bluff.»

Scénario 2: dernière démonstration de force

Le deuxième scénario repose sur une démonstration de force finale. Donald Trump pourrait lancer une dernière offensive d’ampleur avant de se retirer en proclamant une «victoire éclatante». Il affirmerait alors avoir neutralisé la menace nucléaire et repoussé le programme iranien de plusieurs années. Une manière de se poser en dirigeant fort, quitte à présenter comme acquis un changement de régime encore très hypothétique.

Scénario 3: le rejet de la responsabilité

Troisième option, le désengagement progressif. Après une phase d’intervention, les Etats-Unis se retireraient et laisseraient les acteurs régionaux, notamment les pays du Golfe et Israël, gérer la suite. Donald Trump pourrait soutenir que la région est désormais suffisamment armée pour se défendre seule. Dans ce scénario, les combats pourraient s'atténuer, aucun Etat du Golfe ne souhaitant une escalade. L'Europe pourrait aussi intervenir pour sécuriser le détroit d’Ormuz, même si plusieurs pays de l'OTAN ont refusé de participer activement à la guerre.

Selon Marcel Berni, cette option comporte le plus grand risque en termes d'image pour Washington. Elle pourrait toutefois accompagner un accord de désescalade, avec cessez-le-feu et assouplissement des sanctions.

Trump s'effondre dans les sondages

Sur le plan intérieur, la guerre ne profite pas à Donald Trump. Sa popularité a atteint dimanche son niveau le plus bas depuis le début de son second mandat. En moyenne, seuls 41,6% des électeurs approuvent encore sa gestion, contre 56% d’avis défavorables. La hausse des prix de l’essence, proche de 30% en peu de temps, pèse lourd dans un pays très dépendant de la voiture.

Pour Marcel Berni, une sortie de crise passera forcément par un recul d’un des camps. «Des trois parties belligérantes, l’une doit faire le premier pas en arrière.» Israël et l’Iran considérant ce conflit comme existentiel, la marge de compromis reste limitée. La responsabilité d’enrayer l’escalade pourrait donc revenir à Donald Trump.

Mais le temps presse. Le président américain a besoin de regagner du soutien, y compris dans son propre camp, à quelques mois des élections de mi-mandat du 3 novembre.

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