Le chef de l'Office fédéral de l'aviation civil se confie
Interdiction de survol en Suisse: «Les Etats-Unis ont accepté notre décision»

La Suisse a interdit le survol de son espace aérien aux Etats-Unis en raison de la guerre en Iran. Le chef de l'Office de l'aviation civile revient sur cette décision, sur le crash du JU-52 en 2018, et sur bien d'autres sujets encore. Interview.
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Christian Hegner quittera l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) fin mars.
Photo: Thomas Meier
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Raphael Rauch

Le directeur de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) n’est pas un grand fan des entretiens assis. A l’approche de sa retraite, Christian Hegner reçoit Blick debout, derrière son pupitre. «C’est plus sain et les échanges sont plus courts», glisse-t-il en souriant.

Sur la table, un cube énumère des règles de réunion, dont celle-ci: «Renoncer aux activités sans lien avec la séance.» Une philosophie qu’il revendique: «J’apprécie les réunions rapides et efficaces. Cela suppose que chacun reste concentré, sans se disperser sur son ordinateur ou son smartphone.»

Christian Hegner, la Suisse a refusé le survol de son territoire à deux avions de reconnaissance américains en raison de la guerre en Iran. Quelle a été la réaction de Washington?
Les Etats-Unis ont accepté notre décision.

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Les vols d’Etat impliquant un soutien militaire dans le conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran ne sont actuellement pas acceptés.
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Y a-t-il eu d'autres demandes depuis?
Oui. Les Etats-Unis voulaient survoler la Suisse mercredi dernier (ndlr: le 18 mars). Nous ne sommes pas entrés en matière en raison d'un délai trop restreint. Un autre survol a eu lieu vendredi. Nous l'avons autorisé parce qu'il n'avait aucun rapport avec la guerre en Iran.

Concrètement, comment les Etats-Unis annoncent-ils leurs intentions de survoler l'espace aérien suisse et comment y répondez-vous?
Les demandes de survol nous parviennent en ligne. Puis, nous les acceptons ou les refusons. Les cas à forte portée politique sont tranchés par le Conseil fédéral, dans le respect de la neutralité. Les vols d’Etat impliquant un soutien militaire dans le conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran ne sont actuellement pas acceptés. Les missions humanitaires ou médicales, notamment pour le transport de blessés, restent autorisées.

Le crash de l'avion Ju-52, survenu en 2018 dans les Grisons, constitue l'un des points noirs votre mandat. Le Ministère public de la Confédération enquête très lentement. Etes-vous également visé?
Pas à ma connaissance. D’autres collaborateurs de l’OFAC ont été entendus. La procédure est en cours, je ne peux pas en dire davantage.

Vous êtes conseillés par des avocats externes dans le cadre de la procédure sur l'accident du Ju-52, une prestation qui coute 150'000 francs au contribuable...
Il s’agit du montant maximal à notre disposition. Seule une partie a été utilisée à ce jour. En tant qu’employeur, nous avons un devoir de protection. Nous mettons donc un avocat à disposition de nos collaborateurs si nécessaire, dans le cadre de leurs fonctions, et non à des fins privées.

L'enquête sur l'accident reproche à l'OFAC d'avoir manqué à son devoir de surveillance. L'accident a coûté la vie à 20 personnes. Avez-vous eu de la peine à vous en remettre à l'époque?
Avec le recul, certaines choses ont pu nous échapper dans certains domaines. Le contrôle d’avions historiques reste complexe: ils ne fournissent pas les mêmes données que les appareils modernes. Des contrôles existaient, mais en notre présence, les pilotes respectaient les règles. Nous avons présenté nos excuses aux proches des victimes, et je continue encore de le faire aujourd’hui.

Aviez-vous proposé votre démission à la conseillère fédérale de l'époque, Simonetta Sommaruga?
Cette affaire m’a beaucoup touché personnellement. C’était un drame. Mais une démission n’aurait pas été utile. Il fallait assumer nos responsabilités et corriger les lacunes. C’est ce que nous avons fait.

Qu'est-ce qui fonctionne mieux aujourd'hui?
Les règles encadrant l’aviation historique ont été durcies. Nous avons interdit les vols commerciaux, limité le nombre de passagers et renforcé les exigences en matière de maintenance. D’autres pays se sont inspirés de ces mesures.

Fin 2024, un steward de Swiss est décédé à seulement 23 ans après un incendie en cabine. L'enquête est toujours en cours. Que pouvez-vous déjà nous dire à ce sujet?
Les masques de protection respiratoire sont au centre des préoccupations. Il y avait déjà eu des problèmes à ce niveau auparavant. Depuis, Swiss les a remplacés. Nous avons également cherché à savoir si les agents de bord étaient correctement formés.

L'un des problèmes tenait au fait que l'emballage des masques était difficile à ouvrir. Swiss ne s’y entraînait pas, parce que chaque exemplaire coûtait plusieurs milliers de francs, ce qui impliquait de jeter de nombreux kits...
La compagnie a depuis remplacé ces équipements par des modèles plus faciles à utiliser. Les formations ont aussi été adaptées: les équipages doivent désormais s’exercer dans des conditions aussi réalistes que possible, y compris en situation de stress.

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Les décollages par le sud réduiront les retards en cas de bise et rendront l'aéroport de Zurich plus sûr
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A l'avenir, vous souhaitez autoriser les décollages par le sud à l’aéroport de Zurich. Votre commune, Meilen, s'en verrait davantage survolée. L’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher, qui vit à Herrliberg, une autre commune concernée, s’est-il plaint de ce projet?
Non, Monsieur Blocher a probablement, comme moi, des fenêtres bien isolées (rires). Un décollage par le sud est effectivement moins un problème pour ces communes. Un décollage par le sud est comparativement moins bruyant qu'un atterrissage par le sud. Lors d'un atterrissage, les avions volent plus bas, il y a du bruit provenant du moteur, mais aussi du train d'atterrissage et des volets d'atterrissage. Ces atterrissages par le sud se font déjà aujourd'hui.

Malgré cela, de nombreuses communes zurichoises s'opposent à l'autorisation de décollages par le sud.
Je ne peux le comprendre qu'en partie. Le règlement d'exploitation de l'aéroport ne prévoit des décollages par le sud qu'en cas de bise et seulement de jour. Ce sera le cas de 18 à 20 jours par année. Nous répondons ainsi à une prescription de sécurité du Service suisse d'enquête de sécurité (SESE). Les croisements d'avions au sol et en vol seront supprimés. L'aéroport de Zurich deviendra ainsi plus sûr. D'une manière générale, les habitants de Meilen en profiteront également.

En quoi?
Les décollages par le sud permettront de réduire les retards en cas de bise. Moins de retards signifie moins de vols le soir. Il est préférable que les avions survolent ces communes pendant la journée, plutôt qu'après 20 heures.

Les opposants au projet veulent que le début de la période de repos nocturne soit fixé à 23 heures. Est-ce vraiment trop demander à Swiss de décoller au plus tard à 22h55?
Nous attendons de toutes les compagnies aériennes qu'elles soient ponctuelles et qu'elles décollent avant 23 heures. Il peut toutefois y avoir des situations dans lesquelles une compagnie aérienne doit attendre une correspondance. Ou alors lorsqu'un problème technique survient, et qu'il doit être résolu rapidement, les départs sont possibles jusqu'à 23h30 au plus tard. Le délai n'est prolongé qu'en cas d'événements imprévus. Si tel n'est pas le cas, une amende est infligée.

Faire commencer la période de repos nocturne à 23 heures obligerait Swiss à améliorer ses procédures et à décoller à l'heure...
Que se passerait-t-il alors en cas de fortes chutes de neige ou d'orage? Des retards sont toujours possibles. Il est important que les compagnies aériennes disposent d'un laps de temps pour pouvoir refaire ces retards.

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