Nouvelle semaine, nouvel espoir: dans quelques jours, l'Iran et les Etats-Unis devraient signer un accord de paix temporaire. Israël et les Etats arabes sont informés, écrit le président américain Donald Trump sur Truth Social. Dès lors, tout pourrait s'accélérer.
Des sources iraniennes comme le groupe de réflexion Masaf Institute, proche du gouvernement, sont plus prudentes et rappellent que l'on se trouvait également en pleines négociations de paix avec les Américains le 28 février, lorsque ces derniers ont attaqué Téhéran sans crier gare. Une chose est sûre: si le nouvel accord est effectivement conclu, il fera un très grand perdant.
Ce que contient l'accord
Selon les informations bien sourcées de Barack Ravid, journaliste israélien pour le média Axios, le texte prévoit d'abord de prolonger de 60 jours le cessez-le-feu entre tous les pays engagés dans le conflit, ce qui inclut donc Israël et le Liban.
En parallèle, le détroit d'Ormuz serait rouvert, permettant aux navires de traverser cette voie maritime stratégique sans aucun droit de douane. En contrepartie, les Etats-Unis autoriseraient l'Iran à vendre à nouveau son pétrole.
Ce qui n'y figure pas
Mais le diable se cache dans les détails, et surtout dans ce que la déclaration d'intention ne dit pas. Certes, elle contient un engagement des Iraniens à ne pas fabriquer de bombe atomique. Dans les faits, ce signal est toutefois creux, puisque Téhéran n'a jamais officiellement prétendu vouloir s'équiper de l'arme nucléaire.
L'arrêt concret du programme nucléaire iranien ou la remise des plus de 440 kilos d'uranium enrichi que l'Iran possède ne font pas partie du nouveau deal. Il stipule simplement que les deux belligérants veulent «poursuivre les négociations» à ce sujet.
Le piège des mines
Les bonnes intentions ne suffisent pas pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Pas plus tard qu'en avril, le New York Times avait rapporté que l'Iran ne savait même plus où il avait placé ses mines marines. En d'autres termes, les mollahs ne parviendront probablement pas à ramasser toutes les mines dans un délai raisonnable et à garantir ainsi un passage sûr. Ormuz reste un risque énorme qu'aucune compagnie d'assurance ou de navigation ne prendra en charge. Même si les obstacles politiques tombent: le détroit d'Ormuz resterait bloqué.
Le grand perdant
Dans ce contexte, le grand perdant de l'opération est tout désigné: Israël. Selon Axios, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait été fou de rage après avoir été informé du nouveau plan par Trump. Netanyahu veut que les attaques américaines contre Téhéran se poursuivent et que les capacités militaires de l'Iran – selon le New York Times, les mollahs ont encore 70% de leurs missiles – soient décimées.
Israël devrait par ailleurs mettre fin à sa guerre contre le Hezbollah au Liban. Selon la BBC, 3094 personnes ont été tuées par l'armée israélienne depuis le début de la guerre au Liban, et ce sans être parvenue à vaincre l'organisation chiite. L'accord serait un «cauchemar» pour Israël, écrit par exemple le sénateur américain et proche de Trump Lindsey Graham sur X. Le sénateur texan et ex-candidat à la présidentielle Ted Cruz qualifie l'accord mis en place d'«erreur désastreuse», car il n'élimine pas le danger émanant du régime.
Pendant ce temps, la pression monte sur un Netanyahu contesté de toutes parts: une majorité d'Israéliens semble en avoir assez de la ligne guerrière de «Bibi». Mercredi dernier, le Parlement a fait passer une loi qui rend probable la tenue de nouvelles élections dès cet été. Selon les sondages, Netanyahu les perdra.
Les gagnants
A l'inverse, le régime iranien réalise une excellente opération. Dans le cadre du nouvel accord, les mollahs peuvent à nouveau gagner des milliards avec la vente de pétrole (chaque jour, l'or noir rapporte jusqu'à 300 millions de dollars dans leurs poches) sans devoir mettre fin à leur programme nucléaire ou céder leur uranium.
Trump fait également partie des gagnants – du moins provisoirement. Il peut vendre l'accord comme un succès et espérer que les prix du pétrole chutent malgré les risques persistants à Ormuz en raison des mines marines perdues.
La suite
La suite s'annonce de longue haleine, car les négociations pour une fin définitive de la guerre vont se poursuivre. Pour rappel, l'équipe de Barack Obama a négocié pendant 20 mois complets avec le régime iranien avant la percée de 2015, jusqu'à ce que les deux parties signent l'accord «Joint Comprehensive Plan of Action» (JCPOA). Les perspectives d'une percée rapide et définitive au Proche-Orient restent minces.
Pour l'anecdote, ces tractations de dernière minute menées tout au long du samedi avec les dirigeants arabes et israéliens ont forcé Donald Trump à rater le deuxième mariage de son fils, Donald Trump Junior. Les mauvaises langues s'en amusent déjà, affirmant que le président aurait promis à son aîné: «C'est promis, je serai là au prochain!»