Des chiffres alarmants
L'explosion du commerce d'animaux sauvages au Kenya inquiète les experts

Le commerce d’animaux sauvages au Kenya alarme les experts: 77% des espèces concernées sont en déclin. Bien que légal, ce commerce menace les écosystèmes et pose des risques sanitaires.
En 2023, plus de 86'000 animaux vivants en provenance du Kenya ont été vendus.
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AFP Agence France-Presse

Le commerce d'espèces sauvages en provenance du Kenya a explosé durant la décennie passée. L'exportation de reptiles élevés en captivité pour servir d'animaux de compagnie a notamment été multipliée par dix, indique jeudi l'ONG internationale World Animal Protection (WAP).

Même si ce commerce est légal, 77% des espèces vendues ont vu leur population décliner dans la nature, selon un rapport publié à Nairobi, suscitant l'inquiétude des protecteurs de l'environnement. Alors qu'en 2013, 8851 reptiles vivants avaient été vendus, ils étaient 86'330 en 2023, indique WAP sur la base de données de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction), liée à l'ONU.

Un commerce lucratif

Plus de 870'000 animaux sauvages vivants au total ont fait l'objet de transactions durant cette même décennie, selon WAP qui décrit le Kenya comme «un fournisseur de plus en plus important» du marché mondial des animaux sauvages de compagnie. Au niveau mondial, le commerce de la faune sauvage est un secteur rapportant des milliards de dollars et portant sur des millions d'animaux chaque année.

Selon ce rapport, les reptiles du Kenya les plus vendus incluent les caméléons et les tortues. Les principaux marchés sont l'Allemagne, les Etats-Unis, le Japon, Hong Kong, l'Indonésie, Taïwan, la Thaïlande et l'Espagne.

Loi jugée faillible

En 2013, le Kenya a adopté une loi censée réguler l'élevage d'animaux sauvages en captivité et endiguer l'explosion du braconnage, dans un pays réputé pour ses parcs naturels protégés et sa faune sauvage, qui attirent de nombreux touristes. Mais selon Patrick Muinde, chercheur à WAP, il y a des failles dans la loi et de sérieux manques en matière de contrôles.

Cette explosion du commerce d'animaux sauvages «est profondément inquiétante», déclare-t-il à l'AFP à Nairobi, dénonçant «un système qui traite des êtres doués de sensibilité comme de vulgaires marchandises plutôt que comme des êtres vivants». En outre, ces animaux sont souvent élevés dans des fermes surpeuplées, où l'hygiène est absente, posant des risques en matière de santé publique, souligne-t-il.

Déséquilibre pour l'écosystème

Le rapport pointe en outre des incohérences entre les chiffres des exportations et ceux des importations: plus de 84'000 tortues léopards et plus de 30'000 caméléons de deux espèces différentes, notamment, manquent ainsi à l'appel. «Commerce légal ne veut pas automatiquement dire commerce équitable et durable», souligne Tennyson Williams, directeur régional de WAP.

«Si vous continuez à prélever de la faune sauvage de son milieu, il est probable que vous finissiez par tarir cette source et cela va créer un déséquilibre de l'écosystème», ajoute-t-il rappelant que son organisation est opposée à tout commerce de la vie sauvage, qu'il soit légal ou illégal. 

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