Des milliers de personnes touchées
Que proposent les entreprises suisses pour les employés coincés au Moyen-Orient?

Des milliers de Suisses sont encore bloqués au Moyen‑Orient à cause de la guerre. Certains devaient reprendre le travail cette semaine, ce qui soulève des questions sur leur absence et leur salaire.
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Des milliers de voyageurs sont toujours bloqués dans différents aéroports du Moyen-Orient.
Photo: AFP
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Nathalie Benn

Au sixième jour de l'offensive contre l'Iran, environ 4800 Suisses restent bloqués dans différents aéroports du Moyen-Orient. Ce jeudi, le premier vol spécial de Swiss en provenance de Mascate, capitale d'Oman, a atterri à Zurich en début d'après-midi. Au total, 211 voyageurs coincés ont pu être évacués. D'autres vols de ce genre sont prévus ce samedi.

Pour les autres, l'attente se prolonge. Mais que se passe-t-il lorsqu'on ne peut pas rentrer au travail à cause d'une telle situation? Qui paie les jours d’absence et existe-t-il un risque de licenciement? Blick fait le point.

Qu'est-ce que cela implique pour moi en tant qu'employé?

L'avocate Nicole Vögeli Galli résume la situation: «En principe, sans travail, pas de salaire», explique la spécialiste du droit du travail dans un entretien avec Blick. Un employé doit en principe reprendre son poste à temps après ses vacances. 

«Si je ne peux pas rentrer parce que des vols sont annulés, que les trains ne circulent plus ou que ma voiture tombe en panne, je n’ai généralement pas droit à mon salaire. Cela relève de mon risque privé», précise Nicole Vögeli Galli. Dans ce cas, l'employeur est en droite de déduire les jours d'absence du salaire ou inscrire des heures négatives.

Puis-je être licencié pour cette raison?

«Tout dépend du cas concret», répond l'avocate. L'importance de la présence de la personne pour l'entreprise joue un rôle déterminant. Dans certaines professions, une absence peut avoir de lourdes conséquences, par exemple dans la santé, les services d'urgence comme la police ou encore les transports publics.

«Un licenciement peut être admissible si la reprise du travail à temps est essentielle pour l'entreprise», explique Nicole Vögeli Galli. Dans la situation actuelle, elle estime toutefois que le risque reste faible. «La guerre au Moyen-Orient et ses conséquences sur le trafic aérien étaient difficilement prévisibles pour la plupart des voyageurs suisses. Dans un tel contexte, un licenciement paraît peu probable.»

Que se passe-t-il si je suis bloqué lors d'un voyage d'affaires?

La situation change lorsqu'une personne se trouve à l'étranger pour des raisons professionnelles. Dans ce cas, le risque incombe en principe à l'employeur. 

«Les jours concernés doivent être rémunérés», indique Nicole Vögeli Galli. Les frais supplémentaires, par exemple un changement de billet, des nuits d'hôtel supplémentaires ou un trajet de retour plus long, sont également pris en charge par l'entreprise puisque le déplacement n'a pas été effectué pour des raisons privées.

Quelles sont mes alternatives?

Lorsqu'un retour est retardé, plusieurs solutions peuvent être envisagées. «Il est possible de prendre des jours de vacances supplémentaires ou de compenser avec des heures supplémentaires afin d'éviter une réduction de salaire», explique Nicole Vögeli Galli. En revanche, pour les personnes rémunérées à l'heure, une perte de salaire reste souvent inévitable.

Si la personne bloquée dispose d'une connexion internet, elle peut aussi travailler à distance avec l'accord de l'employeur. Cette option reste toutefois encadrée. «Le travail depuis l'étranger implique par exemple de garantir la protection des données et le respect du secret professionnel», souligne l'avocate.

Les syndicats appellent au dialogue

L'association Employés Suisse appelle les entreprises à faire preuve de souplesse. «Compte tenu de l'escalade militaire actuelle, nous demandons aux employeurs de se montrer flexibles», indique l'organisation dans un communiqué. Selon elle, les employés concernés ne devraient pas assumer seuls les conséquences de leur absence.

Du côté de l'Union patronale suisse, on se dit également favorable au dialogue. «Dans une situation concrète, il est préférable de rechercher une solution pragmatique et consensuelle entre l'employé et l'employeur», explique son porte-parole Stefan Heini.

Que proposent les grandes entreprises suisses?

Mais comment les grandes entreprises gèrent-elles ces situations? Blick a interrogé Migros, Coop, La Poste et les CFF. Ensemble, ces groupes emploient environ 230'000 personnes en Suisse.

Chez Coop, plusieurs options sont prévues. «Les collaborateurs peuvent par exemple prendre des vacances supplémentaires, réduire leurs heures supplémentaires ou demander un congé non payé», explique un porte-parole. Dans certains cas exceptionnels, le télétravail depuis l'étranger peut aussi être envisagé. Les CFF n'offrent pas cette possibilité. Selon un porte-parole, les employés concernés peuvent en revanche utiliser leur crédit d'heures ou prendre des jours de vacances.

Migros ne dispose pas de directives spécifiques pour ce type de situation. Le groupe privilégie un dialogue direct entre collaborateurs et supérieurs. A La Poste, il n'y a en principe pas de déduction de salaire. Les personnes concernées annoncent leur absence à leur responsable et cherchent ensuite ensemble une solution pour compenser les jours manqués.

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