Accord sur le nucléaire
Les doubles standards de Trump mettent de l'huile sur le feu

L'accord nucléaire entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite inquiète les experts. Accusé de double standard, Washington semble relâcher ses exigences pour contenir l'influence chinoise dans la région.
Donald Trump apparaît sur scène au lycée Wheeler, le 22 juillet 2026, à Marietta, en Géorgie.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • Les Etats-Unis et l'Arabie saoudite ont conclu un accord pour un programme nucléaire civil, annoncé récemment, mais déjà critiqué pour ses potentielles implications sur la prolifération nucléaire. Des experts s'inquiètent d'un assouplissement des garanties habituellement imposées par Washington.
  • Une clause controversée, révélée par le Wall Street Journal, permettrait à des entreprises américaines de construire une installation d'enrichissement d'uranium en Arabie saoudite, ce qui suscite des craintes sur une potentielle utilisation militaire.
  • L'accord, perçu comme une tentative de contrer l'influence croissante de la Chine dans la région, marque un tournant dans les relations saoudo-américaines, avec des concessions jugées «remarquables» par certains experts.
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AFP Agence France-Presse

A peine annoncé, l'accord entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite pour doter le royaume d'un programme nucléaire civil, suscite déjà une avalanche de critiques et d'interrogations sur les risques de prolifération nucléaire.

Si son contenu n'est pas encore public, le texte qui permettrait, selon plusieurs médias américains, à Washington d'exporter sa technologie sans les garanties d'usage pour empêcher une utilisation militaire du nucléaire, inquiète nombre d'experts.

Les accords bilatéraux de coopération nucléaire signés par les Etats-Unis – autoproclamés «gendarmes du monde» en la matière – sont généralement soumis au «Gold standard», des garanties maximales contre la prolifération: le pays partenaire s'engage ainsi à renoncer à enrichir de l'uranium sur son propre sol.

Cela suppose aussi de ratifier le protocole additionnel de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour garantir une transparence totale et des inspections renforcées sur les sites.

«Concessions remarquables»

Les Emirats arabes unis ont été les premiers à conclure ce type d'accord soumis à des règles très strictes en 2009, suivis par de nombreux autres pays. Or dans le cas de Ryad, ce cadre semble assoupli – mais le diable est souvent dans les détails.

Le président américain Donald Trump a assuré jeudi sur son réseau social qu'"il n'y aura pas d'enrichissement de matière», et le secrétaire d'Etat Marco Rubio a insisté sur le fait que des garanties contre la prolifération nucléaire seraient inscrites dans l'accord. Mais d'après le Wall Street Journal, une clause pourrait permettre à des entreprises américaines de construire une installation d'enrichissement d'uranium en Arabie saoudite.

«Si Ryad avait simplement voulu obtenir le soutien des Etats-Unis pour un programme civil, il l'aurait fait il y a des années (...) l'objectif est d'obtenir le soutien des Etats-Unis pour un accord qui n'exclut pas totalement la possibilité de se doter» de l'arme nucléaire, estime sur X le spécialiste du Moyen-Orient Michael Horowitz.

«Ryad a obtenu des concessions remarquables», abonde le vice-président du think tank américain Quincy Institute for Responsible Statecraft, Trita Parsi, sur son compte Substack. «C'est déstabilisateur (...) car cela envoie un message de double standard américain» en fonction de ses partenaires, affirme à l'AFP la spécialiste du centre de recherche français IFRI Héloïse Fayet.

Aucune exception?

Outre les Emirats, l'inquiétude des experts concerne surtout l'Iran avec qui Washington est entré en guerre au côté d'Israël fin février, au motif d'empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique. La République islamique nie cette intention tout en défendant son droit au nucléaire civil.

Washington «peut difficilement mettre l'accent sur sa volonté de maintenir une politique de contre-prolifération nucléaire d'un côté et de l'autre, accepter un tel deal avec les Saoudiens», souligne David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès. «L'Arabie saoudite n'est pas censée faire exception» à ce principe, sinon «c'est toute l'architecture de sécurité bâtie depuis 1945 qui s'effondre», ajoute-t-il.

Contrer la Chine

Le rôle de «gendarme américain» en matière de non-prolifération est «en partie sacrifié sur l'autel de la rentabilité et d'une bonne relation saoudo-américaine», renchérit Héloïse Fayet. Pour la chercheuse, «cela apparaît comme une façon pour les Etats-Unis de se faire pardonner» des conséquences dévastatrices de la guerre contre l'Iran qui a mené force représailles contre ses voisins du Golfe, notamment l'Arabie saoudite.

De l'autre côté de l'Atlantique, on va encore plus loin: «Si nous donnons aux Saoudiens des capacités d'enrichissement, nous leur donnons un énorme levier pour obtenir des garanties de sécurité américaines plus tard, en menaçant d'acquérir des armes nucléaires», souligne sur X Rosemary Kelanic, du think tank Defense priorities basé à Washington.

Et de citer d'autres partenaires américains, comme la Corée du Sud et l'Allemagne de l'Ouest, qui ont obtenu par le passé «une protection militaire américaine accrue» pour abandonner leurs programmes. Plus largement, l'annonce de cet accord s'inscrit dans une volonté de contrer l'influence du rival chinois dans la région, selon certains experts.

«La crédibilité du parapluie sécuritaire américain s'est affaiblie» depuis la guerre contre l'Iran, et les monarchies du Golfe accélèrent la diversification de leur partenariats, rappelle Trita Parsi, du Quincy Institute. «Washington a dû offrir beaucoup plus pour tenter d'empêcher l'Arabie saoudite de se rapprocher davantage de la Chine, tout en obtenant beaucoup moins en retour».

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