Comment expliquer aux Américains la mort d’au moins trois soldats supplémentaires au Moyen-Orient? C'est ce dilemme auquel Donald Trump doit actuellement faire face, dans une guerre qui perdure et fragilise toujours plus sa position.
Pour le Pentagone, le problème est de taille. L'attaque de vendredi contre la base américaine de Muwaffaq Salti, en Jordanie, n'est pas le résultat d’un tir perdu au milieu d’un bombardement massif. Il s'agit d’une frappe capable de déjouer délibérément les défenses aériennes de l'US Army, pourtant réputées très performantes. Selon plusieurs experts, ce succès iranien s’expliquerait certes par une avancée technologique, mais surtout grâce à l’appui de la Chine et de la Russie.
Missiles très rapides
L’arme utilisée serait un missile de type MaRV, pour «Maneuverable Reentry Vehicle». Contrairement aux missiles balistiques classiques, dont la trajectoire est plus prévisible, ces engins peuvent modifier leur course peu avant d’atteindre leur cible, notamment grâce à des propulseurs de guidage. De quoi compliquer fortement leur interception.
Des responsables américains, cités par le «Wall Street Journal», évoquent des missiles «capables d’atteindre des vitesses extrêmement élevées et de manœuvrer lors de leur descente vers la Terre». Selon l’Institute for the Study of War (ISW), l’Iran aurait récemment accéléré le développement de ce type d’armement.
Longtemps confronté à des problèmes de précision, Téhéran devait jusqu’ici miser sur des tirs massifs ou des munitions à fragmentation. Il disposerait désormais d’un missile à la fois précis et difficile à anticiper. Il pourrait s’agir du modèle Qassem Basir.
Satellite de reconnaissance chinois
Mais même le missile le plus sophistiqué reste inoffensif sans informations fiables sur sa cible. Sur ce point aussi, l’Iran aurait progressé. Selon le «Financial Times», Téhéran utiliserait un satellite de reconnaissance chinois et des informations fournies par les services russes pour localiser des positions américaines.
L’expert en géopolitique Klemens H. Fischer, qui travaille actuellement sur l’influence chinoise et russe dans le conflit au Moyen-Orient, explique à Blick: «Depuis 2023, Moscou fournit au régime de Téhéran des informations très précises issues de données satellitaires américaines. Ces renseignements permettent aussi à l’Iran de se préparer à d’éventuelles attaques américaines et d’en limiter les effets.»
Selon lui, Moscou ne transmettrait toutefois jamais une vision complète de la situation, mais seulement des éléments choisis. Pour deux raisons: «D’une part, la Russie s’assure ainsi la loyauté de l’Iran, qui continue de lui fournir des drones et des technologies militaires. D’autre part, cette méthode complique le traçage de la circulation de l’information.»
La Chine, elle, agirait de manière plus discrète. Officiellement, Pékin affirme ne pas s’impliquer dans les conflits étrangers. Mais son intérêt serait ailleurs: voir les Etats-Unis mobilisés militairement et politiquement au Moyen-Orient. «Une armée américaine paralysée offre à la Chine une marge de manœuvre stratégique dans d’autres régions», estime Klemens H. Fischer.
Possible offensive terrestre
L’intensification des frappes iraniennes, mais aussi américaines et israéliennes, laisse craindre une nouvelle escalade du conflit. Dimanche, le régime du Guide suprême Mujtaba Khamenei a définitivement suspendu le mémorandum d’entente signé au Bürgenstock, qui visait à ouvrir la voie à une désescalade. Les Gardiens de la révolution iraniens entendent désormais viser de plus en plus non seulement des objectifs militaires, mais aussi des infrastructures économiques et technologiques liées aux Etats-Unis.
Hamidreza Azizi, spécialiste de l’Iran et chercheur invité à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) à Berlin, écrit sur X que les tactiques américaines pourraient annoncer une possible offensive terrestre. L’armée américaine cible actuellement des routes, des ponts, des unités militaires et des positions stratégiques. Washington prévoirait aussi de déployer davantage d’avions ravitailleurs en Israël afin d’augmenter le rayon d’action et l’autonomie de ses avions de combat.
Reste à savoir comment Donald Trump compte expliquer à ses électeurs cette escalade et la perte de contrôle apparente au Moyen-Orient. Une chose est sûre: le retour de soldats américains dans des cercueils risque de peser lourd dans l’opinion publique. Pour Donald Trump, les élections de mi-mandat du 3 novembre pourraient ainsi prendre des airs de jugement sur une politique extérieure qui, loin de protéger l’Amérique, l’aurait au contraire rendue plus vulnérable.