La fin d'une puissante amitié?
Le duo Trump-Netanyahu pourrait bien exploser sur le dossier iranien

Une dispute téléphonique mardi entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu sur la guerre en Iran révèle des tensions inédites. Trump veut négocier un accord, Netanyahu insiste sur la chute de Téhéran. L’alliance vacille.
Ils ont forgé ensemble des plans pour le Moyen-Orient, mais tout pourrait basculer.
Photo: Getty Images
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Guido Felder

L'amitié entre les deux plus grands dirigeants du monde est-elle terminée? Une violente dispute a éclaté mardi entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu. Selon plusieurs médias américains, le Premier ministre israélien était «complètement hors de lui». En cause: leurs divergences profondes sur la fin de la guerre en Iran.

Trump veut mettre un terme aux hostilités le plus vite possible. Les opérations militaires coûtent extrêmement cher en argent comme en munitions, tandis que le blocage du détroit d’Ormuz fait grimper les prix mondiaux de l’énergie. Netanyahu, lui, veut poursuivre la guerre jusqu’à la chute définitive du régime de Téhéran. Ironie de la situation: ce sont désormais les mollahs iraniens qui pourraient décider de l’avenir de cette alliance israélo-américaine.

Pendant des années, Trump et Netanyahu ont affiché une proximité totale. Lors de son premier mandat, le président américain avait transféré l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem et reconnu les hauteurs du Golan comme territoire israélien. Depuis son retour à la Maison Blanche en 2025, les deux dirigeants avaient encore renforcé leur coopération, notamment autour de la bande de Gaza et de l’offensive lancée le 28 février contre l’Iran. Après la seconde investiture de Trump, Netanyahu n’avait d’ailleurs pas tari d’éloges: «Vous êtes le meilleur ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison Blanche.»

Une discussion a volé en éclats

Mais cette relation privilégiée semble aujourd’hui vaciller. Selon «Axios» et le «Wall Street Journal», l’entretien téléphonique de mardi a tourné à l’affrontement autour d’un possible accord avec l’Iran. Netanyahu aurait averti Trump qu’il était impossible de faire confiance aux mollahs de Téhéran et qu’ils ne respecteraient jamais un accord sur le nucléaire ou sur la fin des attaques régionales.

Trump, lui, n’a pas changé de ligne. Il souhaite malgré tout conclure un accord avec l’Iran. Une position qui aurait provoqué la colère noire de Netanyahu. Selon plusieurs médias américains, «ses cheveux se sont dressés sur sa tête».

Où est «America First»?

Avec sa ligne dure, le gouvernement israélien risque désormais d’être de plus en plus isolé aux Etats-Unis. L’institut de sondage Gallup indiquait déjà en février qu’un basculement inédit de l’opinion publique américaine était en cours. Pour la première fois depuis 2001, davantage d’Américains disent sympathiser avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens.

Aujourd’hui, 41% des Américains soutiennent davantage la Palestine, contre 36% pour Israël. L’année précédente, Israël bénéficiait encore d’une avance nette avec 46% de soutien, contre 33% pour les Palestiniens.

Même au sein du mouvement MAGA («Make America Great Again»), les critiques se multiplient. L’aile évangélique reste fidèle à Israël, mais le courant nationaliste-isolationniste gagne du terrain. Cette base électorale avait soutenu Trump parce qu’il promettait d’éviter les «guerres sans fin» à l’étranger. Pour ces militants, «America First» signifie refuser de dépenser de l’argent et des vies américaines dans des conflits lointains.

Certaines figures médiatiques influentes du mouvement prennent aussi leurs distances. Tucker Carlson, Megyn Kelly, Alex Jones et Candace Owens ont vivement critiqué l’attaque contre l’Iran. Trump leur a répondu avec son mépris habituel: «Ce ne sont pas des partisans de MAGA, ce sont des perdants.»

Les mollahs ont une carte à jouer

L’alliance entre Washington et Israël traverse ainsi une véritable épreuve de vérité. Si les mollahs refusent les exigences américaines sur le nucléaire et sur la réouverture du détroit d’Ormuz, les Etats-Unis et Israël continueront probablement leurs opérations militaires côte à côte.

Mais tout pourrait changer si l’Iran accepte l’accord voulu par Trump. Le président américain annoncerait alors rapidement la fin de la guerre, au risque de voir Netanyahu poursuivre seul les frappes. Un scénario qui marquerait le point le plus bas des relations israélo-américaines depuis des décennies.

Des imbrications à plusieurs niveaux

Malgré ces tensions, une rupture totale paraît encore improbable. Les liens entre les deux pays restent extrêmement étroits dans les domaines du renseignement, de la sécurité et de l’économie. Israël demeure le principal partenaire des Etats-Unis au Moyen-Orient.

Le danger le plus sérieux pourrait finalement venir de l’intérieur des Etats-Unis. Plus la lassitude face aux conflits grandit dans l’opinion publique américaine et plus l’aile isolationniste des républicains gagne du poids, plus le soutien jusque-là quasi inconditionnel à Israël risque de devenir fragile.

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