En bref
- Dans le détroit d'Ormuz, des messages provocants, ciblant les Gardiens de la Révolution, apparaissent sur les cartes maritimes numériques. Ces manipulations utilisent le système AIS, permettant de falsifier des données essentielles à la navigation.
- L'origine de ces provocations reste floue, mais les responsables pourraient être des hacktivistes politiques, exploitant ces failles pour ridiculiser le régime iranien.
- En trois semaines, seule une septantaine de navires guidés par l'armée américaine ont traversé un détroit où transitaient auparavant plus de 100 navires par jour. Ce passage stratégique représente 20% du commerce pétrolier mondial.
Dans le détroit d'Ormuz, pris dans l'étau de la crise iranienne, des inscriptions inhabituelles apparaissent soudainement sur les cartes maritimes numériques: «LGBTQ CREW» ou «IRGC GAY» – qui signifie littéralement «Gardiens de la Révolution homosexuels».
Ce qui pourrait être vu comme une simple moquerie sur Internet est en réalité une provocation ostensiblement ciblée contre les Gardiens de la Révolution iraniens ultraconservateurs. Il y a là bien plus qu'une simple ironie.
Image trompeuse de la situation
Cela est rendu possible par le système maritime AIS (Automatic Identification System), grâce auquel les navires transmettent leur position, leur vitesse et leur destination. Ces données sont accessibles au public et, dans certains cas, étonnamment faciles à manipuler.
Les attaquants peuvent modifier les noms, inscrire de faux ports de destination, usurper des identités ou même créer des «navires fantômes» entièrement inventés. Il en résulte une image déformée de la situation, sur laquelle les compagnies maritimes, les analystes et les militaires s'appuient pourtant quotidiennement.
Qui est derrière tout cela?
Officiellement, l'origine de ces actes reste floue. Les experts ont toutefois identifié trois groupes d'acteurs probables.
L'explication la plus probable est celle d'hacktivistes politiques cherchant délibérément à provoquer l'Iran. Des termes comme «LGBTQ» ont été délibérément choisis. Ils tournent en dérision l'idéologie d'un régime qui punit l'homosexualité par la peine de mort.
Des acteurs étatiques ou proches d'Etat sont également envisageables. Dans une région tendue, une confusion même limitée peut avoir une utilité stratégique, par exemple lorsque des décisions sont prises sur la base de données incertaines.
Enfin, les réseaux de sanctions en profitent également. La flotte clandestine, qui transporte secrètement du pétrole iranien, exploite depuis des années les failles du système AIS. Ce manque de transparence accru facilite les opérations.
Au cours des trois dernières semaines, l'armée américaine a guidé, dans le plus grand secret, environ 70 navires marchands à travers le détroit d'Ormuz, qui était de facto bloqué, selon le «New York Times». La plupart des navires ont désactivé leurs transpondeurs afin d'éviter d'être clairement identifiés par l'Iran. Néanmoins, avec une moyenne de seulement trois navires par jour, le trafic maritime reste bien inférieur au niveau d'avant-guerre, qui dépassait les 100 navires par jour.
Dangers potentiels
Environ un cinquième du commerce mondial de pétrole transite habituellement par le détroit d'Ormuz. Le système est donc extrêmement sensible aux perturbations.
Lorsque la fiabilité des signaux devient incertaine, les risques augmentent: mauvaises décisions, incidents en mer, hausse des coûts d'assurance et manœuvres d'évitement de la part des compagnies maritimes.
Les initiés parlent déjà d'un «champ de mines numérique» sur cette route maritime. Le détroit est rendu navigable uniquement au prix de risques élevés.
Le conflit se déplace
L'incident montre comment le conflit a changé de nature. Outre la présence militaire, le contrôle de l'information gagne en importance. L'effet décisif ne résulte pas de la destruction, mais du doute.
Et c'est là que réside la véritable faiblesse: même une puissance lourdement armée perd le contrôle lorsqu'elle ne peut plus distinguer avec certitude ce qui est encore réel sur ses propres cartes de situation.