Taper l'Iran sans retenue
Dans les abris de Tel Aviv, ces Israéliens veulent en finir

Ils sont nombreux, dans les abris de Tel Aviv, à fustiger d'ordinaire Benjamin Netanyahu. Mais face à l'Iran, tous sont solidaires. Eliminer la République islamique est, pour ces Israéliens, une priorité absolue. Quoi qu'il en coûte.
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Dans la nuit de dimanche à lundi, l'aviation israélienne a pilonné plusieurs quartiers du sud de Beyrouth au Liban.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

L'homme qui nous parle au téléphone était encore, voici quelques jours, un opposant farouche à Benjamin Netanyahu. Il le reste. il ne supporte pas «Bibi» et ses alliés gouvernementaux d'extrême droite. Charles est un octogénaire belge, venu s'installer en Israël au seuil des années soixante. Lui et un ami proche, André, ont passé ces deux dernières journées presque complètes dans l'abri de leur quartier, à Jaffa, au sud de Tel Aviv.

Charles et André n'en peuvent plus de l'actuel gouvernement israélien, qu'ils accusent d'exactions dans les territoires palestiniens de Cisjordanie, où des bandes de jeunes colons sèment la terreur depuis des mois. Mais je voulais leur reparler, deux semaines après les avoir vus en Israël, de cette guerre contre l'Iran qui les pousse à trouver refuge sous un bouclier de béton, à leur âge avancé, avec leurs épouses. «Nous sommes prêts à endurer ce qu'il faut. Les ayatollahs iraniens voulaient nous supprimer de la surface de la Terre. Maintenant, c'est eux qui vont disparaître, et c'est tant mieux.»

Avertissements et alertes

Leurs téléphones portables affichent, sans interruption, les messages d'avertissement et d'alerte du gouvernement ou de la municipalité. Les sirènes retentissent. Tel Aviv est une ville assiégée. 

Ces Israéliens savent que le «dôme de fer », le bouclier supposé détruire en vol les drones et les missiles iraniens, ne sera jamais totalement infaillible. Ils se partagent les images de la frappe qui, à Jérusalem, a détruit dimanche un pâté de maisons entier et pulvérisé plusieurs voitures. Ils savent qu'une dizaine d'Israéliens ont déjà trouvé la mort sous les attaques. Mais pas question de céder: «Le régime iranien mérite bien pire que ce qui lui arrive. C'est cela, ou le danger d'un Iran nucléaire, alors…»

J'ai entendu ces paroles, prononcées presque exactement de la même façon, dans la bouche de la vice-ministre des Affaires étrangères Sharren Haskel. Elle me regardait bien en face dans son bureau, à la Knesset, le Parlement israélien. Le terme «menace existentielle» est revenu au moins dix fois dans notre conversation sur l'Iran. 

Pas étonnant, dans ce contexte, que Benjamin Netanyahu ait déclenché des frappes aériennes sans précédent contre l'Iran, samedi vers 8 heures du matin, heure locale, dès que la confirmation d'une réunion de haut niveau du leadership iranien, qui allait se tenir en présence de l'ayatollah Khamenei, le guide suprême de la République islamique, est arrivée. 

Celui-ci a été pulvérisé sous les bombes, tout comme une quarantaine de hauts cadres du régime. «Il faut en finir avec eux. Point. Et nous n'avons pas de meilleur ami que Donald Trump pour cela. Il est, de très loin, le président des Etats-Unis qui nous soutient le plus», m'avait asséné Sharren Haskel, considérée comme une candidate potentielle, dans le futur, pour diriger le gouvernement. La concrétisation de cette volonté n'a pas tardé.

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Tous opposants à Netanyahu

En finir: dans leur abri, au bout de leur WhatsApp, Charles et André ne disent pas autre chose. Comme Rachel. Comme Mike. Comme Sylvain, tous opposants à la politique de Netanyahu au quotidien. La société israélienne est soudée dans la guerre, c'est ainsi. 

Le risque d'un embrasement du Moyen-Orient est écarté, malgré l'évidence d'un possible engrenage dévastateur. Les frappes, à Beyrouth, contre les positions du Hezbollah libanais, proche de l'Iran, sont jugées normales. Plus grave, tous reconnaissent qu'une part de doute existe sur l'état actuel du programme militaire iranien. Mais tant pis.

«La guerre des douze jours (menée en juin 2025 avec les Etats-Unis) l'a sans doute fait reculer de deux ou trois ans», m'expliquait, dans son bureau d'un quartier d'affaires de Jérusalem, Amichai Chikli. Ce dernier vient de la gauche. 

Il dirige désormais une compagnie du complexe militaro-technologique israélien. Il pense, lui aussi, que le régime islamique iranien doit être éliminé coûte que coûte. «Il y a des moments dans l'histoire où c'est eux ou nous. Impossible de faire dans la nuance. Il faut les éliminer pour éviter d'être éliminés. Trump l'a compris.»

Aller jusqu'au bout

Aucun mot pour en terminer avec cette guerre et ces frappes qui ont déjà, en Iran, causé des centaines de morts civils, selon les témoins sur place. Aucun appel à une négociation sur le nucléaire iranien. Tout cela est fini. 

L'assaut terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, soutenu alors par l'Iran, a transformé chaque Israélien, même ceux qui s'en défendent, en avocat de la revanche implacable. Terminé. Seule la poursuite des frappes peut permettre d'achever ce «job». Dans leur abri, nos amis reconnaissent que le défi est colossal. 

La République islamique peut causer d'énormes dommages avant de disparaître. La tradition de martyre de l'islam chiite peut engendrer, de la part des gardiens de la révolution, tout ce que l'on redoute aujourd'hui: des attaques suicides contre des navires pétroliers ou militaires, la fermeture du détroit d'Ormuz (déjà impossible à franchir), une vague terroriste contre les bases militaires américaines ou même contre des pays européens.

Et alors? «Notre défense est à ce prix», poursuit une ex-soldate israélienne, tout juste revenue de Gaza, où elle a servi six mois et vécu «des choses atroces». « Nous n'arrêterons pas tant que ce régime n'aura pas disparu sous les décombres de nos bombes.»

Trump est la limite

Vraiment? Certaines voix, en Israël, reconnaissent qu'une limite existe. Elle est connue. Cette limite est Donald Trump. Le président des Etats-Unis détient les clés de l'opération «Epic Fury» («Fureur épique»), qu'il a déclenchée aux côtés d'Israël.

Or, que veut Trump? C'est, au fond, la seule chose qui inquiète en Israël, même parmi ceux qui le remercient pour son engagement et son alliance. «Trump regarde son électorat, sa base politique. Il a aussi beaucoup d'amis dans les pays arabes, qui le couvrent de contrats et de cadeaux. Il ne sacrifiera pas ses intérêts à notre protection», reconnaît Yossi Kupperwasser, président du Centre d'études stratégiques de Jérusalem.

Jusqu'où ira Trump, alors? «Tout dépend des circonstances militaires, poursuit-il. Au fond, le scénario le plus favorable à Israël serait celui où un navire américain est touché, car Trump devrait alors taper plus fort encore. Notre intérêt, objectivement, est que les opérations se poursuivent jusqu'à la reddition complète du régime. Il faut fouiller l'Iran de fond en comble pour le nettoyer de toutes ses ressources en uranium enrichi.» 

Et si cette menace, comme on l'a vu dans le cas de l'Irak en 2003, ne s'avérait pas justifiée? Et si les Iraniens n'avaient pas les moyens de détruire Israël? «On ne peut pas raisonner ainsi, complète Yossi Kupperwasser. Une menace, ce n'est pas un pari. C'est un fait. L'Iran des ayatollahs voulait nous détruire. Leur guide, Ali Khamenei, voulait en finir avec Israël. Eh bien, voilà le résultat.»

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