Le régime iranien a-t-il les moyens de résister à la campagne de frappes aériennes américaines et israéliennes qui a démarré ce 28 février? A priori non sur le plan militaire. C'est une évidence. Même si des missiles ont été tirés contre plusieurs bases américaines et contre Israël, et même si des explosions ont retenti à Dubaï, Manama (Bahreïn) ou à Doha (Qatar), la capacité de destruction de l'Etat hébreu et des Etats-Unis est sans comparaison avec celle de la République islamique, en place depuis 1979. Sa capacité de résistance est en revanche beaucoup plus difficile à mesurer.
L'annonce de la mort, lors de l'attaque, du guide suprême Ali Khamenei (ce que l'Iran dément à l'heure d'écrire ces lignes) peut aussi tout changer. La question, dès lors, est celle des scénarios possibles au jour 1 de cette nouvelle guerre au Moyen-Orient. En voici cinq.
La capitulation des ayatollahs
C'est ce que veulent Donald Trump et Benjamin Netanyahu. Pour les deux dirigeants, l'heure est à la suppression définitive des trois menaces «existentielles» que l'Iran continuait de faire peser sur Israël: la menace nucléaire (puisque le pays persistait à enrichir de l'uranium à des fins militaires selon Washington), la menace des missiles balistiques (capables d'atteindre Tel-Aviv ou Jérusalem) et la menace exercée par les alliés régionaux de Téhéran: Houthis au Yémen, milices irakiennes chiites, Hezbollah au sud Liban.
Une capitulation pourrait prendre deux formes, surtout si la mort de l'ayatollah Khamenei et du président Pezechkian devaient être confirmées: soit l'annonce publique par le régime de sa reddition, soit la prise de pouvoir, à Téhéran, d'une force politique alternative. Mais comment? Et laquelle?
L'embrasement régional
Israël a déclaré l'état d'urgence. Tous les aéroports de la région sont à l'arrêt. Les espaces aériens sont fermés aux avions civils. La place financière régionale de Dubaï, où un hôtel de luxe a été frappé, redoute le pire.
Pour l'heure, en revanche, malgré les missiles iraniens, l'embrasement tant redouté n'a pas lieu. C'est d'ailleurs la thèse défendue par l'administration Trump. Selon celle-ci, l'Iran n'a plus les moyens de semer le chaos dans le golfe Persique. La République islamique n'aurait pas non plus, selon l'armée américaine, les moyens de bloquer les détroits pétroliers d'Ormuz et Bab el-Mandeb. Le fait que les autorités israéliennes ont annoncé des frappes de quatre jours laisse à penser qu'elles sont convaincues de leur capacité à juguler l'incendie.
Le coup d'Etat à Téhéran
C'est ce que Donald Trump nomme la «solution vénézuélienne». Dans ce pays d'Amérique du Sud, la vice-présidente Delcy Rodriguez a clairement passé un accord avec l'administration Trump. Résultat: l'enlèvement spectaculaire du président Nicolas Maduro le 3 janvier, et une série de mesures prises depuis lors par le gouvernement en place pour apaiser la situation, libérer des détenus et ouvrir (surtout) les portes de l'immense marché pétrolier vénézuélien aux firmes américaines.
Dans le cas de l'Iran, cette solution supposerait qu'une faction du régime et des «Gardiens de la révolution» (sa colonne vertébrale) entre en négociation avec Washington et démette de ses fonctions le Guide suprême Ali Khamenei, s'il est encore vivant après les frappes contre sa résidence. Une autre option est celle de la prise des leviers du pouvoir par des commandos iraniens encadrés par des forces spéciales américaines et israéliennes. Mais tous les putschs ne réussissent pas. L'histoire iranienne porte en plus la trace d'un coup d'Etat américain: celui de 1953 organisé par la CIA contre le premier ministre nationaliste Mossadegh.
Le soulèvement populaire
Trump le souhaite. Il avait promis son soutien aux millions d'Iraniens qui étaient descendus dans les rues des grandes villes iraniennes pour protester contre la détérioration des conditions de vie. La répression a été féroce. On parle de 30'000 à 40'000 morts. Tous les ingrédients sont donc réunis pour un soulèvement populaire que le président des Etats-Unis a demandé sur son réseau social.
Gare toutefois à l'impact de ces deux facteurs: Il est très rare qu'un peuple se soulève lorsqu'il est bombardé, surtout en plein ramadan dans le cas de l'Iran musulman chiite. Et toute une partie des 90 millions d'Iraniens (on parle d'au moins 1/5e de la population) a vécu des prébendes du régime islamique. Alors, soulèvement ou guerre civile? Le chef de l'opposition en exil, Reza Pahlavi, fils de l'ex-shah déposé en 1979, reconnaît que celle-ci est possible.
Résistance et négociations
Et si le régime de Téhéran résistait? Il est possible que Genève, dans ce cas, redevienne le centre d'attention du monde entier. C'est au bord du Léman que l'Iran et les Etats-Unis ont, avec la médiation du sultanat d'Oman, tenu leurs dernières négociations jeudi 26 février. Mais que resterait-il à négocier? Surtout si des combats ont lieu en Iran, et que les détroits pétroliers sont fermés, comme l'ont annoncé les «Gardiens de la Révolution» iraniens.
Pour Trump, le régime islamique n'a qu'une option: discuter des conditions de de sa capitulation, avec peut-être des garanties de sécurité offertes à ses dirigeants. Ce dernier point est toutefois peu probable. La stratégie poursuivie par Israël et les Etats-Unis est aujourd'hui celle de l'élimination physique des piliers de la République islamique. Pour l'Iran à l'inverse, résister aurait une allure de victoire. Tout se compliquerait alors pour les Etats-Unis.