Donald Trump n’a pas fait un pari en décidant, cette nuit, d’ordonner des frappes aériennes sur l’Iran aux côtés de l’aviation israélienne. Le président des Etats Unis a, de facto, façonné le bilan de sa seconde présidence. Impossible en effet, désormais, de délier celle-ci de cette confrontation militaire à très fort impact régional et géopolitique.
S’il réussit à imposer «la paix par la force», comme il dit vouloir le faire, le locataire de la Maison Blanche aura incontestablement marqué de son empreinte le Moyen-Orient en constante éruption. S’il échoue, et si les pertes américaines devaient être conséquentes, son rendez-vous avec son opinion publique pourrait, lors des élections de mi-mandat, se transformer en précipice politique.
Nous n’en sommes évidemment pas encore là. Mais deux choses, déjà, sont acquises au fur et à mesure que les appareils américains et israéliens pilonnent des cibles en Iran, et que des missiles iraniens s’abattent sur l’Etat hébreu et sur les bases américaines de la région. La première est que Donald Trump n’est pas le «Taco» (Trump always Chicken Out – Trump se défile à chaque fois) dont se moquait voici peu le «Financial Times».
Négociation secrète
La seconde est que tout reste possible, y compris une négociation secrète avec une partie du régime islamique iranien résolue à survivre. Trump doit, pour réussir son opération, obtenir vite un résultat politique concluant et une confirmation de l’annihilation des deux programmes iraniens visés par les frappes: le programme nucléaire et le programme de missiles balistiques de la République islamique.
Si ce dernier scénario advenait, à savoir qu’une faction du régime iranien négocierait son maintien au pouvoir contre l’abandon définitif de l’arme atomique et des missiles, Donald Trump aura de surcroît en main de solides arguments pour forcer la main de tous les partenaires des Etats-Unis dans la région.
Paix avec Israël?
Une fois débarrassés des ayatollahs de Téhéran, les pays sunnites pro-américains n’auront plus d’excuses pour retarder une négociation avec Israël, débarrassé pour sa part de la «menace existentielle» que faisait jusque-là peser l’Iran sur l’Etat hébreu. La «Pax americana» discutable car entièrement liée à la puissance militaire de Washington, deviendrait possible.
Ce qui se joue dans les heures qui viennent doit être regardé sans œillères. Les ayatollahs iraniens ont, depuis 1979, sans cesse exporté la violence de l’islam le plus radical au-delà de leurs frontières. Leurs alliés au Liban, en Syrie, au Yémen, en Irak, ont trop souvent servi les intérêts de Téhéran avant ceux de leur propre pays. Faut-il, dès lors, applaudir la méthode Trump? Non. Croire que la force résout tout est une aberration.
Il faut, en revanche, se tenir prêt à consolider toute paix ou toute alternative capable de surgir des décombres. La Suisse, présente en Iran où elle représentait les intérêts américains depuis 1980, aura un rôle à jouer. Le sort de Trump se joue désormais à Téhéran. Et le nôtre aussi.