Il ne lâchera rien. Dans son discours sur l’état de l’Union de près de deux heures, ce mardi 24 février, Donald Trump a martelé ses sujets de prédilection. Dans une ambiance de show télévisé, sans cesse entrecoupé par des invités surprises, le président américain a fixé le cap pour 2026 autour de ces cinq obsessions, capables, selon lui, de faire gagner les Républicains lors des législatives cruciales de mi-mandat, le 3 novembre 2026.
Traquer les migrants
Rien de surprenant, sauf que l’on aurait pu s’attendre à un minimum de contrition de la part du président des Etats-Unis, après la mort de deux Américains à Minneapolis, tués par les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Erreur. Pas question, pour Donald Trump, de lâcher prise sur la question des migrants illégaux, qu’il a de nouveau présentés comme des meurtriers, malades mentaux ou criminels entrés aux Etats-Unis à cause de la politique erronée des «frontières ouvertes» des administrations démocrates. Trump a plusieurs fois redit sa fierté d’avoir fermé les frontières terrestres du pays. Il s’en est violemment pris à l’Etat du Minnesota, où une affaire de fraude sociale de grande ampleur a été découverte au sein de la communauté somalienne. Il a accablé les Afghans, après le meurtre, par l’un d’entre eux, d’une soldate à Washington, en omettant de dire que le tueur avait travaillé dans son pays pour la CIA. Trump a redit que les Etats-Unis demeurent ouverts aux immigrants légaux. La chasse aux illégaux reste, plus que jamais, à l’agenda de 2026.
Maintenir les tarifs douaniers
Là aussi, aucun regret. Au contraire. Devant les neuf juges de la Cour suprême assis dans les premiers rangs pour l’écouter, sous la coupole du Congrès à Washington, Donald Trump a vanté son bilan économique et accablé les magistrats qui ont invalidé, vendredi 20 février, les tarifs douaniers imposés aux partenaires commerciaux des Etats-Unis à partir du 2 avril (le fameux «Liberation Day»). Le président a affirmé que ces tarifs resteraient d’ailleurs en vigueur, pour l’essentiel parce que les pays partenaires accepteront de les payer, malgré la décision de la Cour suprême. Trump a redit son attachement au protectionnisme, en énumérant les 18000 milliards de dollars de promesses d’investissements étrangers sur le sol américain, qu’il affirme avoir reçus depuis sa prise de fonction. Il a redit aussi sa volonté de détaxer les voitures fabriquées dans le pays. Il a nié que ces taxes engendrent de l’inflation. 2026 sera l’année des tarifs. Cour suprême ou pas.
Ouvrir le robinet du pétrole
Trump n’a pas pu s’en empêcher: il a répété son slogan «Drill, baby, drill» («Fore, bébé, fore…») durant son discours sur l’état de l’Union. Le président s’est félicité de l’afflux de dizaines de millions de barils d’or noir vénézuélien vers les raffineries américaines. Il s’est longuement attardé sur la baisse des prix du carburant à la pompe, lesquels ont effectivement baissé, ce qui a contribué à stabiliser l’inflation. Pour Trump, le pétrole est la matière économique par excellence. Il fait aussi le lien entre son «tout pétrole» et le niveau record de Wall Street, la Bourse de New York. Le robinet du pétrole devra couler à flot en 2026. Question, dès lors: Trump peut-il se permettre une guerre dans le golfe Persique, contre l’Iran, qui déstabiliserait le marché de l’or noir?
Flatter l’armée (force de paix)
Les vétérans et les militaires en service ont défilé durant ce discours pour être décorés. Parmi eux figurait le pilote d’hélicoptère qui a mené l’assaut contre le palais présidentiel de Caracas afin d’y kidnapper l’ex-dictateur Nicolás Maduro. L'homme, plusieurs fois blessé, a été à juste titre présenté comme un héros par le président, qui a aussi salué un vétéran de la guerre du Pacifique et un autre de la guerre de Corée. L’essentiel était toutefois ailleurs: dans l’éloge de l’armée, qui disposera bientôt d’un budget de mille milliards de dollars par an, et dans sa conviction que «la paix par la force» est la seule capable de s’imposer. Trump a répété qu’il avait mis fin à huit guerres. Il a, en revanche, laissé ouverte la porte à d’ultimes négociations avec l’Iran. Les délégations iranienne et américaine se retrouvent une nouvelle fois à Genève ce jeudi.
Déstabiliser les démocrates
Donald Trump a multiplié les attaques contre les démocrates, en vue, bien sûr, de la campagne pour les élections de mi-mandat du 3 novembre. Il les a accusés, entre autres, d’être du côté des migrants illégaux, d’être corrompus et d’avoir partie liée avec les fabricants de médicaments, dont son administration s’efforce de faire baisser les prix grâce à un fonds baptisé (bien sûr) le «Trump RX Fund». Il les as aussi accusés de truquer les élections en refusant d'imposer la présentation de documents d'identité au moment de voter. Ses attaques ont suscité une violente riposte verbale d’élues démocrates, comme Ilhan Omar, représentante du Minnesota. Fait intéressant: Trump a salué le nouveau maire «communiste» de New York, le qualifiant de «type sympa». Une manière d’indiquer qu’il voit d’un bon œil la bataille électorale entre modérés et radicaux chez ses adversaires?