Commentaire de Richard Werly
L'Etat de l'Union pour Trump? Un show de téléréalité

Pour son second discours sur l'Etat de l'Union, Trump a produit un show: une série d'affirmations, souvent exagérées, illustrées par les histoires d'Américains invités au Congrès. Une mise en scène terriblement efficace, selon notre journaliste Richard Werly.
Pour son second discours sur l’Etat de l’Union, Donald Trump a livré un show exagéré mais redoutable, selon Richard Werly.
Photo: Keystone - Canva
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump n'a qu'une seule recette en politique: la téléréalité. C'est grâce à sa célébrité télévisuelle, acquise après ses décennies comme promoteur immobilier à New York, que l'actuel président des Etats-Unis a pu se lancer dans la course à la présidentielle. Et c'est avec les codes de sa fameuse émission «The Apprentice» qu'il vient de transformer le second discours sur l'état de la Nation depuis son investiture, en janvier 2025, en show interactif destiné à forger sa stature de refondateur de l'Amérique.

Refondateur: tel est le statut que Donald Trump entend occuper dans les livres d'histoire, en misant sur l'éclat annoncé des célébrations du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, le 4 juillet prochain. Refondateur de l'économie, grâce à son protectionnisme, à ses réductions d'impôts et à sa foi aveugle dans le pétrole.

Un narratif déformé

Refondateur de la société américaine, grâce à sa lutte contre l'immigration clandestine ou le fentanyl, contre les fraudes (une mission confiée à son vice-président, J.D. Vance), ou contre les prix trop élevés des médicaments, mais aussi grâce au déploiement de la Garde nationale dans les grandes villes submergées par la criminalité.

Refondateur, enfin, de la paix mondiale, grâce à sa vista personnelle — il a «terminé» huit guerres, ne l'oublions pas — et surtout à la puissance des forces armées américaines, mises sur un piédestal, capables aussi bien de kidnapper l'ex-dictateur vénézuélien Maduro que «d'oblitérer» les capacités nucléaires de l'Iran, un pays aujourd'hui encerclé par un tiers de la flotte américaine, prête à déclencher des frappes sans précédent.

Ce narratif est bien sûr exagéré, déformé, amplifié par ce président qui n'a pas hésité, encore une fois, à s'autocongratuler pendant les deux heures de son discours, à citer les chiffres les plus baroques à son avantage et à conspuer à plusieurs reprises ses adversaires démocrates, représentants ou sénateurs, sous la coupole de leur Congrès.

Méthode implacable

La méthode, en revanche, est assez implacable. Le fait de convier des vétérans, des Américains ordinaires, une fillette gravement blessée dans un accident et des témoins acquis à sa cause a transformé son discours en spectacle. 

Son objectif prioritaire, à savoir relier sa politique à la vie quotidienne et convaincre les Américains qu'il transforme le pays, a dès lors été atteint. Deux heures de «bonne» télévision, vendables en courtes séquences sur les réseaux sociaux. Deux heures ponctuées par des applaudissements et par les trois lettres martelées par l'assistance: «USA, USA, USA». 

Deux heures qui, malgré tous les efforts des vérificateurs d'infos, déjà à l'œuvre pour débusquer les mensonges et les exagérations de Trump, entretiennent la légende du «America Is Back» (l'Amérique est de retour). Rien, dans ce discours, n'avait valeur de programme, à part cette promesse sans cesse répétée de transformer l'Amérique. Aucun regret ni aucune excuse n'ont évidemment trouvé place, malgré la mort de deux Américains face aux agents de l'ICE. 

Sur la Cour suprême, qui vient de lui infliger un cinglant désaveu, Trump a critiqué les juges, mais il a éludé la suite, jurant que les partenaires des Etats-Unis appliqueront eux-mêmes ses tarifs. Sur l'Iran, toutes les options restent ouvertes. Sur l'Ukraine, sa seule mention est financière: maintenant que les Européens paient toutes les armes américaines, ce conflit rapporte gros.

Engranger les promesses

Pas de mention du Canada (sauf pour se féliciter de la victoire olympique des Etats-Unis au hockey sur glace) ni du Groenland. Affaibli par un taux de popularité tombé à 30%, Donald Trump est plus que jamais en campagne avant les législatives de mi-mandat en novembre. 

Il veut pouvoir annoncer des milliers de milliards de dollars de promesses d'investissement, avec en arrière-plan le spectacle d'opérations militaires réussies. Dans le monde du shérif Trump, seuls comptent l'argent, la force et, bien sûr, le show.

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