Il y aura un «prix à payer» pour parvenir, par la voie militaire, au changement de régime en Iran. Dans la nuit, alors que les avions américains et israéliens pilonnaient des cibles encore non identifiées à Téhéran et dans le pays, Donald Trump a prévenu ses compatriotes. Lui qui défendait cette semaine, dans son discours au Congrès sur l’état de l’Union, la «paix par la force», est prêt à en tirer les conséquences. Mais quel est ce prix?
Le prix du chaos
Les responsables concernés de l’administration américaine sont tous intervenus, ces derniers jours, pour écarter le scénario du chaos régional provoqué par des frappes aériennes sur l’Iran. Le vice-président J. D. Vance, en visite au sultanat d’Oman (arbitre des négociations entre Téhéran et Washington à Genève), l’a redit vendredi 27 février: aucun risque que les Etats-Unis se retrouvent pris dans un engrenage régional.
Sauf que la réalité n’est pas si simple: en Iran comme dans le golfe Persique. D’abord parce qu’une bonne partie de la population iranienne vit des prébendes du régime islamique au pouvoir depuis 1979, et que les «Gardiens de la révolution» pourraient opposer une résistance acharnée pour ne pas perdre leur emprise. Deuxième risque d’engrenage: si les alliés de l’Iran dans la région, comme les milices irakiennes chiites, s’en prennent aux bases militaires américaines. Troisième risque: des destructions importantes en israël, visé par des missiles iraniens. Le risque du chaos ne peut donc pas être écarté.
Le prix pétrolier
Le pétrole est l’une des obsessions de Trump. Dans son discours au Congrès le 24 février, le président des Etats-Unis a plusieurs fois mentionné la baisse des prix du carburant dans son pays comme la preuve de sa réussite économique. Il s’est aussi félicité de l’afflux de pétrole vénézuélien, de nouveau raffiné sur le sol américain, notamment au Texas, où Trump était en visite cette semaine.
Mais qui dit pétrole dit commerce mondial et golfe Persique. C’est par cette région, aujourd’hui sous une pluie de missiles, que transite une grande partie des hydrocarbures importés par la Chine, le Japon, la Corée du Sud et les pays européens. L’Iran a plusieurs fois menacé de s’en prendre à des navires dans le détroit d’Ormuz pour perturber le trafic pétrolier. Le prix de l’or noir aura des conséquences sur la politique de Trump.
Le prix politique
Une victoire rapide des États-Unis et d’Israël sur le régime islamique iranien serait exactement ce dont Trump a besoin, à huit mois des élections cruciales de mi-mandat le 3 novembre 2026. Il démontrerait ainsi que sa théorie de «la paix par la force» fonctionne, et que la première puissance mondiale n’a pas besoin d’envoyer des troupes au sol – comme cela fut fait en Afghanistan ou en Irak – pour imposer un changement de régime. Deux variables peuvent toutefois coûter très cher à Trump.
La première est celle des pertes humaines américaines, s’il devait y en avoir. Une base américaine, à Bahrein, vient d'ailleurs d'être touché par un missile iranien. La seconde est celle de la situation politique en Iran. Si les frappes aériennes aboutissent à une guerre civile dans ce grand pays de 90 millions d’habitants, la force n’aura pas amené la paix... A moins qu'un autre scénario s'impose: celui de l'émergence d'une faction du régime prête à négocier avec les Etats-Unis. Comme au Vénézuéla...
Le prix israélien
Cette opération militaire combinée avec Israël met Donald Trump en porte-à-faux avec les pays arabes de la région qui le courtisent et multiplient les cadeaux à son égard. Bien sûr, ces pays sunnites (Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Egypte…) se réjouiront en théorie d’une décapitation du régime chiite iranien.
L’Etat hébreu aura fait disparaître la fameuse «menace existentielle iranienne». La voie sera ouverte à une potentielle extension des «accords d’Abraham», qui visent à établir la paix entre Israël et le monde arabe. Mais attention: plus Israël apparaît au premier plan, plus ces frappes aériennes peuvent catalyser la colère arabe. Gare aux conséquences.
Le prix démocratique
Donald Trump n’a jamais promis la démocratie en Iran. Il a, en revanche, promis aux manifestants de leur apporter de l’aide pour renverser le régime. La question, maintenant, est de savoir qui remplacera les ayatollahs, s’ils devaient capituler et si le Guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei, devait disparaître ou se rendre. Il est très peu probable que Trump pense en termes d’alternative démocratique.
Personne ne peut dire, par ailleurs, ce que pèse réellement, dans le pays, l’héritier du Shah, Reza Pahlavi, exilé aux Etats-Unis. Les 14 et 15 février, plus de 200'000 Iraniens de la diaspora l’ont acclamé à Munich, en Allemagne, en marge de la Conférence annuelle sur la sécurité. Un signe?