Confrontée aux réglementations locales
Hôtel, location de voiture, courses livrées: Airbnb se rêve en agence de voyage complète

Airbnb, confrontée aux restrictions sur les locations de courte durée, élargit son offre en intégrant hôtels indépendants, location de voitures et livraison de courses. L’entreprise souhaite devenir selon ses termes une «agence de voyage de poche».
Airbnb veut devenir un intermédiaire global, concurrençant Booking.com et Expedia sur le marché hôtelier mondial.
Photo: Shutterstock
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AFP Agence France-Presse

Airbnb, bousculée par les réglementations locales sur les locations de logements, intègre à sa plateforme des hôtels indépendants mais aussi la location de voiture et la livraison de courses, poursuivant ainsi ses tentatives de devenir une «agence de voyage dans la poche». Lors d'un one-man-show au siège de l'entreprise à San Francisco, le fondateur Brian Chesky a dévoilé mercredi les nouvelles étapes de sa diversification, un an après le lancement des services à domicile et la relance des «expériences», des activités proposées par des habitants dont les performances sont encore confidentielles.

Au coeur des annonces, l'arrivée dans l'application de «milliers d'hôtels de charme ou indépendants» dans vingt destinations, dont Paris, Londres, Rome et Singapour. Une nouveauté attendue mais loin d'être naturelle pour la plateforme, née en 2008 comme alternative à l'hôtellerie.

Chasser sur le terrain de Booking et d'Expedia

Airbnb se rêve désormais en intermédiaire complet, empiétant sur le terrain de Booking.com et Expedia, qui recensent, eux, des millions d'hôtels à travers le monde. «On sait qu'un logement n'est pas adapté à tout type de voyage», a lancé le patron de 44 ans, virevoltant sur scène, moulé dans un t-shirt noir: le voyage de «dernière minute», celui «rien que pour une nuit», etc.

Ou lorsqu'«il n'y a aucune disponibilité, comme à New York... bouh!», a-t-il plaisanté. Une allusion à l'interdiction depuis 2023 de la quasi-totalité des locations courte durée entre particuliers dans la Grosse Pomme, qui n'a pas provoqué la baisse des loyers espérés, aime-t-il rappeler.

La solution, dans ces cas de figure? «L'hôtel! voilà, le mot est lâché», sous les applaudissements des employés massés dans les coursives de l'atrium. «Ce n'est pas un marché de niche», a-t-il justifié. Selon lui, les indépendants et les établissements de caractère représentent 60% de l'offre hôtelière mondiale. «Ils veulent un allié (...) pour pouvoir concurrencer les chaînes», a-t-il assuré.

Amendes et régulations

Cette évolution, 18 ans après les débuts amateurs à San Francisco, est aussi en partie motivée par des restrictions de plus en plus fortes sur la location de meublés touristiques dans certaines villes, a reconnu le patron d'Airbnb devant des journalistes. En décembre, l'Espagne lui a infligé une amende de 65 millions d'euros et Barcelone ne renouvellera pas des milliers d'autorisation de locations qui expirent en 2028.

A Paris, où le sujet a animé les récentes élections municipales, la lutte contre les annonces illégales a été renforcée. Les meublés touristiques représentent 8% de son offre dans la capitale française, se défend la plateforme. «Si une ville est en crise du logement, Airbnb devrait être restreint dans une certaine mesure», a admis Brian Chesky face à la presse.

Sur scène, il n'avait évoqué que le sujet par plaisanterie, via des statistiques sur ses plus de 5 millions d'hôtes: 26% de retraités, 7% d'actifs dans la santé, presqu'autant dans le commerce et dans l'éducation. «Les fonctionnaires, qui sont parfois contre Airbnb, les voilà: 4%», s'est-il amusé, en pointant l''infographie sur l'écran géant, déclenchant les rires des salariés.

Epicerie, voiture, consigne

Autre tentative de diversification, la nouvelle mouture de l'application intègre la livraison de courses dans près d'une trentaine d'agglomérations aux Etats-Unis, avec Instacart. A l'international, elle ajoute aussi les transferts depuis l'aéroport ou la gare ainsi que des consignes à bagages, dans plus de 160 villes. 

La plateforme proposera également la location de voitures, sans encore préciser les partenaires. Ces services font écho à des évolutions similaires d'Uber, élargissant l'offre tout en restant un simple intermédiaire, sans avoir donc à embaucher des prestataires et assurer leur protection sociale. «Je ne sais pas en quoi c'est différent d'Uber, honnêtement», a reconnu Brian Chesky interrogé par l'AFP. L'application s'enrichit enfin de fonctionnalités d'intelligence artificielle pour synthétiser les commentaires, comparer les annonces sur mesure et fournir un assistant en onze langues.

Airbnb a dégagé 2,68 milliards de dollars de chiffre d'affaires au premier trimestre 2026, en hausse de 18% sur un an. Sur les nouveaux services à domicile annoncés avec emphase l'an dernier, sa directrice financière Ellie Mertz avait averti en août qu'aucun «revenu significatif à court terme» n'était attendu.

«C'est notre troisième tentative de diversification» et «cette fois, ça marche», a assuré Brian Chesky aux médias, sans dévoiler de chiffres. Sur scène, il avait préféré souligner des réussites individuelles: «Voici Alex: c'est un photographe pro à Paris. A votre avis, il a gagné combien l'an dernier? 145'000 dollars».

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