Plus contagieux les premiers jours?
Les 3 questions qu'on se pose sur la contagiosité réelle de l'hantavirus

Quarantaine, personnes à risque, symptômes... Face aux craintes d'une nouvelle pandémie mondiale, les informations entourant l'hantavirus, découvert chez les passagers du navire Hondius, fusent. Faisons le point sur la contagiosité de la maladie.
Les premiers symptômes de l'hantavirus Andes apparaissent généralement après 2 à 3 semaines et peuvent être confondus avec ceux d'une grippe.
Photo: Keystone
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Les 150 passagers du navire Hondius, sur lequel a été découvert un foyer mortel d'hantavirus, ont désormais retrouvé leurs pays d'origine. Alors que trois personnes ont perdu la vie à bord et que huit ont été testées positives, le processus de rapatriement s'est avéré incroyablement délicat. En effet, cette variante spécifique du virus, soit la souche des Andes, est la seule pouvant se transmettre d'humain à humain, avec un taux de létalité estimé à plus de 30%, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans la majorité des cas, le hantavirus provient d'un contact avec des rongeurs, qui portent la maladie sans en souffrir. 

Sous les regards inquiets du monde entier, les pays concernés déploient actuellement des mesures variables pour éviter une transmission. Aux Etats-Unis, par exemple, les cas suspects sont placés en isolement dans une structure spécialisée, tandis que d'autres personnes sont surveillées de très près. Un passager suisse, testé positif, est également hospitalisé en isolement à Zurich, tandis qu'un membre de l'équipage, suisse également, a été transporté aux Pays-Bas, où il devra observer une quarantaine de six semaines. 

A noter que certains passagers ont quitté le navire avant que l'épidémie n'ait été identifiée, pour retourner chez eux à bord de vols commerciaux. Ainsi que le souligne «The New York Post», cinq Américains ayant voyagé à proximité de ces individus sont désormais considérés comme des «cas contacts» et surveillés de près. Bien qu'aucune d'entre elles n'ait développé de symptômes pour le moment, l'apparition des premiers signes peut intervenir plusieurs semaines après l'exposition au virus. 

«Une maladie contagieuse très grave»

Le processus est incroyablement délicat, ainsi que le soulignait Antoine Flahault, professeur de santé publique à l’Université Paris Cité et professeur honoraire à l’Université de Genève auprès de «24 Heures»: «Si les rapatriements sont effectués sans isolement strict pendant six semaines, des personnes potentiellement contagieuses risquent d’être disséminées aux quatre coins du monde. On prend alors le risque d’une propagation secondaire d’une maladie contagieuse très grave.»

Pendant ce temps, l'OMS s'évertue à rassurer la population mondiale, affolée à l'idée d'une nouvelle pandémie, martelant que la transmission est «rare» et restreinte à des «contacts très rapprochés». Au micro de la RTS, Sylvie Briand, scientifique en chef de l'OMS, affirmait en outre que l'hantavirus n'est «pas du tout pareil que le Covid». Même si les précautions mises en place restent indispensables, l'experte évoque un risque «quasi inexistant». Reste qu'il est presque impossible de ne pas s'inquiéter, face au nombre colossal d'informations et de données partagées au quotidien par les organisations sanitaires et les médias. Alors, faisons rapidement le point sur la contagiosité du virus. 

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La contagiosité est-elle importante?

Le lundi 11 mai, l'OMS soulignait que l'hantavirus atteint son pic de contagiosité tout au début de la maladie. Selon Olivier le Polain, chef d'unité EAR (Epidémiologie et analyse pour la riposte) de l'OMS, cela explique le recours à la quarantaine: «C'est au cours des premiers jours, voire dès les premiers instants de la maladie, que la contagiosité est la plus forte, a-t-il souligné lors d'un point presse donné en direct et repris par l'AFP. En raison de cette période d’incubation, on peut s'attendre à voir apparaître de nouveaux cas ces prochains jours ou la semaine prochaine. C’est pourquoi il s'agit de rester vigilant et s'assurer que les personnes concernées soient isolées et traitées dès l'apparition des premiers symptômes.» 

Une information confirmée par le Dr Manuel Schibler, médecin responsable du Laboratoire de virologie des HUG: «La contamination survient le plus souvent après un contact ou l’inhalation de particules provenant des déjections ou de l'urine des rongeurs, rarement par griffure ou morsure, précise-t-il. Si le virus ne se transmet généralement pas d’une personne à l’autre, la transmission entre personnes a été décrite uniquement avec le virus Andes, lors de contacts proches, en particulier entre les membres d’un même foyer, ou les partenaires intimes, et cela apparaît le plus probable au début de la maladie, lorsque le virus est plus transmissible.» Voilà qui diffère effectivement du Covid, qu'on pouvait contracter en prenant le métro ou l'ascenseur avec une personne contaminée. 

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Quels sont les premiers symptômes?

Bien que rare, la maladie reste sérieuse, précisait encore Antoine Flahault, auprès du «Parisien», avant de comparer sa gravité à celle du virus Ebola, dont le taux de mortalité est estimé à 50%, d'après l'OMS

«L'infection peut passer inaperçue, note le Dr Schibler, dans une fiche d'informations partagée aux médias. Si des symptômes apparaissent, elle peut évoluer, selon le type de virus, vers différents tableaux cliniques graves allant jusqu'à une atteinte de plusieurs organes, voire au décès. Dans la plupart des cas, la maladie se déclare par l’apparition d’une fièvre et s'accompagne de symptômes généraux analogues à ceux de la grippe, tels que des maux de tête, de ventre et des douleurs musculaires.» On sait également que l’infection par la souche Andes peut provoquer une fièvre hémorragique ou le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), caractérisé par une détresse respiratoire aiguë, avec des oedèmes pulmonaires, souligne l'OFSP. Le taux de mortalité pour les personnes affectées par le SPH s'élève à 50%. 

Actuellement, il n'existe pas de traitement spécifique, ni de vaccin spécifique pour le hantavirus, ajoute le spécialiste. «La prise en charge est donc principalement symptomatique, notamment l’apport en oxygène aux personnes en détresse respiratoire. Une intervention médicale précoce peut toutefois améliorer les chances de survie.» 

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Qui est le plus à risque, face à l'hantavirus?

L'OMS précise par ailleurs que les personnes âgées, ainsi que celles souffrant de maladies préexistantes sont plus à risque de développer des complications, voire de mourir de l'hantavirus Andes. A noter que l'âge moyen des passagers du navire Hondius était de 65 ans. Or, la maladie reste grave même chez les adultes plus jeunes. Une étude chinoise datant de 2020 suggère également que les femmes enceintes infectées par l'hantavirus peuvent développer des symptômes plus violents, ainsi que davantage de complications. 

Rappelons que différentes variantes d'hantavirus, transmises par des rongeurs, sont déjà présentes en Suisse et peuvent entraîner, dans de très rares cas, une fièvre hémorragique. S'il n'existe pas des chiffres exacts du nombre de décès annuels causés par l' hantavirus, l'OMS estime que le nombre de contaminations mondiales oscille entre 10'000 et 100'000 cas par an, majoritairement en Asie et en Europe, toutes les souches du virus confondues. Les variantes principales (hors hantavirus Andes) présentent toutefois des taux de mortalité bien plus bas, entre 1 et 15% en Europe. 

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