Sauver «ses» midterms à tout prix
Trump prépare une escalade militaire sans précédent contre l'Iran

A trois mois des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, la pression s'intensifie sur le président américain pour qu'il débloque enfin l'impasse militaire au Moyen-Orient. Trump ne semble envisager qu'une seule voie: le recours maximal à la force.
A Téhéran, Trump et son allié Benjamin Netanyahu sont présentés comme des chefs de guerre sanguinaires.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

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  • Donald Trump est confronté à des critiques croissantes concernant sa stratégie au Moyen-Orient, cinq mois après une attaque contre l’Iran. Selon un sondage, 69% des Américains estiment que sa politique envers l’Iran «est une erreur».
  • Trump envisage des mesures controversées, incluant des attaques sur des infrastructures civiles et une possible offensive terrestre, malgré l’opposition du Congrès. Une menace directe a également été adressée aux Houthis au Yémen, qui menacent de bloquer des routes maritimes stratégiques.
  • Les tensions croissantes dans la région ont déjà conduit à la mort de 18 soldats américains et à une flambée des prix du pétrole cet été. Environ 12% du commerce mondial, transitant par le détroit de Bab al-Mandab, est en jeu.
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Samuel Schumacher

Asséner encore une frappe de plein fouet et les résistances iraniennes finiront par céder: tel semble être le calcul du président américain au Moyen-Orient. Près de cinq mois après son attaque contre l’Iran, la guerre pèse non seulement sur le moral de Donald Trump, mais aussi sur ses résultats dans les sondages. En effet, 69% des Américains considèrent que sa stratégie contre l’Iran est une erreur.

Mais au lieu de s’efforcer de trouver une issue pacifique au conflit, Trump semble pleinement miser sur la violence. Peut-être aussi parce que le Congrès américain, qu’il méprise, l’a exhorté cette semaine – pour la deuxième fois déjà – à mettre fin à la guerre lors d’un vote symbolique. Vendredi, le président américain a discuté avec ses conseillers de possibles scénarios d’attaque et il semble avoir mis en place trois mesures très concrètes pour faire dégénérer la guerre contre les mollahs.

Etape 1: Menacer les infrastructures civiles

Dans une brève interview accordée à la plateforme Axios cette semaine, Trump a déclaré qu’il envisageait «une attaque massive», «plus importante que jamais», arguant que les Iraniens ne veulent pas négocier car «ils n’ont pas encore suffisamment souffert.»

Le républicain entend donc changer la donne avec une menace radicale. Pour chaque navire attaqué dans le golfe Persique par l’Iran ou l’un de ses mandataires – comme les Houthis au Yémen –, les Etats-Unis détruiront un pont ou une centrale électrique iranienne.

De telles attaques seraient extrêmement controversées. Les ponts et les centrales électriques sont en principe des cibles civiles. Pour éviter d’être accusés de crimes de guerre, Washington devrait prouver, pour chaque pont et chaque centrale, que les mollahs les utilisaient aussi à des fins militaires; une mission pratiquement impossible.

Mais après l’attaque américaine contre l'école iranienne à Mina qui a coûté la vie à au moins 160 écoliers fin février, Trump est désormais réputé pour ne pas tenir suffisamment compte de la vie des civils iraniens.

Etape 2: L'offensive terrestre

Le déploiement de troupes terrestres américaines serait l’escalade la plus extrême que la Maison Blanche puisse ordonner. Selon Anthony Scaramucci, ancien porte-parole de Trump, le président américain estime ne pas pouvoir gagner la guerre sans l'envoi de troupes terrestres. Ce ne serait probablement qu’une question de jours avant qu’il ne commette cette «erreur» lourde de conséquences, a déclaré Anthony Scaramucci dans le podcast «The Rest is Politics: US».

Certains indices semblent confirmer cette hypothèse. Selon le «Wall Street Journal», les Etats-Unis ont transféré 150 médecins de guerre depuis l’Amérique vers l’Europe, envoyé des avions de combat et des avions ravitailleurs supplémentaires au Moyen-Orient et mis leurs forces spéciales en état d’alerte renforcé.

Une invasion classique du territoire iranien reste peu probable. La géographie favorise les défenseurs et complique la tâche de tout agresseur. Souvenons-nous de la guerre Iran-Irak dans les années 1980: lorsque l’Irak a attaqué depuis l’ouest, il a perdu plusieurs centaines de milliers d’hommes en huit ans dans les montagnes iraniennes.

En revanche, on pourrait envisager une tentative d'assaut de l’île de Charg, plaque tournante pétrolière d’importance stratégique pour l’Iran dans le golfe Persique. Si Trump osait franchir ce pas, le nombre de victimes américaines – 18 à ce jour – risquerait d’augmenter rapidement.

Etape 3: Le front houthi

La milice yéménite des Houthis, forte d’environ 350'000 combattants chiites, a attaqué cette semaine deux navires saoudiens et menace de bloquer le détroit de Bab al-Mandab, à l’entrée de la mer Rouge. Environ 12% du commerce mondial transite par ce détroit large de seulement 27 kilomètres. Grâce à leurs liens étroits avec l’Iran, les Houthis disposent non seulement de missiles et de drones, mais aussi de mines marines. Ils pourraient ainsi fermer cette fameuse «porte des larmes», à l’instar de la stratégie iranienne dans le détroit d’Ormuz.

Les conséquences pour l’économie mondiale seraient désastreuses. Les industries européennes, qui dépendent des marchandises en provenance de Chine ou d’Inde, devraient affronter des retards de plusieurs semaines. La seule alternative serait alors la longue route contournant le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud.

Trump a directement menacé les Houthis cette semaine. Jusqu’à présent, ils se seraient comportés de manière «professionnelle et intelligente», a-t-il écrit sur Truth Social. Mais les Etats-Unis réprimeraient avec une extrême sévérité toute nouvelle attaque contre des navires marchands.

A un peu plus de trois mois des élections de mi-mandat américaines, Trump est sur le point de laisser le chaos au Moyen-Orient échapper complètement à tout contrôle. Des semaines supplémentaires de peur et de terreur menacent des millions de personnes dans la région. Les prix du pétrole n’ont jamais été aussi élevés cet été. Aucun conseiller avisé et capable d’inciter le commandant en chef à Washington de faire preuve de retenue ne semble se présenter pour le moment. 

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