Le film «Police Flash 80» sorti
François Damiens: «Je ne veux pas m'enfermer dans un genre»

A l’occasion de la sortie ce mercredi du film «Police Flash 80», on a eu le plaisir de rencontrer François Damiens à Genève le soir de son avant-première. Un moment baume au cœur avec un bonhomme de 52 ans que l’on ne peut s’empêcher d’aimer.
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Adepte des caméras cachées, il continue, en plus des tournages de films, à piéger des quidams. Il prévoit d'aller au Canada où il est moins connu.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
Laurence Desbordes
Laurence Desbordes
L'Illustré

Un grand gaillard taillé à la serpe, une poignée de main franche et un sourire canaille, le grand Belge aux yeux bleus est un des acteurs qui comptent dans le monde du cinéma francophone. Dans les seconds comme dans les premiers rôles, il brille sans effort. Et vous fait pleurer de rire ou de tristesse, qu’il soit un sombre crétin dans «Dikkenek» ou un père à la recherche de sa fille partie en Syrie dans «Les cowboys».

Après nous avoir raconté un bobard dans lequel on a plongé tête la première, naïveté oblige, on a parlé de son rôle dans «Police Flash 80». Il y est Yvon Kastendeuch, un flic misogyne bête à manger du foin mais bon bougre. Il doit apprendre à travailler avec une femme plus intelligente que lui, ce qui n’est pas difficile, un jeune Arabe geek et un pro des filatures. Un quatuor qui essaie de démanteler un trafic de drogue dans une France du milieu des années 1980 sur une bande-son qui vous amène au bout de la nuit avec «Les démons de minuit». 

François Damiens, on lit très peu de choses sur vous. Les interviews, ce n’est pas votre truc?
Effectivement, je ne cours pas derrière. Je pense que, justement, quand on est acteur, il faut garder une part de mystère pour que les spectateurs puissent s’identifier au personnage dans lequel ils vous voient. A partir du moment où on connaît toute la vie de la personne, c’est nettement plus difficile pour le spectateur d’effacer ce qu’il sait déjà. D’ailleurs, je me rends compte que mes amis ou ma famille ont parfois plus de mal à rentrer dans un film, car ils pigent très vite vers où j’ai l’intention de diriger le personnage.

Désolée, mais la curiosité l’emporte. J’ai envie de vous demander: quel type d’enfance avez-vous eu?
Avec mes frères et sœurs, nous avons eu des parents très aimants qui nous ont donné confiance en nous. Ce qui n’est pas facile à faire parce que, étrangement, on a peur pour ses enfants et notre rôle est de ne pas leur communiquer nos craintes. C’est compliqué parfois, enfin, pour moi en tout cas. Je suis un papa poule (il est père de deux garçons, Jack et Jimmy, nés en 2001 et 2003, ndlr). Un de mes fils fait actuellement un stage en Asie et il veut louer un scooter. Ça fait trois jours qu’on bataille. Inconsciemment, je m’étais dit que le rôle de parent s’arrêtait quand ils ont 18-20 ans. Et qu’ensuite on est tranquille. Eh bien non. On signe pour toute la vie. Je le vois aussi avec ma mère qui a encore peur pour moi quand je prends l’avion alors que j’ai 52 ans.

François Damiens a fait beaucoup rire avec ses caméras cachées.
Photo: Capture d'écran YouTube

Vos parents étaient des artistes?
Mon papa, qui est décédé il y a dix ans, était dans l’immobilier et ma mère est peintre. Elle était aussi prof de peinture et styliste. Elle dessinait des robes.

Donc une fibre artistique dans la famille. A quand remonte votre envie de faire l’acteur?
J’ai toujours aimé jouer. Depuis que je suis tout petit. Je faisais des blagues au téléphone avec mes copains, puis, toujours avec eux, on a imaginé des petites scènes que l’on filmait avec une caméra. Je voulais faire du théâtre. Etre comédien. Mais bon, je ne suis jamais monté sur les planches. J’ai débuté avec des caméras cachées.

«
J’essaie de me faire plaisir en allant du drame à la comédie, en passant par le film d’auteur, sans m’enfermer dans un genre
»

Comment cette histoire de caméras cachées est arrivée à vous?
Totalement par hasard. J’avais un ami d’enfance qui hésitait entre deux boulots qu’on lui proposait. L’un dans une grosse boîte de téléphonie, genre Swisscom, et l’autre dans une entreprise de production. Je lui ai dit: «Attends, va vers la prod et ensuite tu me fais engager.» Je me suis retrouvé assistant à murmurer dans l’oreillette de l’acteur ce qu’il devait faire, car il avait du mal à s’en sortir. A un moment, il s’est énervé et m’a dit: «Puisque tu sais mieux que moi, fais-le...» C’est comme ça que cela a commencé. A la fin, je faisais toutes les émissions.

Vous avez arrêté parce qu’on vous reconnaissait?
J’ai recommencé il n’y a pas longtemps dans un aéroport où il y a environ 27'000 personnes qui transitent par jour. J’ai aussi été à la mairie de Lille, avec 9000 visiteurs qui s’y rendent durant une journée. Sur la masse, certains me repèrent, d’autres pas, et là ça devient spécialement marrant.

Ces nouvelles caméras cachées sortent quand?
Je n’en sais rien. Ce n’est plus de mon ressort. Je sais que les producteurs sont en pourparlers avec des chaînes.

Avec Laetitia Doesch, la réalisatrice et scénariste du «Procès du chien» et Kodi, qui joue le rôle de Cosmos, devant le tribunal à Lausanne.
Photo: GABRIEL MONNET

Pourquoi la Suisse?
J’avais été un peu partout, la Belgique, bien sûr, la France, la Corse, donc la Suisse s’imposait. Et, dans quinze jours, je vais partir au Canada en tourner d’autres.

Vous avez finalement tourné souvent dans notre pays?
Oui, avec les caméras cachées à Montreux, Bulle, Lausanne et La Tour-de-Peilz et, bien sûr, avec «Le procès du chien» à Vevey, où j’ai dû loucher pendant tout le tournage. Je ne me suis pas méfié au début quand on m’a dit que je devais bigler, mais ce ne fut pas facile, car je n’y voyais plus rien quand je jouais. (Il rit.)

Comment êtes-vous passé de la caméra cachée au cinéma?
J’avais piégé Eric et Ramzy à Bruxelles et, le soir, nous avons bu un verre. Le réalisateur Michel Hazanavicius était de la partie. J’étais un peu éméché et je me suis lancé dans l’improvisation d’une blague pas drôle et interminable. Deux, trois jours après, Michel m’a proposé un petit rôle dans «OSS 117: Le Caire, nid d’espions». Peu de temps après, voire quasiment en même temps, j’ai pu jouer Claudy dans «Dikkenek». Ensuite les choses se sont enchaînées.

«Dikkenek»: un mythique second rôle en tant que Claudy, qui a propulsé l'acteur sur le devant de la scène.
Photo: Collection ChristopheL via AFP

Vous avez une palette de jeu très large qui va du gros crétin au père de famille inconsolable, en passant par l’amoureux timide. Quel genre de partition préférez-vous?
J’essaie de me faire plaisir en allant du drame à la comédie, en passant par le film d’auteur, sans m’enfermer dans un genre. Sinon cela serait un peu comme manger tout le temps la même chose. Cela serait comme les plats de ma femme, je l’appelle cuisine sans goût. Je dis ça sans peur de la vexer, car elle est au courant. Pourtant, elle fait de son mieux (il rit). Je ne veux pas me lasser ni lasser le spectateur en étant tout le temps dans le même registre. J’aime bien quand il y a un fond un peu douloureux, un peu de pathos, puis que ça se transforme en autre chose. C’est un peu comme alterner la fondue avec les sushis. Donc, après «Police Flash 80», je vais tourner des films plus sérieux.

Comment choisissez-vous vos rôles?
En général, ils arrivent par mon agent, avec qui je travaille depuis plus de vingt ans. Il écrème beaucoup. Ensuite, on regarde si c’est un bon scénario, on se renseigne sur le réalisateur, si on ne le connaît pas, et sur la maison de production. Finalement, il existe pas mal de paramètres avant que je me lance.

Alors, qu’est-ce qui vous a séduit dans «Police Flash 80»?
Le scénario était bien écrit et je l’ai trouvé très moderne. On ne tombait pas dans les clichés ni dans une recherche à tout prix de l’effet comique. Qui plus est, cela faisait longtemps que j’avais envie de travailler avec Audrey Lamy. Et puis les années 1980, c’est tellement inspirant.

En tant que spectateur, on sent une très forte connivence entre les différents acteurs...
C’est vrai que, sur le plateau, c’était généreux. Parfois, dans les comédies, il y a un acteur qui tire la couverture à lui pour être plus marrant que les autres. C’est d’ailleurs souvent un peu pathétique. Mais là, personne n’a fait ça. Ce fut une vraie rencontre entre le réalisateur Jean-Baptiste Saurel, Thomas Ngijol, Audrey Lamy, Xavier Lacaille, Brahim Bouhlel et moi-même. Parfois, il m’arrive de revoir des films dans lesquels j’ai joué et où on voit trop les ficelles, ce qui me déçoit beaucoup bien sûr. Mais là, ce fut une belle surprise. On a beaucoup ri sur le plateau. Il y a d’ailleurs un dicton qui dit: «Quand on rit au tournage, on pleure au montage.» Et là, certes on a ri à un tel point que le réalisateur s’est senti obligé de nous rappeler à l’ordre en nous ordonnant d’arrêter de faire les cons. Mais le résultat est bon. On a tordu le cou au proverbe.

Après La famille Bélier, on retrouve encore Michel Sardou dans la bande-son de ce film. C’est une de vos suggestions?
Non, non, pas du tout. Je n’avais pas mon mot à dire. Sur les deux films d’ailleurs. En revanche, Michel Sardou, c’est quelqu’un qui me fait rire. Il se permet de dire des choses que normalement on ne dit plus, et en plus avec un aplomb incroyable du style: «J’aime bien faire Paris-Marseille à 200 à l’heure en clopant et en buvant une bière.» Il se fout complètement de ce que l’on peut penser de lui.

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Quel genre de musique vous écoutiez dans les années 1980, même si au début de cette décennie vous n’aviez que 7 ans?
Avec mes parents, on écoutait Daniel Balavoine, Alain Souchon ou Jean-Jacques Goldman. D’ailleurs, il y a une de ses chansons dans le film. J’étais tout content et j’ai dit à Jean-Baptiste: «C’est incroyable que vous ayez eu les droits d’auteur, car, généralement, Goldman, c’est impayable...» En fait, je ne sais pas si je peux le dire, mais bon, je le fais quand même. Quand on lui a demandé si l’on pouvait reprendre Pas toi, il a tout de suite donné son accord et n’a pas voulu être payé. Il a simplement demandé à ce que l’on verse l’argent à une association. Là, on est sur un niveau de classe incroyable. Si tout le monde pouvait être aussi élégant...

En parlant d’élégance, ce n’est pas trop ce qui étouffe votre personnage...
Oui, en Belgique, on appelle ça un «baraki», un mec prétentieux, un abruti qui se la pète alors qu’il est totalement idiot. Il n’a aucun savoir-vivre. C’est super jouissif à jouer, voire totalement génial. J’essaie de lui donner le plus d’humanité possible en le rendant à la fois pénible et attachant. C’est un crétin qu’on aime. Un doux crétin.

Sans vouloir divulguer la fin, le réalisateur ouvre une porte sur les années 1990. Il y a une suite?
Cela ne dépend pas de nous mais du succès qu’aura le film. En tout cas, lors des avant-premières du film, j’ai entendu beaucoup de rires et je me dis qu’en des temps aussi obscurs, c’est déjà ça de gagné.

Après Mon ket, vous avez envie de vous lancer de nouveau dans la réalisation?
Oui, j’ai écrit un film que je devais tourner l’été passé. On avait trouvé le financement, les distributeurs, les chaînes de télévision et, un mois avant de me lancer, j’ai senti que je n’étais pas prêt, que je voulais modifier certaines choses. Il faudrait juste que je trouve le temps. Comme disait Brel, tout le monde veut écrire un livre, mais personne n’a le temps de le faire.

Fan de voile, il a fait deux Transats Jacques Vabre, l'une pour une association, l'autre par plaisir. Il a aussi vogué du côté des îles Marquises pour rendre hommage à Jacques Brel.
Photo: DPPI via AFP

En parlant de Jacques Brel, vous semblez avoir quelques points communs avec lui, comme la voile.
Oui, j’adore la voile. J’en ai même fait sur le Léman. J’ai aussi fait la Transat Jacques Vabre deux fois. Mon rêve était d’en faire aux îles Marquises et d’aller porter une bière fraîche sur la tombe de Brel et je l’ai fait. Mais au moment où j’ai posé le verre, j’ai vu un rat, or j’ai la phobie de ces animaux. J’ai pris la main de ma femme et lui ai dit: «Viens, on se casse.» Donc je ne suis pas resté longtemps. J’ai aussi rencontré son infirmière, sa femme de ménage, je les ai passées à la question. Sa maison a été détruite pour construire je ne sais trop quoi. C’est dommage. En tout cas, cet homme me fascine.

Comme beaucoup d’acteurs, est-ce que vous avez peur du vide entre deux tournages?
Non, je ne suis pas un angoissé. Ce qui est difficile, c’est de ne pas travailler parce qu’on n’a pas de propositions. Ce qui n’est pas mon cas. Je cherche plutôt à avoir du temps libre pour avancer sur mes projets, notamment mon film. En fait, c’est un peu comme quand vous décidez de ne pas sortir le soir alors que vous êtes invité. Ce n’est pas triste. C’est votre choix. 

«Police Flash 80», de Jean-Baptiste Saurel, sur les écrans à partir du mercredi 18 mars.
Photo: DR
Un article de «L'illustré» n°11

Cet article a été publié initialement dans le n°11 de «L'illustré», paru en kiosque le 12 mars 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°11 de «L'illustré», paru en kiosque le 12 mars 2026.

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