Dans la campagne discrète du New Hampshire, aux Etats-Unis, trône une propriété de 63 hectares baptisée «Tucked Away» («cachée»): la dernière résidence de Ghislaine Maxwell avant son arrestation en juillet 2020. Selon des documents révélés par Reuters, UBS aurait contribué à financer l’achat en décembre 2019 de cette maison estimée à 1,1 million de dollars, en transférant des fonds à son nom un mois plus tôt.
Jeffrey Epstein, son compagnon de longue date, était décédé quelques mois plus tôt en prison, en août 2019. Ghislaine Maxwell aurait donc cherché un domaine où vivre en retrait, à l'abris des regards.
Cette demeure avait été acquise sous une fausse identité: Ghislaine Maxwell s’était présentée comme une journaliste souhaitant préserver sa vie privée, sous le nom de Janet Marshall. L’argent aurait transité par un enchevêtrement de comptes et de structures financières, notamment un trust lié à Ghislaine Maxwell, avant de financer l’achat du bien. Ces transactions sont intervenues alors que la banque était déjà en contact avec les autorités américaines dans le cadre d’une enquête visant le réseau de Jeffrey Epstein.
Un transfert de 8 millions
Un document d’enquête daté du 12 avril 2022, fondé sur des données du Trésor américain et classé «sensible», détaille ces flux financiers. Il indique qu’UBS a transféré près de 8 millions de dollars le 12 novembre 2019. Quelques jours plus tôt, la banque était encore en discussion avec le FBI dans le cadre de l’assignation d’un grand jury visant Ghislaine Maxwell. Reuters précise qu’il n’a pas été possible d’établir si UBS avait signalé ce transfert aux autorités, comme l’exigent les règles américaines en cas de transactions suspectes.
En effet, ce transfert est intervenu trois mois après qu’un grand jury américain a demandé à UBS de fournir des informations sur l’ensemble des activités financières de Maxwell, dans le cadre d’une enquête pour trafic sexuel de mineurs. Selon les documents, la banque avait par ailleurs informé sa cliente début août 2019 qu’elle mettrait fin à leur relation d’affaires dans un délai d’un mois, sans en préciser les raisons.
La banque suisse détenait pour Ghislaine Maxwell plusieurs comptes comprenant des liquidités, des actions et divers placements, et lui avait attribué deux gestionnaires dédiés tout au long de leur relation, selon des documents. A son apogée, UBS administrait jusqu’à 19 millions de dollars pour son compte, d’après une enquête de Reuters publiée en février.
Le rôle central d'UBS
Ces éléments mettent en évidence le rôle central joué par UBS dans la gestion des finances de Ghislaine Maxwell, principale complice de Jeffrey Epstein. Sa proximité avec le financier, condamné en 2008, était pourtant connue depuis des années avant même qu’elle ne devienne cliente de la banque.
Or, les établissements financiers sont tenus de s’assurer que leurs services ne servent pas à faciliter des activités criminelles. Ils doivent surveiller étroitement les clients à risque et, en cas de soupçons, restreindre ou mettre fin à la relation d’affaires.
Malgré ces exigences, UBS a maintenu ses relations avec Ghislaine Maxwell, en dépit des révélations publiques sur ses liens avec Epstein et des avertissements émis en interne par JPMorgan, qui la considérait dès 2011 comme une «cliente à haut risque». Dans une assignation du district sud de New York, les autorités américaines ont par ailleurs précisé que les informations demandées s’inscrivaient dans une enquête pénale pour «crime grave».
A ce stade, aucune infraction pénale n’a toutefois été retenue contre UBS. La banque suisse n'a pas souhaité commenter la situation à Reuters. Reconnue coupable en 2021 de complicité dans les agressions sexuelles commises par Jeffrey Epstein, notamment sur des mineures, Ghislaine Maxwell purge actuellement une peine de 20 ans de prison.