Victime et complice?
La mystérieuse petite amie d'Epstein au coeur de nouvelles révélations

Nadia Marcinko, principale partenaire de Jeffrey Epstein après Ghislaine Maxwell, pourrait faire l'objet d'une enquête. Mais qui est cette femme, oscillant entre le statut de victime et celui de complice?
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Après Ghislaine Maxwell, Jeffrey Epstein est sorti avec la jeune Nadia Marcinko.
Photo: AFP
Léa Perrin - Journaliste Blick
Léa PerrinJournaliste Blick

La principale partenaire et complice du criminel sexuel Jeffrey Epstein croupit derrière les barreaux d'une prison fédérale de Floride. Pourtant, Ghislaine Maxwell n'était pas la seule petite amie impliquée dans le trafic sexuel du milliardaire américain. Dans l'ombre du duo surmédiatisé se cache un autre profil discret aux cheveux blonds: Nadia Marcinko. 

Après des années passées sous protection judiciaire, le mannequin slovaque et ex-compagne de Jeffrey Epstein pourrait désormais être visée par une enquête, révèle la BBC ce mardi 19 mai. Malgré ses efforts pour faire profil bas, ses liens avec le financier déchu risquent de se retrouver sous les feux de la rampe.

Une compagne de 18 ans

En 2008, alors que Jeffrey Epstein purgeait sa première peine pour sollicitation de prostitution auprès d'une mineure, les registres de la prison montrent qu'une femme lui a rendu visite au moins 67 fois sur 13 mois. Cette femme, c'est Nadia Marcinko. De 32 ans sa cadette, elle a été la principale compagne du criminel pendant sept ans.

Si elle a été relativement épargnée par les projecteurs médiatiques, Nadia Marcinko semble avoir joué un rôle clé dans la vie d'Epstein. La jeune femme a rencontré ce dernier lors de la fête d'anniversaire de Jean-Luc Brunel à New York. Proche d'Epstein, Jean-Luc Brunel dirigeait la branche new-yorkaise de Karin Models, financée par le criminel sexuel. Il aurait fait venir Nadia Marcinko aux Etats-Unis grâce à un visa obtenu pour elle.

Quelques jours après leur première rencontre, Epstein aurait invité la jeune femme, alors âgée de 18 ans, dans sa villa de Palm Beach avant de l'emmener sur son île privée des Caraïbes, Little St James. Alors que sa relation avec Ghislaine Maxwell touchait à sa fin, il se serait rapidement mis en couple avec elle. D'après des échanges de courriels, le couple envisageait de fonder une famille. Mais plusieurs éléments suggèrent que Nadia Marcinko aurait aussi aidé Epstein à recruter d'autres femmes pendant des années.

Un rôle flou

Si Nadia Marcinko n'a jamais été accusée ni inculpée, plusieurs victimes d'Epstein ont déclaré à la police qu'elle avait participé aux abus. Un courriel datant de 2006 suggère son implication. Elle écrit notamment: «J'essaierai de trouver des filles chaque fois que nous serons à New York.»

Elle fait partie des quatre femmes citées comme «complices potentielles» dans un accord de plaidoyer accordant une immunité aux proches d'Epstein. Une élue américaine souhaite désormais qu'elles fassent l'objet d'une enquête malgré cet accord.

«Je veux que tu apprennes à tenir une maison»

Ses avocats assurent toutefois qu'elle est avant tout une victime. Des courriels révèlent les comportements abusifs qu'exerçait Jeffrey Epstein sur elle, profitant notamment du déséquilibre de pouvoir, d'âge et d'argent entre eux. Nadia Marcinko a affirmé aux enquêteurs qu'«Epstein pouvait la faire expulser d'un simple coup de fil à Brunel». Elle a également évoqué des violences physiques. Selon son témoignage, le milliardaire l'aurait étranglée avant de la pousser dans un escalier.

Après la mort du criminel sexuel en prison en 2019, Nadia Marcinko a assuré qu'Epstein contrôlait tous les aspects de sa vie, y compris ses vêtements et son poids. Elle affirme qu'il l'avait forcée à subir plusieurs opérations de chirurgie esthétique et qu'il l'avait agressée physiquement.

Photo: Ministère américain de la Justice

Parmi les dossiers publiés par le ministère américain de la Justice en janvier figure un message d'Epstein détaillant les consignes imposées à sa partenaire. «Je veux que tu apprennes à faire des œufs (...). Je veux que tu apprennes à tenir une maison (...). Je ne veux pas de disputes du lundi au vendredi, cela devra attendre le week-end... Je veux que tu lises un de ces cent grands livres chaque mois (...). Je ne veux que de belles choses dans la maison. Tu ne peux rien y mettre sans me le montrer d'abord», peut-on y lire.

De mannequin à pilote

Nadia Marcinko se serait progressivement éloignée d'Epstein après plusieurs épisodes de violence. Dans un courriel envoyé en 2006, elle écrit: «Depuis que je t'ai rencontré, ma vie tourne autour de toi et cela me met très mal à l'aise.» Epstein lui aurait payé une formation de pilote avant qu’elle ne devienne copilote de son jet privé.

Restée fidèle à Jeffrey Epstein pendant des années, Nadia Marcinko aurait finalement commencé à coopérer avec le FBI en 2018. L'agence a alors déclaré qu'elle avait été «recrutée, hébergée et obtenue» par Jeffrey Epstein et d'autres personnes «à des fins de relation sexuelle coercitive». Depuis la mort du milliardaire, elle a disparu du paysage médiatique.

De victime à complice?

Les nouvelles demandes d'enquête visant Nadia Marcinko relancent une question centrale: une victime de coercition sexuelle peut-elle aussi être considérée comme complice? Son immunité est désormais remise en question.

«Toutes ces femmes ont participé au trafic de mineures pour le compte d'Epstein alors qu'elles étaient adultes. Elles étaient complices de son organisation», stipule la députée américaine Anna Paulina Luna, membre républicaine de la commission de surveillance de la Chambre des représentants. Nadia Marcinko passera-t-elle donc du statut de victime à celui de complice?

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