2 décès et 30 cas confirmés
L'épidémie de méningite qui sévit au Royaume-Uni peut-elle toucher la Suisse?

Près de 10'000 personnes ont été vaccinées in extremis contre la méningite, au Royaume-Uni, alors qu'une épidémie a provoqué trente cas confirmés et deux décès. La Suisse risque-t-elle de vivre le même genre de scénario? Un spécialiste nous rassure.
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Depuis début mars, deux personnes âgées de 18 et 21 ans sont décédées d'une méningite, sur une trentaine de cas graves, au Royaume-Uni.
Photo: AP
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

Avant qu'une épidémie meurtrière n'éclate au Royaume-Uni, le terme «méningite» n'évoquait qu'un cauchemar anxiogène issu du passé. Il s'agissait malheureusement d'une fausse illusion de sécurité. Depuis que deux jeunes étudiants âgés de 18 et 21 ans ont perdu la vie des suites de cette infection, des centaines de personnes se sont précipitées vers des centres de vaccination, dans le Kent. 

Pour rappel, cette maladie, souvent d'origine bactérienne, provoque l'infammation des méninges, les membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière. L'épidémie ayant pétrifié le sud-est du Royaume-Uni a probablement commencé dans une discothèque de Canterbury, aux alentours du 5 mars, provoquant une trentaine de cas avérés, chez des jeunes adultes et adolescents, a confirmé la UK Health Security Agency (UKHSA). 

D'après les autorités, relayées par BBC, la pic de l'épidémie serait désormais passé, bien que de nouveaux cas puissent encore survenir ces prochains jours. La crainte est toutefois bien installée, sachant que près de 10'000 personnes ont reçu un vaccin contre le méningocoque B, sur le campus de l'Université de Kent. Environ 13'000 doses d'antibiotiques préventives ont également été prescrites dans la région, afin de protéger les personnes potentiellement contaminées ou s'étant rendues dans la même discothèque. En effet, la vaccination des jeunes enfants n'est systématique que depuis 2015, au Royaume-Uni, singifiant que la majorité des adolescents et jeunes adultes britanniques n'ont pas été couverts. 

Une souche très contagieuse et virulente

Ainsi que nous l'explique Antoine Flahault, professeur honoraire à l’Université de Genève et professeur à l’Université Paris Cité, le méningocoque B est une bactérie connue de longue date pour sa dangerosité. «Mais généralement elle entraîne des cas isolés de méningite cérébro-spinales, parfois de petits clusters, c’est-à-dire des regroupements de quelques malades, précise le spécialiste. Dans le Kent, ce sont près d’une trentaine de cas de méningite qui ont été rapportés aux autorités, un cluster particulièrement important en nombre avec deux décès à déplorer et plusieurs cas graves hospitalisés.» 

Si tous les cas sont liés à une même source commune, on estime que 2000 personnes ont fréquenté le club avant qu’il ne ferme. «Habituellement on dénombre un ratio de 1/500 à 1/1000 personnes développant une méningite rapportées aux personnes infectées par la bactérie mais asymptomatique», analyse Antoine Flahault. Sachant que les 2000 «personnes contacts» n'ont pas été infectées, on parle ici d'un ratio très supérieur. «On aurait pas dû observer plus de 2 ou 4 cas, pas 29, poursuit notre expert. On a donc affaire à une souche probablement très contagieuse et très virulente.» 

Un risque minime pour la Suisse

Face à ce type de phénomène, on craint évidemment que l'épidémie se propage jusqu'en Suisse. Or, le risque est faible: «Ce type de bactéries ne provoque pas des épidémies de grande ampleur, mais plutôt des clusters de cas de méningite, isolés dans le temps et l’espace, rassure Antoine Flahault. Celui de Canterbury devrait être rapidement et totalement contrôlé dans les prochains jours. Quelques cas ayant séjourné dans le Kent et fréquenté la discothèque incriminée peuvent évidemment retourner dans leur pays d’origine porteur de l’infection mais cela devrait rester des cas isolés sans autre forme de propagation. Cela est d’ailleurs survenu pour un Français.»

En Suisse, la vaccination contre les souches principales, soit les méningocoques A, C, W, Y (regroupées dans deux types de vaccins) et B (contenue dans un autre vaccin), concerne les nourrissons et les enfants et adolescents de 11 à 19 ans. En outre, les personnes souffrant de certaines maladies doivent impérativement être vaccinées. D'après Infovac, environ 7% des personnes atteintes meurent de la maladie, bien que celle-ci reste rare, avec une fréquence en nette diminution depuis 2001. Chaque année, une cinquantaine d'infections graves surviennent toutefois, en Suisse.

Enfants plus vulnérables

«Les vaccins disponibles sont en effet efficaces contre plusieurs types de méningites dont la méningite B du cluster du Kent mais je ne pense pas que ce vaccin soit très souvent administré en Suisse chez les adolescents et jeunes adultes pourtant concernés par ces risques de méningites cérébro-spinales», prévient Antoine Flahault. 

Au micro de la RTS, le professeur Jacques Schrenzel, médecin responsable du Centre national des méningocoques aux Hôpitaux universitaires de Genève, affirmait en effet que 80% des nourrissons sont actuellement vaccinés, contre seulement 50% des adolescents. À noter que les enfants et les jeunes sont les plus vulnérables à la maladie. 

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