C'est l'angoisse de tous les plongeurs. Sous l'eau, on perd l'orientation, l'air vient à manquer ou on perd de vue notre palanquée. En pleine mer, il reste au moins la possibilité de remonter à la surface. Dans une grotte, il faut encore réussir à en sortir. C'est précisément ce que cinq plongeurs italiens n'ont pas réussi à faire aux Maldives le 14 mai dernier. Les deux derniers corps ont été remontés seulement ce mercredi.
Pendant longtemps, l'emplacement exact de la grotte et sa configuration sont restés flous. Une analyse permet désormais de mieux comprendre pourquoi l'intervention des secours a été si compliquée et ce qui a conduit au drame. De plus en plus d'indices laissent aussi penser que de graves erreurs ont été commises lors de l'expédition.
La profondeur
Le récif en question est situé aux Maldives et sa profondeur varie de 3 à près de 200 mètres. L'entrée de la grotte se situe à 55 mètres au dessous du niveau de la mer, un niveau extrême pour des plongeurs non spécialisés.
Aux Maldives, la limite habituelle pour la plongée classique est fixée à 30 mètres. Au-delà, des formations spécifiques sont nécessaires. Pour la plongée en grotte, un entraînement professionnel est indispensable, comme l'avait déjà expliqué la semaine dernière le moniteur Beat Müller dans un entretien accordé à Blick.
Une structure complexe
Les schémas de la grotte montrent une structure composée de trois chambres sur environ 260 mètres de long. Selon les informations dont nous disposons, elle serait composée de deux entrées et de deux sorties.
Entre les différentes chambres se trouvent plusieurs passages étroits, dont la largeur exacte reste inconnue. Pour des plongeurs peu habitués à la spéléologie sous-marine, ils sont considérés comme extrêmement serrés. Le corps du moniteur Gianluca Benedetti avait été retrouvé la semaine dernière, près de l'entrée.
Les autres victimes se trouveraient dans la troisième chambre. La récupération des corps avait été jugée extrêmement dangereuse. Et samedi dernier, un plongeur militaire expérimenté a perdu la vie lors d'une première tentative de sauvetage.
La nature des lieux
Sur les images prises dans la grotte, le «sol sablonneux» est loin d'être un détail anodin, selon Beat Müller. Le sable, la boue et les particules réduisent fortement la visibilité. Dans une grotte déjà sombre, cela peut rapidement devenir fatal.
«Si de la boue ou du sable se soulèvent et brouillent la vue, les plongeurs inexpérimentés ont tendance à nager vers les zones encore claires. Et cela les entraîne souvent plus profondément dans la grotte», expliquait-il.
Autres facteurs
Lors d'une plongée en grotte, des lignes de guidage doivent être installées pour retrouver la sortie. Ne pas le faire constituerait une faute majeure. Le courant et le matériel utilisé peuvent aussi jouer un rôle décisif. «Si l'on entre avec le courant, le retour peut devenir un énorme problème», a averti Beat Müller.
A de telles profondeurs, un équipement spécialisé est indispensable. Une simple bouteille standard ne suffit pas. Selon plusieurs médias, le groupe aurait pourtant plongé avec un matériel classique.
A 55 mètres, la pression devient extrême. Le mélange gazeux doit être adapté à ces conditions. Dans les plongées moins profondes, l'air contient davantage d'azote. Mais soumis à une forte pression, ce gaz peut provoquer une forme d'ivresse, des pertes de coordination et des mouvements de panique dès une trentaine de mètres de profondeur.