Le Venezuela a libéré mardi, en vertu de la loi d'amnistie, trois prisonniers politiques qui avaient passé plus de 20 ans en prison, après l'annonce par le président du Parlement de la libération cette semaine de 300 détenus. La loi d'amnistie a été promulguée le 19 février par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, sous la pression de Washington, après la capture du président Nicolas Maduro.
«Entre hier (lundi) et vendredi, 300 personnes seront remises en liberté, certaines impliquées dans des faits constituant des délits avérés, mais d'autres parce qu'elles sont mineures, âgées de plus de 70 ans ou parce qu'elles souffrent d'une pathologies», a déclaré mardi Jorge Rodriguez lors d'une session parlementaire. «Nous confirmons la libération des policiers métropolitains prisonniers politiques: Luis Molina, Erasmo Bolivar et Hector Rovain, injustement privés de liberté depuis le 19 avril 2003», a indiqué sur Instagram l'ONG de défense des prisonniers politiques Foro Penal.
Ces libérations ont eu lieu dans la nuit de mardi. Les trois hommes étaient liés au coup d'Etat de 2002 qui avait temporairement renversé le président Hugo Chavez, et avaient été condamnés à 30 ans de prison chacun sous l'accusation d'avoir tiré sur des manifestants. Selon Foro Penal, le bénéfice de la loi d'amnistie leur avait été dans un premier temps refusé. «Merci, merci», furent les premiers mots de l'un des officiers libérés à sa sortie de prison, selon une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par l'ONG Clippve.
Adieu à Carmen Navas
La promesse de nouvelles libérations intervient le jour même où les Vénézuéliens ont rendu un dernier hommage à Carmen Navas, 81 ans, dont le fils, Víctor Quero Navas, est décédé en détention après son arrestation en janvier 2025. Carmen Navas a inlassablement recherché son fils pendant plus d'un an, malgré des soucis de santé selon ses proches. Elle est décédée dimanche. Son fils, âgé de 51 ans, avait été arrêté en janvier 2025. Sa famille n'avait jamais obtenu d'informations à son sujet de la part des autorités jusqu'à l'annonce officielle de son décès le 7 mai, plus de neuf mois après sa mort.
Quelques jours après l'identification et l'inhumation de son fils, Carmen Navas s'est éteinte. Mardi, elle a été inhumée auprès de lui. Des dizaines de personnes lui ont rendu un dernier hommage silencieux dans un cimetière de Caracas, jetant des roses et des marguerites à côté de son cercueil.
Elle est devenue un symbole de résistance pour sa famille, les militants et les réfugiés politiques vénézuéliens, qui lui ont fait leurs adieux mardi, entre larmes et revendications. «Si Carmen a réussi quelque chose, c'est bien de devenir un symbole de la résistance, de la résilience, de l'obstination», a estimé sa nièce Fabiola Parra, avocate de 57 ans.
Autres libérations
Mardi matin, une quinzaine de prisonniers politiques, accusés de crimes liés à l'affaire «PDVSA Obrero» (PDVSA ouvrier, du nom du géant pétrolier public), ont bénéficié d'une libération conditionnelle. Ils avaient été arrêtés en 2025 et accusés de sabotage ou de détournements, dans le cadre de cette affaire qui concerne quelque 170 personnes, en grande majorité des travailleurs du secteur pétrolier. Tous étaient détenus à Yare, une prison située à environ 75km de Caracas.
Les libérations, qui n'entraient pas dans le cadre de la loi d'amnistie, ont été obtenues grâce à des requêtes adressées au Défenseur du peuple et à une commission parlementaire créée pour examiner ce type de cas, a expliqué l'avocate Zimaru Fuentes, proche d'un des détenus. Lundi, une adolescente de 16 ans et une septuagénaire ont également été remises en liberté.
Selon Foro Penal, près de 800 personnes ont été libérées depuis la capture début janvier par les Etats-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro, dont 186 en vertu de la loi d'amnistie. Des chiffres très inférieurs à ceux du gouvernement intérimaire, qui recense plus de 8.000 bénéficiaires de l'amnistie dont 314 sortis de prison, les autres étant passés de la liberté conditionnelle à la liberté définitive. Foro Penal recense 454 personnes encore détenues dans les prisons vénézuéliennes.