En bref
- Le dimanche 14 juin 2026, Genève sera le théâtre d'une convergence inédite entre la grève féministe suisse et le mouvement anti-G7, dans un contexte marqué également par les votations fédérales. Un cortège féministe traditionnel est aussi prévu à Lausanne le 13 juin pour les personnes ne pouvant se rendre à Genève.
- Les collectifs féministes voient cette fusion avec NoG7 comme une opportunité de lier leurs luttes locales et internationales, notamment contre les coupes budgétaires sociales et la militarisation. Cependant, les syndicats craignent que cette convergence ne dilue les revendications féministes.
- Les manifestations du 14 juin lanceront une campagne nationale sur le travail du care, en vue d'une grève féministe massive prévue pour le 14 juin 2027.
En 2026, la majorité des événements de l'été semblent se concentrer sur le dimanche 14 juin. Cet incongru hasard calendaire superpose en effet le sommet du G7, l'annuelle grève féministe suisse, ainsi que les votations fédérales (sans oublier l'anniversaire d'un certain Donald Trump, qui tombe également ce jour-là).
Pour tourner cette coïncidence à l'avantage de leur cause, les différents collectifs féministes ont convenu, ce printemps, de combiner leur mobilisation avec le large mouvement NoG7, qui promet de paralyser Genève. Les militantes devraient même prendre la tête du cortège, aux côté de du comité NoG7, fusionnant leurs revendications avec celles des détraqueurs du sommet d'Evian. Or, un cortège féministe plus «traditionnel» est également prévu à Lausanne, le samedi 13 juin.
Avec plusieurs mobilisations majeures prévues en même temps, le week-end s’annonce chargé et les messages risquent de se brouiller. D'après la RTS, les syndicats craignent même de voir le G7 éclipser les autres causes, comme les droits des femmes ou l'initiative sur la Suisse à dix millions, qui sera votée ce dimanche.
Pourquoi combiner grève féministe et NoG7?
Les militantes de la grève, en revanche, ne partagent pas cette inquiétude. Au contraire, elles conçoivent la fusion des deux mobilisations comme une manière pertinente de souligner le lien entre le G7 et les luttes féministes locales.
«Le mouvement NoG7 est résolument féministe et nous travaillons à le visibiliser ensemble, affirme Vic, militante du collectif vaudois. Par exemple, nous nous mobilisons contre les coupes dans les services publics, qui impactent majoritairement les femmes et les minorités de genre, travaillant en tant qu’infirmières, sages-femmes ou enseignantes. Car ces coupes sont aussi dues à l’augmentation des budgets militaires au détriment des budgets sociaux: la lutte contre la militarisation et les guerres impérialistes est donc aussi liée aux conditions de vie des personnes précarisées en Suisse.»
Sans oublier que les revendications des collectifs féministes suisses ont toujours veillé à dépasser les frontières: «Nos luttes sont internationalistes, dans la mesure où elles sont solidaires de la libération de toutes les femmes et minorités de genre, à travers le monde, et pas seulement en Suisse», poursuit Vic.
Pourquoi deux cortèges, le 14 juin et le 13 juin?
Bien qu'une «mobilisation massive» soit attendue à Genève, ce dimanche, le cortège du samedi, prévu à Lausanne, n'est pas anecdotique pour autant: «La manifestations du 13 juin vise à se mobiliser aussi à Lausanne ce week-end et à proposer un rassemblement féministe aux personnes qui ne pourront pas se rendre à Genève le 14, précise notre intervenante. Mais ces deux mobilisations sont liées et s’articulent en partie autour des mêmes luttes.»
En effet chacune de ces deux dates s'avère tout aussi centrale, pour les collectifs féministes: «Cela peut donner l’impression que la grève se déploie de façon différente cette année, mais en réalité, nous avons toujours organisé des mobilisations dès le 13 juin, qu’il s’agisse de manifestations ou de soirées de lancement de la grève», pointe Vic. La focalisation du cortège sur un événement géopolitique précis, qui tombe précisément sur le 14 juin, est toutefois une première.
Les féministes craignent-elles les débordements, à Genève?
Alors que le G7 mobilisera l'intégralité de la police genevoise, soutenue par celles d'autres cantons et l'armée, les militantes craignent-elles de vivre un cortège du 14 juin plus violent que d'habitude? Pas vraiment, répond notre intervenante. Même si la manifestation genevoise de dimanche risque d'être impressionnante, la jeune Romande souhaite replacer les enjeux du cortège, et non pas sa taille, au centre de l'attention:
«Si nous devons avoir des craintes, elles concernent les mesures de répression policière et la surveillance présente sur place, et non pas les manifestants et manifestantes, admet Vic. Mais il convient surtout de recentrer l’attention sur les violences dont sont responsables les dirigeants qui seront au sommet du G7, celles des guerres, de l’exploitation des corps et de la destruction de la planète. C’est de cette violence-là dont il faut avant tout parler.»
Une grève immense prévue pour le 14 juin 2027
En-dehors des revendications anti-G7, les collectifs féministes porteront également un autre axe, cette année. En effet, ce dimanche 14 juin marquera le début d'une campagne nationale autour du travail du care, qui comprend le domaine domestique, celui des soins et de l'éducation. «Ces tâches sont souvent sous-rémunérées ou gratuites, prises pour acquis et dévalorisées, et majoritairement portés par les femmes et les minorités de genre, déplore Vic. A partir du 14 juin, nous appelons à une année complète de mobilisation, jusqu’à une grande grève, en juin 2027. On appelle à l’organisation de la grève partout, dans les lieux de travail, de formation et de vie.»
Le 14 juin 2027, libre de tout sommet géopolitique et dissocié des votation fédérales, pourrait donc donner lieu à une grève féministe immense, de l'ordre de celle organisée en 2019. Pour atteindre cet objectif et mener cette grande campagne, des collectifs de la Suisse entière se sont rassemblés cet automne, affrontant les barrières linguistiques pour s'unir dans la même cause.