Le ministre de la Défense, Martin Pfister, peut se considérer comme le grand gagnant de ce dimanche de votation. Le peuple suisse s'est prononcé à 52,5% en faveur de la nouvelle loi sur le service civil.
Chaque année, plusieurs milliers de jeunes hommes tournent le dos à l'armée. Environ la moitié d'entre eux préfère l'option civile, quitte à servir une fois et demie plus longtemps. Avec l'introduction de cette nouvelle loi, les départs de l'armée seront plus complexes.
Redonner du sens à l'armée
Face à l'exode qui frappe l'armée, le DDPS et l'armée doivent s'attaquer à la vraie source du problème. Pour changer la situation à long terme, l'institution militaire doit se réformer pour devenir plus attrayante. Elle pourrait par exemple être plus favorable aux familles, ou mieux adaptée au monde du travail.
Mais surtout, l'engagement militaire doit retrouver un sens. Trop souvent, les périodes d’inactivité s’enchaînent. C’est pourquoi de nombreux déserteurs sont convaincus de pouvoir être davantage utiles à la société en effectuant le service civil.
Mais au lieu de se lancer dans un processus de longue haleine, en rendant l’armée plus séduisante, le Conseil fédéral et la majorité parlementaire bourgeoise ont choisi la voie de la facilité. En érigeant des obstacles au service civil, ils affaiblissent la concurrence. Mais cette manoeuvre pourrait finir par se retourner contre eux.
Un «oui» populaire ne résoudra pas le problème
Car même avec le «oui» populaire, les rangs de l’armée ne seront pas miraculeusement regarnis. Le risque? Une multiplication des arrêts maladie. Aujourd’hui déjà, environ 2800 personnes quittent l'armée pour des raisons médicales – presque autant qu'au sein du service civil. La collectivité risque ainsi de perdre encore plus de personnes.
Le Conseil fédéral et le Parlement doivent contrer cette tendance. Mais pas via la contrainte, comme en réintroduisant l'examen de conscience qui fait controverse. Une telle mesure serait complètement dépassée et enverrait un message de méfiance envers la population.
Mais en coulisses, le DDPS a des plans bien précis: il aimerait de préférence purement supprimer le service civil. Depuis des années, le département manoeuvre pour aboutir à un modèle de service obligatoire: le service civil et la protection civile doivent être fusionnés en une seule entité de protection contre les catastrophes. Une démarche vaine jusqu’à présent. En effet, l'ancienne ministre de la Défense, Viola Amherd, a essuyé un cuisant revers au Conseil fédéral à ce sujet.
Le Conseil fédéral n’a pas masqué son manque d’enthousiasme pour ce projet législatif, l'ayant repoussé à plusieurs reprises. Le DDPS ne va pas lâcher le morceau, mais cela promet un travail de longue haleine.