Le Parti ouvrier populaire (POP) était donné perdant, mais Xavier Roth l'a fait. L'enseignant et ancien boucher a comblé le déficit de plus de 1000 voix sur la PLR Mathilde Maillard entre les deux tours de l'élection à la Municipalité de Lausanne. Ce grand gaillard de 42 ans permet à l'alliance de gauche de conserver six sièges sur sept.
Avec 15'000 voix et 47,1% des suffrages, le nouveau venu sur la scène politique devra trouver sa place. Même si son profil détonne, il entend bien imposer son style tout sauf lisse – et très à gauche – lors de la prochaine législature. Durant l'interview, devant l'Hôtel de Ville, Xavier Roth n'en revient toujours pas.
Xavier Roth, cette journée va changer pas mal de choses pour vous. Comment vous sentez-vous et comment avez-vous vécu l'annonce des résultats?
Je suis un peu sur une autre planète. J'ai d'abord cru à une blague, que ce n'étaient pas les vrais résultats! Les gens me disent que j'ai fait une super campagne, moi j'ai juste l'impression d'avoir été moi-même. C'est un peu irréel pour le moment. Mais ces quelques heures de bonheur vont vite laisser place à cinq années d'un défi très important.
Vous avez remonté un déficit de plus d'un millier de voix sur le PLR. Par quels moyens?
Le différentiel est assez important par rapport au premier tour, puisque j'ai désormais une avance d'environ 1500 voix. Je le vois comme le résultat d'une mobilisation assez forte, à la fois de la gauche radicale, et du côté de notre alliance, où j'avais été un peu boudé au premier tour. Et je n'exclus pas que quelques centristes se soient sentis plus attirés par notre alliance que par certaines propositions du PLR. Je pense que les trois facteurs ont joué.
Beaucoup ont vu les PLR décrocher un deuxième siège à vos dépends. Que leur dites-vous maintenant?
A chaque législature, on nous dit que le POP va perdre son siège. Et à chaque législature, on le garde, m'a dit une de nos députées quand j'ai annoncé ma candidature. Il y a quand même un attachement, qui reste fort dans la gauche lausannoise, à ce siège de gauche populaire et radicale dans les bottes de l'alliance. On en a à nouveau la preuve aujourd'hui. Pour ce qui est du PLR, ils feront eux-même l'analyse de leur propre campagne...
Qu'est-ce que la gauche, qui reste donc hégémonique à Lausanne, doit tirer comme enseignements de cette élection?
Hégémonique, je ne sais pas, mais la gauche reste très forte. Mais il y a quand même un 60-40 au Conseil communal, ce qui veut dire qu'il existe des voix de droite importantes au niveau législatif. On voit une polarisation des deux côtés, avec une progression assez forte des partis plus radicaux. Je reste sur ma ligne qu'une politique de gauche... se fera à gauche. Il y a des enjeux cruciaux dans cette ville.
Lesquels?
Même si on nous accuse parfois d'angélisme, personne ne nie qu'il y a des problèmes au niveau du vivre-ensemble ou de la consommation. Ça a été une année assez cauchemardesque pour la ville, pourtant les gens continuent de nous faire confiance. C'est quand même que nos réponses les attirent. Ce sera à nous de mettre en place une politique ferme sur ces questions, afin de les résoudre dans les cinq ans à venir. Avec la forte progression d'Ensemble à Gauche, il y a une demande pour une politique de gauche qui intègre tout le monde, dans une ville où chacun trouve sa place. Et non une politique d'exclusion.
Là, vous êtes sous le feu des projecteurs. Mais ce soir, quand vous pourrez enfin vous coucher, à quoi penserez-vous?
Au fait que j'enseigne demain matin! (rires) Et que je vais devoir faire bonne figure face à mes élèves. Je penserai aussi très fort à ma femme, qui a été incroyable durant cette campagne. Elle a toujours été là pour moi, de A à Z, même quand je ne la voyais presque pas durant les trois derniers mois. C'est autant sa victoire que la mienne!