Scandale sans nom en Argovie
Un ex-élu UDC se serait filmé en train de droguer et de violer une ado

Les accusations sont graves: un ex-député au Grand conseil argovien aurait usé de GHB pour endormir plusieurs femmes, dont une adolescente de 15 ans. Il les aurait ensuite violées en filmant ses actes. Fraîchement mis en examen, l'homme de 57 ans conteste les faits.
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Patrick F. aurait abusé de plusieurs femmes et d'une mineure de 15 ans.
Photo: ZVG
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Janine Enderli

Les révélations suscitent une onde de choc partout dans le pays. Le Ministère public du canton d’Argovie vient de clore une enquête approfondie et de déposer plainte auprès du tribunal de district de Baden contre Patrick F.*. Aujourd'hui âgé de 57 ans, cet ancien député de l'Union démocratique du centre (UDC) au Grand conseil (législatif) argovien est accusé d'infractions sexuelles gravissimes.

L'homme est accusé d'avoir, à plusieurs reprises, mis deux femmes adultes ainsi qu'une adolescente de 15 ans dans un état d'incapacité à opposer une quelconque résistance, avant d'abuser sexuellement d'elles. Arrêté, il a été placé en détention préventive.

L’enquête a été déclenchée par un incident survenu dans la nuit du 4 septembre 2023: la mère de la victime mineure présumée a surpris l’accusé en flagrant délit et a immédiatement alerté la police. Celle-ci a interpellé l’ex-élu peu de temps après à son domicile.

Une ado de 15 ans droguée près de 40 fois

La victime, âgée de 15 ans au moments des faits présumés, s’est confiée au «Tages-Anzeiger» sur l’horreur qu’elle a vécue. Une nuit, Patrick F. se serait introduit dans sa chambre. Elle l'aurait découvert allongé dans son lit, à côté d'elle. «C'était comme un rêve, c'était irréel», déclare la jeune fille. 

Elle assure avoir d'abord cru que c'était son petit ami qui était couché dans son lit, avant de réaliser qu'il s'agissait bel et bien de l'ancien député de l'UDC. «Il était allongé sur moi», raconte-t-elle. Elle décrit un black-out total cette nuit-là. Au total, l’adolescente aurait été droguée près de 40 fois et aurait subi des abus pendant environ 40 heures.

La mère de l'adolescente aurait ensuite surpris Patrick F. en flagrant délit. Une découverte abominable qu'elle a raconté en ces termes lors de son audition par la justice: «Alors qu’il s’apprêtait à quitter la chambre de ma fille, j’ai vu qu’il cachait quelque chose à l’arrière de son slip. Son t-shirt était trempé, comme s’il venait de faire de la musculation.» Selon ce même témoignage, relayé par le «Tages-Anzeiger», l'homme aurait finalement sorti une caméra de derrière son dos. 

Images et vidéos saisis

Le parquet aurait saisi un nombre important d'éléments de preuve matériels, notamment plusieurs supports de données contenant de grandes quantités de fichiers image et vidéo. L’analyse de ces données aurait révélé de nombreux indices laissant craindre d’autres comportements graves et punissables. L’enquête a donc été élargie à plusieurs reprises et la détention préventive prolongée en conséquence. L'homme est en détention depuis 2023. 

Selon l’acte d’accusation, le parquet reproche notamment à l’accusé les infractions suivantes:

  • Tentatives multiples de meurtre
  • Viol aggravé à plusieurs reprises
  • Contrainte sexuelle aggravée à plusieurs reprises
  • Atteinte à la pudeur
  • Actes sexuels répétés avec des enfants
  • Lésions corporelles graves multiples
  • Infractions multiples à la loi sur les stupéfiants
  • Pornographie multiple
  • Atteintes multiples à la vie privée ou à l'intimité au moyen d'appareils d'enregistrement
  • Harcèlement sexuel

Le Ministère public argovien a requis la prison à vie. contre l'ancien député. 

Administration de GHB

D’après les conclusions de l’enquête, Patrick F. aurait, pendant une longue période, drogué ses victimes à leur insu, en leur administrant des goutes de GHB, une substance régulièrement surnommée «la drogue du violeur». Ce faisant, il aurait plongé ses victimes dans un état de perte de conscience profonde, les rendant incapable d’exercer leur libre arbitre ou de se défendre.

L'adolescente n'aurait ainsi pas réagi aux stimuli douloureux, comme l'écrit le «Tages-Anzeiger» en se référant à une expertise. L'ancien homme politique, lui, aurait systématiquement exploité cette totale vulnérabilité.

La victime en danger de mort

Toujours selon le quotidien zurichois, l’adolescente aurait appris, plusieurs mois après l’arrestation de Patrick F., que ce dernier lui aurait également imposé des rapports sexuels oraux. Sa langue, entièrement relâchée du fait de son inconscience, se serait retrouvée dans une position entraînant «l'obstruction quasi totale des voies respiratoires supérieures». L'adolescente se serait alors trouvée dans un «état mettant gravement sa vie en danger», qui aurait pu entraîner à tout moment une mort par asphyxie, rapporte le «Tages-Anzeiger», sur la base de cette même expertise.

Confronté aux conclusions du rapport, l’ex-élu argovien aurait largement minimisé la gravité des faits présumés: «Bon, désolé. Vous pouvez toujours chercher sur Google combien de personnes sont mortes à cause d’une fellation. Je veux dire, des rapports buccaux. Vous n’êtes pas sérieuse, quand même?»

Contactés par le «Tagges-Anzeiger», les avocats de Patrick F. affirment que leur client «conteste des éléments essentiels des accusations portées contre lui.» L'ex-élu réfute notamment la manière dont le parquet qualifie juridiquement les faits. Les expertises médico-légales feront l’objet d’un «examen dans le cadre du procès». La date de celui-ci n’est pas encore connue.

Patrick F. reste présumé innocent jusqu’à ce qu’une décision définitive soit rendue.

* Nom connu

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