Le camping Rhodania, situé dans le village valaisan de Reckingen, est entouré de magnifiques montagnes. Le Rhône traverse ce petit bout de terrain idyllique du Haut-Valais. Celui-ci est encore recouvert de neige, mais plus pour longtemps, la saison estivale allant bientôt démarrer. Les vacanciers venus de près ou de loin viennent régulièrement profiter de la nature.
Mais cette année risque d'être différente. William Jerjen a l'interdiction d'exploiter son terrain, avec effet immédiat. La raison? Le lieu est «exposé de manière extrêmement préoccupante aux dangers naturels», indique la lettre des autorités cantonales que Blick s'est procurée. En effet, la zone serait exposé aussi bien aux risques d'avalanches qu'aux inondations. Les autorités ont mis en garde l'homme de 64 ans: s'il ignore les ordres, une amende de 10'000 francs lui sera infligée.
Les propriétaires du camping sont abasourdis
«J'étais complètement perplexe et abasourdi lorsque j'ai vu la lettre», fustige William Jerjen. Son camping existe depuis plus de 60 ans, son grand-père ayant déjà assuré l'affaire. Il ne comprend pas que l'on ne puisse plus utiliser le terrain d'un jour à l'autre.
«Cette interdiction menace mon existence», déplore l'homme de 64 ans. Il n'a pas d'autres sources de revenus et il sera à la retraite dans six mois. Rien qu'avec l'argent de l'AVS, il sera à l'étroit.
Blocus lié à un manque d'autorisation
En plus du Rhodania, les campings Riverside et Briggar doivent également fermer leurs portes. Ce qui rend la situation d'autant plus amère, c'est que la commune de Conches, où ils se trouvent, souhaite depuis longtemps sécuriser le site contre les dangers naturels. Cependant, faute d'autorisation cantonale, aucune mesure n'a pu être mise en oeuvre.
Dans ce contexte, il n’y a rien d’étonnant à ce que le président de la commune exprime un soutien total aux exploitants des campings. «Le Canton a réagi de manière excessive en fermant immédiatement», juge Gerhard Kiechler. Il affirme qu'une digue destinée à protéger les deux campings des inondations pourrait être construite en l’espace de deux semaines, à condition d’obtenir l’autorisation nécessaire.
Samuel Hofmann, de Goms Tourismus, est aussi dubitatif. Selon lui, «la fermeture des campings a des conséquences économiques importantes pour toute la région». Car l'absence de clientèle dans les campings représente aussi une perte considérable pour les restaurants et les commerces des environs. Par ailleurs, les revenus issus de la taxe de séjour seraient, eux aussi, supprimés.
«Une mise en œuvre brutale»
Au total, treize camping valaisans ont reçu du Canton l'ordre de fermer depuis 2025, dont six ont été sommés de fermer immédiatement ce mois de mars, en raison de risques naturels. Une situation qui a fait réagir ce lundi l'association régionale Campings Valais Wallis.
Lors d'une conférence de presse convoquée à Saillon, les représentants de sont montrés très inquiets. «La procédure actuelle est brutale dans son application», estime Christophe Valley, président de l'association. Il estime qu'informer les établissements de leur fermeture juste avant Pâques et le début de la saison est non seulement injuste, mais démontre aussi un manque de coordination entre les services cantonaux, les communes et les exploitants.
L'association demande que les campings concernés puissent continuer à être ouverts avec des plans de sécurité et d'évacuation appropriés. Parallèlement, les mesures exigées par le Canton du Valais doivent être mises en œuvre.
Le canton maintient l'interdiction
Malgré l'opposition du milieu, la Commission cantonale des constructions ne lâche pas le morceau. Interrogée, l'autorité précise que de nouvelles analyses de risques ont révélé des éléments jusqu’alors inconnus ou évalués différemment.
Elle précise que les communes et les exploitants de camping avaient déjà été rappelées à leurs responsabilités en 2020, 2024 et 2025. Face à leur inaction, le Canton a décidé d'aller plus loin et de sévir.
De son côté, William Jerjen nie avoir déjà reçu un quelconque avertissement par le passé. Une annonce qui est tombée du ciel, selon lui. Raison pour laquelle il a déposé un recours auprès du Canton, avec l'aide d'un avocat. Il faudra toutefois attendre un certain temps avant qu’il n’obtienne une réponse.