Le président américain Donald Trump poursuit sans relâche sa politique douanière. Depuis vendredi matin, de nouveaux droits de douane punitifs visent 60 grandes économies. Washington leur reproche de ne pas lutter suffisamment contre le travail forcé dans leurs chaînes d’approvisionnement à l’étranger.
La Suisse est désormais frappée d’une surtaxe de 12,5%. Pour les experts, cette justification n'est qu'un prétexte. Donald Trump ne chercherait pas réellement à combattre le travail forcé, mais plutôt à donner une nouvelle base juridique à sa politique douanière. L’argument touche néanmoins un point sensible pour la Suisse.
Les autorités et les associations professionnelles rejettent fermement l’accusation selon laquelle le pays n’en ferait pas assez pour lutter contre le travail forcé dans ses chaînes d’approvisionnement. Economiesuisse rappelle que la Suisse s’appuie sur plusieurs principes directeurs internationaux. Les ONG estiment toutefois que ces engagements restent souvent sans effets concrets.
Une ironie amère
Selon Public Eye, la Suisse accuse effectivement un retard dans la réglementation du travail forcé. Mais l’ONG dénonce aussi l’attitude des Etats-Unis. «L’amère ironie de cette situation réside dans le fait que les Etats-Unis eux-mêmes ne protègent pas suffisamment le droit international du travail», déclare David Hachfeld, responsable des chaînes de valeur équitables au sein de l’organisation.
Il estime que le problème doit être pris au sérieux, mais pas sous la pression de Donald Trump. «Il est d’un cynisme fou qu’un gouvernement qui bafoue les droits de l’homme partout dans le monde utilise désormais le travail forcé comme prétexte pour imposer de nouveaux droits de douane», poursuit David Hachfeld.
Richard Baldwin, professeur d’économie internationale à l’IMD de Lausanne, partage cette analyse. «Du point de vue américain, la Suisse serait de toute façon coupable. Peu importe les lois qu’elle a en vigueur», a-t-il récemment déclaré à Blick. Lorsque des pays disposent déjà de lois dans ce domaine, le gouvernement américain leur reproche simplement de ne pas suffisamment les appliquer.
Le conseiller national UDC Roland Rino Büchel dénonce lui aussi une «mauvaise blague» et un «argument fallacieux» dans une interview accordée à «20 Minuten». «La référence au travail forcé est une farce, mais ce n’est pas grave», affirme-t-il. Selon lui, la Suisse ne doit «en aucun cas» entrer dans ce débat.
Cacao, or et café
Ce n’est toutefois pas la première fois que la Suisse fait face à de telles accusations. Des groupes helvétiques sont régulièrement mis en cause dans des affaires liées au travail forcé.
Les producteurs de café ont notamment été épinglés pour de graves abus dans de grandes plantations au Brésil. Les fabricants de chocolat sont critiqués en raison de l’exploitation dans les plantations de cacao, notamment au Ghana. Le commerce suisse des matières premières et les transformateurs d’or sont, eux, accusés de profiter de conditions de travail proches de l’esclavage dans certaines mines.
L’Association suisse des métaux précieux (ASMP) assure que la Suisse possède l’un des cadres juridiques et des systèmes de surveillance les plus stricts au monde dans ce secteur. «L’or et les autres métaux précieux d’origine douteuse et/ou illégale n’ont pas leur place dans nos sites de production», répond-elle à Blick.
Chocosuisse, l’association des fabricants suisses de chocolat, rejette également ces accusations. Pour prévenir le travail forcé, le secteur affirme miser sur des procédures de diligence raisonnable, la traçabilité, des relations d’approvisionnement à long terme, des certifications et ses propres projets dans les pays producteurs. Des efforts qui ne semblent toutefois guère peser dans la décision de Donald Trump.
L’UE mieux lotie
La pression sur la Suisse ne vient pas uniquement des Etats-Unis. La nouvelle législation européenne sur les chaînes d’approvisionnement est entrée en vigueur au printemps. Les grands groupes devront s’y conformer d’ici à l’été 2029. Le texte concernera également les entreprises suisses qui exportent vers l’Union européenne.
L’UE n’est frappée que par des droits de douane de 10%, ce qui la place dans une position plus favorable que la Suisse. De son côté, la population suisse devra se prononcer sur la nouvelle initiative pour des multinationales responsables. En avril, le Conseil fédéral a présenté un contre-projet largement inspiré de la législation européenne.