Ce mercredi 27 mai, une cérémonie du plus haut niveau se déroule sur la place Fédérale à Berne, par une chaleur de 31°C. Avec son épouse, Caroline, le président Guy Parmelin reçoit son homologue polonais, Karol Nawrocki, et sa femme Marta pour une visite d’Etat.
«La Pologne est un des moteurs de l’UE et la 20e économie mondiale, déclare Guy Parmelin. Entretenir de bonnes relations avec ce pays, qui est notre principal partenaire en Europe centrale, est important pour la Suisse.» Evoquant l’importance des liens historiques et économiques qui unissent les deux pays, il espère bien en faire un allié au sein de l'Union européenne (UE). «Il est essentiel d’expliquer à la présidence polonaise notre vision de certains enjeux. Cela ne signifie pas qu’elle défendra systématiquement les positions suisses, mais cela permet de renforcer notre compréhension mutuelle.»
Oui à l’Europe, mais avec autonomie
Ce moment marque un retour au bilatéralisme d’Etat à Etat, après les chocs subis par la Suisse face aux hausses des droits de douane des Etats-Unis et de l’Union européenne. Pour sa seconde présidence, Guy Parmelin a insisté sur l’idée de diversifier les partenariats étatiques et de réduire la dépendance de la Suisse à l’égard des grands ensembles économiques.
Entre la Suisse et la Pologne, avec leurs drapeaux qui sont tous deux rouge et blanc, une certaine similarité d’approches se dégage: «Dans les deux cas, on dit oui à l’Europe, mais avec une volonté d’autonomie», relève un diplomate présent sur place. La Pologne fait partie de l’UE, mais Karol Nawrocki, élu en 2025, est un national-conservateur, souverainiste par conviction, même s’il est européen par pragmatisme.
Au moment des honneurs militaires, une troupe alignée sur deux rangs défile sous l’œil des caméras des médias polonais, venus en nombre sur place et parmi lesquels nous devons nous frayer un chemin pour suivre le déroulé. Peu avant 15 heures, la fanfare militaire suisse nous surprend en entonnant une reprise enjouée de «Welcome to the Jungle», célèbre titre des Guns N’ Roses, avant de jouer les hymnes nationaux polonais et suisse.
Un «Welcome to Switzerland», en réalité, derrière lequel se joue une partition plus politique: celle de deux Etats soucieux de défendre leurs intérêts et de consolider leur coopération dans un contexte géopolitique périlleux.
Cette diplomatie économique active doit beaucoup au travail de Fabrice Filliez, ambassadeur de Suisse en Pologne depuis janvier 2022, et discrète cheville ouvrière de ce rapprochement depuis quatre ans, que nous croisons sur place.
La Pologne à l'honneur en Suisse romande
Au cours des deux jours, des personnalités polonaises étaient à l’honneur. La délégation a ainsi visité le Musée Paderewski à Morges, du nom du célèbre pianiste virtuose polonais qui a vécu quarante-trois ans dans la cité lémanique. Et le soir du 27 mai, au cours du gala au Bernerhof donné en l’honneur de Karol Nawrocki et de son épouse, Guy Parmelin n’a pas manqué de rappeler qu’un Polonais, Antoni Patek, est à l’origine d’une des plus prestigieuses maisons horlogères suisses, Patek Philippe.
Comment gérer l'antagonisme entre son appartenance politique et son rôle dans l'exécutif?
Face à la campagne de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!», comment fait Guy Parmelin pour concilier deux loyautés, celle de membre de ce parti et de conseiller fédéral opposé à l’initiative? «Le fait que je sois membre de l’UDC ne m’empêche pas de soutenir la position du Conseil fédéral», répond-il.
On a pu voir le Conseil fédéral, et notamment le ministre de la Justice Beat Jans, défendre avec vigueur le non à l’initiative. En 2020, la Commission de gestion du Conseil national avait jugé que la ministre Karin Keller-Sutter s’était trop engagée contre l’initiative pour les multinationales responsables. Et, en 2021, c’était au tour de Guy Parmelin de se voir reprocher une trop forte opposition à l’initiative contre les pesticides.
Guy Parmelin rappelle la ligne délicate à ne pas franchir: le Conseil fédéral n’est pas censé mener campagne, contrairement aux partis. «Son rôle est d’une autre nature. Une fois qu’il a arrêté une position commune, chaque membre du gouvernement doit la défendre auprès de la population. Il peut expliquer sa position, mais doit présenter les enjeux de manière factuelle, en cherchant autant que possible à rester objectif, sans mener directement campagne.» Un exercice des plus délicats. Guy Parmelin le reconnaît: «Il est vrai que la limite n’est pas toujours simple à définir, et la frontière entre information et campagne est parfois difficile à respecter.»
En revanche, dit-il, le fait de siéger au Conseil fédéral «ne signifie pas pour autant que je cesse d’être membre de l’UDC». Lorsqu’un projet arrive sur la table, chaque conseiller fédéral défend ses convictions et essaie d’influencer les discussions afin que le projet adopté par le Conseil fédéral soit le plus proche possible de ses idées, souligne l’homme d’Etat vaudois. «Parfois on y parvient, parfois non, mais on doit dans tous les cas respecter le principe de collégialité. Si l’on s’en écarte, c’est la capacité à gouverner qui est remise en cause.»
S’opposer à des blocs tels que les Etats-Unis ou l’UE est une autre paire de manches. Guy Parmelin a eu affaire à forte partie ces derniers mois. Conciliateur en général, il sait se montrer ferme à certains moments. Comme lors des discussions avec le Département américain du commerce des Etats-Unis au sujet des droits de douane. «J’ai dit que certaines mesures allaient à l’encontre de notre Constitution et de nos lois, qu’elles n’étaient pas acceptables et qu’il fallait trouver une autre voie.» De même, face au risque de doublement des droits de douane sur l’acier par l’UE, il a déclaré que cette proposition était «inacceptable». A-t-il réussi à faire bouger les lignes? «Il est parfois utile, en tant que président, d’exprimer clairement l’avis du collège. Ce qui était sur la table n’était pas acceptable du point de vue du Conseil fédéral. Mais j’ai aussi précisé que les négociations se poursuivaient.»
Guy Parmelin se fait avant tout l’ambassadeur d’une certaine idée suisse du dialogue. «La Suisse a toujours été ouverte à la recherche de solutions. Si elles ne sont pas acceptables, nous devons demander des compensations. Mais nous n’en sommes pas encore là actuellement.» Il laisse les oppositions frontales et les ruptures aux autres. Face au monde des rapports de force, il privilégie la Suisse des équilibres et des bénéfices partagés.
Comment gérer l'antagonisme entre son appartenance politique et son rôle dans l'exécutif?
Face à la campagne de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!», comment fait Guy Parmelin pour concilier deux loyautés, celle de membre de ce parti et de conseiller fédéral opposé à l’initiative? «Le fait que je sois membre de l’UDC ne m’empêche pas de soutenir la position du Conseil fédéral», répond-il.
On a pu voir le Conseil fédéral, et notamment le ministre de la Justice Beat Jans, défendre avec vigueur le non à l’initiative. En 2020, la Commission de gestion du Conseil national avait jugé que la ministre Karin Keller-Sutter s’était trop engagée contre l’initiative pour les multinationales responsables. Et, en 2021, c’était au tour de Guy Parmelin de se voir reprocher une trop forte opposition à l’initiative contre les pesticides.
Guy Parmelin rappelle la ligne délicate à ne pas franchir: le Conseil fédéral n’est pas censé mener campagne, contrairement aux partis. «Son rôle est d’une autre nature. Une fois qu’il a arrêté une position commune, chaque membre du gouvernement doit la défendre auprès de la population. Il peut expliquer sa position, mais doit présenter les enjeux de manière factuelle, en cherchant autant que possible à rester objectif, sans mener directement campagne.» Un exercice des plus délicats. Guy Parmelin le reconnaît: «Il est vrai que la limite n’est pas toujours simple à définir, et la frontière entre information et campagne est parfois difficile à respecter.»
En revanche, dit-il, le fait de siéger au Conseil fédéral «ne signifie pas pour autant que je cesse d’être membre de l’UDC». Lorsqu’un projet arrive sur la table, chaque conseiller fédéral défend ses convictions et essaie d’influencer les discussions afin que le projet adopté par le Conseil fédéral soit le plus proche possible de ses idées, souligne l’homme d’Etat vaudois. «Parfois on y parvient, parfois non, mais on doit dans tous les cas respecter le principe de collégialité. Si l’on s’en écarte, c’est la capacité à gouverner qui est remise en cause.»
S’opposer à des blocs tels que les Etats-Unis ou l’UE est une autre paire de manches. Guy Parmelin a eu affaire à forte partie ces derniers mois. Conciliateur en général, il sait se montrer ferme à certains moments. Comme lors des discussions avec le Département américain du commerce des Etats-Unis au sujet des droits de douane. «J’ai dit que certaines mesures allaient à l’encontre de notre Constitution et de nos lois, qu’elles n’étaient pas acceptables et qu’il fallait trouver une autre voie.» De même, face au risque de doublement des droits de douane sur l’acier par l’UE, il a déclaré que cette proposition était «inacceptable». A-t-il réussi à faire bouger les lignes? «Il est parfois utile, en tant que président, d’exprimer clairement l’avis du collège. Ce qui était sur la table n’était pas acceptable du point de vue du Conseil fédéral. Mais j’ai aussi précisé que les négociations se poursuivaient.»
Guy Parmelin se fait avant tout l’ambassadeur d’une certaine idée suisse du dialogue. «La Suisse a toujours été ouverte à la recherche de solutions. Si elles ne sont pas acceptables, nous devons demander des compensations. Mais nous n’en sommes pas encore là actuellement.» Il laisse les oppositions frontales et les ruptures aux autres. Face au monde des rapports de force, il privilégie la Suisse des équilibres et des bénéfices partagés.
Mais c’est sur le plan économique que la Pologne présente un intérêt de taille pour les entreprises suisses. «La Pologne constitue un important site de production et de recherche contribuant à la compétitivité des groupes suisses, souligne Guy Parmelin. Nos entreprises emploient une main-d’œuvre jeune et hautement qualifiée sur place.»
C’est aussi dans cette optique que la visite de l’EPFL le 28 mai a permis au président de la Confédération de montrer à son homologue comment des étudiants polonais se forment à Lausanne. Au terme de la visite, de jeunes ingénieurs ont offert aux deux présidents la télécommande pour manier un bras robotisé qu’ils et elles ont conçu. L’objectif, nous explique Guy Parmelin, est de «favoriser les contacts des étudiants avec l’industrie, de permettre aux entreprises de profiter de ces talents et d’encourager le transfert de compétences».
S’assurer un allié sûr
Nous avons également pu monter dans un train spécial de Berne à Renens, qui a réuni les deux présidents avec une délégation économique suisse. Celle-ci incluait notamment Aude Pugin, patronne d’Apco Technologies, et l’entrepreneur vaudois André Kudelski, de père polonais, patron du groupe Kudelski et président d’Innosuisse. Les suites de la collaboration économique et technologique entre les deux pays ont été discutées. «Nous avons identifié des opportunités win-win, assure Guy Parmelin. A cet égard, la visite du président polonais est arrivée à un moment opportun, alors qu’il est essentiel de résister à la fragmentation en Europe, de garder les marchés ouverts et d’éviter d’introduire de nouvelles barrières.»
Toujours avenant, le président s’est retrouvé ces derniers mois face à des ego et des blocs aussi puissants qu’inflexibles. Comment fait-il? «Je ne suis pas diplomate, mais pragmatique, nous confie Guy Parmelin. Ce qui m’intéresse, c’est le résultat. Il est dès lors important de soigner nos relations et de maintenir un contact direct.» Face à la Pologne, l’idée est de s’assurer un allié sûr au cœur de l’Europe. «Le président polonais peut avoir une vision différente de celle du gouvernement polonais, mais il est important que les entreprises suisses expliquent où elles souhaitent se développer, quels obstacles elles rencontrent et comment parvenir, au final, à des solutions bénéfiques pour chacun», souligne Guy Parmelin.
Echangeant conversations et rires, Guy Parmelin et Karol Nawrocki, ainsi que les premières dames, auront soutenu un rythme marathonien malgré la chaleur et l’intensité de l’agenda. Ce dernier s’est achevé le 28 mai par une croisière sur le bateau à vapeur Savoie de Morges à Chexbres, pour terminer en beauté avec un repas bien arrosé au domaine des frères Bovy et sa cave qui date du XVIe siècle, au cœur des terrasses viticoles de Lavaux (VD).
Cet article a été publié initialement dans le n°23 de «L'illustré», paru en kiosque le 04 juin 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°23 de «L'illustré», paru en kiosque le 04 juin 2026.