La Cour suprême entre en scène
Trump insulte Karin Keller-Sutter, les démocrates lui tombent dessus

Après les nouvelles moqueries contre Karin Keller-Sutter, la révolte gronde aux Etats-Unis contre Trump. Le président américain doit s'attendre à une vengeance brutale concernant ses droits de douane punitifs.
Karin Keller-Sutter a rencontré Donald Trump en janvier au WEF.
Photo: keystone-sda.ch
RMS_Portrait_AUTOR_242.JPG
Guido Felder

Que ce soit au WEF ou en interview, Donald Trump ne rate jamais une occasion de s'en prendre à Karin Keller-Sutter. Sur la chaîne Fox News, il a admis qu'il avait augmenté les droits de douane punitifs pour la Suisse uniquement parce que la «Première ministre» suisse lui avait tapé sur les nerfs. Mais le président américain pourrait regretter son coup de gueule contre notre conseillère fédérale. En effet, il est possible que la Cour suprême annule les droits de douane à cause de Karin Keller-Sutter, d'après les médias américains. 

Donald Trump a toujours justifié les droits de douane punitifs par le fait que les déficits commerciaux étaient un risque pour la sécurité et qu'il y avait donc une urgence nationale d'agir. Il a donc imposé des droits de douane élevés à plus de 175 Etats, notamment la Suisse, car selon ses calculs, son déficit commercial est de 42 milliards de dollars. Mais les experts contestent ce chiffre. En effet, si l'on prend en compte les services, ce chiffre n'est que de 8 milliards.

Pour rappel, Trump a changé plusieurs fois d'avis concernant la Suisse, en commençant par lui infliger une amende de 30%. Il a ensuite augmenté le tarif à cause du caractère «agressif» de Karin Keller-Sutter. Lors d'une interview sur la chaîne américaine Fox News cette semaine, il a déclaré: «C'était fixé à 30%, mais je n'ai pas aimé sa façon de nous parler. Donc, au lieu de lui accorder une baisse, je l'ai augmentée à 39%». 

Cette annonce avait été un choc pour le Conseil fédéral et l'économie suisse, qui avait envoyé une délégation à la Maison Blanche. En échange d'un lingot d'or, d'une montre Rolex et de beaucoup de babioles, Trump avait finalement accepté d'abaisser les droits de douane punitifs à 15% pour la Suisse.

Les démocrates sonnent la charge

Mais cette fois, les propos haineux tenus à l'encontre de Karin Keller-Sutter pourraient être fatals pour Trump. Car s'il assume publiquement qu'il a augmenté les droits de douane à cause de l'agaçante «Première ministre» suisse, cette annonce sape sa propre argumentation juridique d'une «urgence nationale».

Actuellement, la question des droits de douane punitifs est entre les mains de la Cour suprême, qui doit décider de leur légalité. Mais après la salve de Trump contre Karin Keller-Sutter, les démocrates et de nombreux commentateurs lui demandent de déclarer les droits de douane punitifs nuls et non avenus.

«Trump admet que ses droits de douane ne concernent pas la sécurité nationale», s'est insurgée sur X la commission démocrate des affaires étrangères de la Chambre des représentants. Dans le cas de la Suisse, le président américain a augmenté ses taxes seulement parce qu'il n'a pas apprécié les manières de Karin Keller-Sutter. «Les républicains doivent s'allier aux démocrates pour mettre un terme à ce comportement irréfléchi», ajoute la commission démocrate.

«Il est impossible pour la Cour suprême de nier que cet homme abuse des droits de douane», écrit Tahra Hoops, directrice de l'analyse économique à la Chambre du progrès. De son côté, le politologue Robert E. Kelly estime que «cela suffit à la Cour suprême pour annuler les droits de douane».

Trump se tire une balle dans le pied

Avec ses déclarations désobligeantes à l'égard de la conseillère fédérale, Trump met lui-même en danger ses droits de douane punitifs. La Cour suprême devra vérifier si la mesure d'urgence est réellement fondée sur des faits ou si le républicain l'a imposée pour des raisons personnelles.

En d'autres termes, Karin Keller-Sutter pourrait servir d'argument à la Cour suprême pour rejeter les droits de douane punitifs, mais les dernières moqueries de Trump pourraient aussi déclencher des actions en justice contre sa politique douanière pour abus de compétences.

Reste à savoir si Trump se conformerait à un jugement négatif, mais il se trouve que jusqu'à présent, il a accepté les décisions de la Cour suprême. D'ailleurs, bafouer un jugement serait très risqué pour lui, en particulier maintenant que les élections de mi-mandat approchent et que les premiers opposants dans ses propres rangs sont à bout de patience.

Articles les plus lus